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Le triomphe de la vérité

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Edito: La controverse


Il y a quelques jours, mon oncle m’appelle du village. «Il ne faut plus aller dans les centres de santé, me crie-t-il. Il y a maintenant un vaccin que les médecins injectent aux patients pour les tuer et on t’enterre immédiatement, ni vu ni connu. » Je tente de le raisonner, sans le convaincre, bien sûr. Une semaine plus tard, c’est un autre qui m’appelle et qui insiste : « J’ai été témoin moi-même. Cinq morts sur place devant moi. » Cette fois, j’ai été obligé de monter le ton : « Ta propre fille qui vit avec moi s’est fait vacciner la semaine dernière. Elle n’a rien eu et n’aura rien. » Là encore, je crois qu’il n’y a rien à faire : la peur du vaccin anti-covid est encore plus forte que la peur du virus lui-même.
Ce dimanche matin, alors qu’elle était en pleine opération caritative à Ouidah, la présidente d’une ONG s’est fait proprement huer par la foule à qui elle demandait au détour de son discours, de se faire vacciner. Dès qu’elle a abordé le sujet, elle a méconnu ceux à qui elle était venue faire don de kits scolaires. Ici en pleine ville, comme ailleurs en pleine campagne, la résistance au vaccin est coriace. Elle prend la forme du refus catégorique d’entendre quoi que ce soit concernant les bienfaits du vaccin. Et cette résistance n’a rien de béninois. En France, 3000 agents de santé ont préféré perdre leur travail plutôt que de se faire vacciner. Des cliniques ont dû fermer faute de soignants, le personnel ayant carrément refusé de se plier à l’obligation vaccinale.
Mais la France, c’est 50 millions de personnes vaccinées, tandis qu’au Bénin, ils sont 200.000. A peine 1% de la population contre près de 80% dans l’hexagone. Même si les médias français nous font voir les chauds débats qui entourent le covid et surtout les incertitudes entourant encore les vaccins proposés, la grande masse des Français, des Européens et des Américains adhèrent au principe de la vaccination anti-covid. Et les résultats sont là. Les stades se remplissent, les concerts et autres rassemblements ont commencé à se multiplier. Le retour à la vie normale, quoique timide, s’observe dans ces pays, parce que la pandémie y est en régression au moment précis où elle a tendance à prendre de l’ampleur chez nous.
Si le Togo s’enferme à double tour en multipliant les mesures restrictives, il ne fait plus exception dans la sous-région. Les voix qui se sont élevées pour demander le report de la rentrée et la fermeture des lieux de culte, ne demandent rien d’autre que le retour au confinement pendant que le reste du monde se déconfine à grands pas. Car tant que le taux de vaccination sera désespérément bas comme aujourd’hui, le taux de mortalité covid sera élevé. Le monde sera obligé de vivre avec cette fichue maladie, en attendant de lui trouver un remède efficace. Et pour le moment, ce remède est un vaccin, aussi imparfait qu’il puisse paraitre.
Il ne faut pas en effet qu’on se cache la vérité. Les vaccins actuels présentent encore des imperfections et il faut du temps pour les corriger, un peu comme tous les autres vaccins qui ont eu aussi leurs lots d’errements. Mais ici, le mur des résistances s’érige farouchement du fait des incompréhensions. On ne comprend pas pourquoi les tests qui devraient être préalables à la vaccination deviennent subitement chers. On ne comprend pas les pénuries qui font qu’une bonne partie des députés béninois par exemple n’ont pris qu’une dose d’Astra Zénéca au lieu de deux. Les Béninois ne comprennent pas pourquoi les autorités n’organisent pas en leur propre sein une vaccination de masse dans les préfectures, les mairies, les ministères et autres pour donner l’exemple. Peu de gens comprennent pourquoi des gens vaccinés tombent encore malades au point d’aller se faire soigner à Allada. Ce sont autant de facteurs qui inhibent les ardeurs et renforcent les hésitations.
Il faut inverser la tendance actuelle pour échapper à un nouveau confinement. Mais connaissant le gouvernement de la Rupture, la probabilité est forte que la vaccination devienne bientôt obligatoire pour l’accès aux services communautaires de base. Ce serait une voie de répression qui ne règlerait nullement le problème. Au contraire.

Par Olivier ALLOCHEME

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