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Le triomphe de la vérité

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Edito: Une audience à mille questions


Les huit points revendicatifs de Yayi n’ont pas beaucoup de chances. Je m’explique. Si l’on prend le premier point, c’est-à-dire l’arrêt des arrestations dites politiques et d’opinion, le pouvoir Talon n’a jamais admis arrêter les opposants pour délit d’opinion. Et il ne commencera pas aujourd’hui qu’il y a une relative accalmie, à promettre qu’il ne touchera pas ceux qui organisent des mouvements pour déstabiliser le régime. Ce serait une vaine promesse : sitôt qu’un opposant organisera quelque coup fourré jugé contraire à l’ordre public, je ne vois pas Talon laisser faire. Surtout pas après le coup d’Etat de Conakry qui a donné des espoirs à ceux qui nourrissent des velléités de putsch.
Au point 2, l’ancien président réclame la libération de « tous les détenus politiques ». C’est un piège politique dans lequel le régime ne tombera guère. En libérant Réckya Madougou ou Joël Aïvo sans qu’il n’y ait le moindre procès, l’on reconnaitrait clairement qu’ils sont des « détenus politiques ». Et que la CRIET qui les a mis en détention provisoire n’est qu’un machin aux ordres. C’est une vision des choses qui remettrait en cause l’existence même de cette juridiction déjà présentée comme une cour politique. Elle ne ferait que transformer les mis en cause en martyrs. Je ne vois pas comment le pouvoir actuel accèderait raisonnablement à une telle exigence, à moins de vouloir saborder la CRIET elle-même et tous ses jugements passés ou futurs. Encore une fois, Talon n’est pas homme à se tirer dans les pattes de façon aussi carnavalesque. Point 3 : le retour des exilés. Question : en quoi faisant ? Je ne vois aucun moyen juridique crédible et raisonnable disponible actuellement dans notre droit positif. La seule ouverture que j’aperçois, c’est qu’ils rentrent tous pour se faire juger. Ceux d’entre eux qui seront condamnés se verront graciés selon des termes que les deux parties pourront négocier. Mais, pour moi, il est hors de question d’offrir une quelconque grâce présidentielle aux prédateurs de l’économie nationale s’ils sont reconnus comme tels par nos juridictions. Faire autre chose serait totalement injuste quand on sait que pour des délits de même nature ou même de moindre importance, des Béninois croupissent depuis plusieurs années en prison. Et la politique permettrait à ceux qui ont volé des milliards de passer entre les mailles de la justice ? Encore une fois, il n’est pas pensable que le pouvoir Talon sabote les fondements mêmes de sa machine répressive contre la corruption. Machine qui, du reste, a fait ses preuves dans la réduction de l’hydre de la corruption.
Point 4 : Institutionnaliser une concertation périodique avec les Anciens Présidents et autres sages de la société civile. Il suffit de voir le fonctionnement actuel du régime Talon pour répondre à cette doléance. Jamais le Chef de l’Etat ne m’a semblé porté sur ce genre de concertation, même si par ailleurs il se rend disponible pour écouter des groupes organisés. Les contacts informels restent largement utiles à ce type de formalisation sans ancrage juridique ou constitutionnel réel.
Point 5 : Ouvrir une concertation avec la classe politique en vue de discuter des questions politiques. C’est le fameux dialogue national. On connait les polémiques interminables qu’a générées ce genre de concertation voulue par l’opposition et organisée en 2019. Les mêmes causes produiront les mêmes dissensions, les mêmes boycotts et, pour finir, les mêmes polémiques. Je préfère les concertations informelles et ciblées à ce genre de forums de contradictions et d’invectives. Les divergences sont trop vives et trop profondes pour être jugulées par quelque dialogue que ce soit.
Point 6 : Trouver une solution politique. Oui, mais à quel prix ? Toute la question est là. Si Patrice Talon accepte de fouler aux pieds les fondements mêmes de son pouvoir, on ne mesure pas suffisamment les autres compromis qu’il serait amené à accepter au nom du dialogue et de la paix. Non, c’est trop gros pour être possible. Point 7 : prendre en urgence une décision historique et patriotique pour le bien de la Nation. Pourquoi pas ? Même si la bonne volonté existe, elle sera mise à rude épreuve par la realpolitik.
Point 8 : « le Dialogue pour empêcher les morts est préférable qu’attendre les morts avant de dialoguer ». Assurément. Mais là encore la question reste la même : A quel prix ?

Par Olivier ALLOCHEME

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One thought on “Edito: Une audience à mille questions

  1. Alexandre HODONOU

    Mr ALLOCHEME,

    Quelle superbe analyse!
    Au fait, pourquoi, on ne vous voit pas assez sur dans les débats contradiction/faire des analyses a la television (ORTB/E-TELE,ESAE TV ou GOLFE TV?)
    Votre contribution est vivement souhaitee

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