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Le triomphe de la vérité

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Edito: Le coup de Conakry


J’ai quelques amis à Conakry. Et certains parmi eux jubilent sur les événements en cours. Comme toujours, j’ai un optimisme mesuré face aux coups d’Etat militaires. Ceux qui se sont légitimés par la force des armes comprennent rarement le langage du droit. Et les exemples sont nombreux, de ces militaires venus au pouvoir par les baïonnettes et qui ont fini par devenir les bourreaux de leurs peuples. L’un des plus récents vient justement de la Guinée elle-même. Moussa Daddys Camara après son putsch salué par tous en décembre 2008 contre Lansana Conté, finit par devenir un dictateur d’opérette à la tête du pays. Les coups d’Etat à répétition menés au Mali par Assimi Goïta, ont aggravé l’instabilité du pays face au péril djihadiste. On parle désormais à Bamako de prolonger une transition qui devrait se terminer en décembre prochain par des élections transparentes. J’avais prévenu en août 2020 : prendre le pouvoir par la rue d’un régime constitutionnellement établi comme au Mali, conduit généralement les Etats à la chienlit. Les soldats qui s’emparent des rênes de l’Etat résistent difficilement aux ors des palais présidentiels.
Mais la situation de la Guinée d’aujourd’hui devient plus préoccupante quand on connaît le passé du nouvel homme fort de Conakry, Mamady Doumbouya. C’est un légionnaire français rappelé en 2018 seulement pour diriger le groupement des forces spéciales contrôlant actuellement le pays. On a du mal à croire que Paris n’est pas derrière ce énième coup fourré, lorsque l’on sait que malgré les apparences, le désormais ancien président Alpha Condé ne ratait pas une seule occasion pour se démarquer de l’Elysée. Disposant lui-même de ses réseaux français, il n’était clairement pas un bon élève de Paris, comme on peut le dire d’un certain Alassane Ouattara ou encore d’un Macky Sall. Ouattara est depuis toujours le fidèle allié de la France, allant jusqu’à anticiper à bien des égards les ambitions élyséennes. Il a réussi le coup de force de neutraliser en douce les velléités d’une monnaie propre à la CEDEAO, faisant ainsi durer la tutelle de la France sur les Etats francophones d’Afrique à travers le CFA, la seule monnaie coloniale encore en usage dans le monde. Ce n’est pas le cas d’Alpha Condé, 83 ans, vieux baroudeur de l’opposition guinéenne devenu président en 2010. Comme toujours sur le continent africain, les conditions d’accès au pouvoir font des chefs d’Etat des potentats locaux une fois installés dans le fauteuil présidentiel transformé en trôné impérial.
Alpha Condé a clairement perdu le nord depuis que le pouvoir lui est monté à la tête. Echauffourées permanentes avec les syndicats et l’opposition, corruption endémique au sein de l’appareil d’Etat, il maitrisait difficilement ses nerfs quand on s’oppose à ses lubies. J’ai rarement vu chef d’Etat plus impulsif, surtout en public. Me reviennent en mémoire ces échanges d’une autre époque avec les étudiants accueillis au palais présidentiel en 2015, qui réclamaient bruyamment les tablettes que le président leur avait promises. Alpha Condé était apparu agressif, hué en son propre palais par les étudiants dont la plupart pouvaient être ses petits-enfants.
Atteint probablement d’une déliquescence sénile, le professeur Alpha Condé a fini par incarner une pâle copie de ce qu’il professait quand il était encore opposant. C’est avec lui et Abdoulaye Wade qu’on en arrive à cette conclusion sur les opposants africains : ils ne crient généralement que parce qu’ils ne sont pas encore proches de la marmite. Sitôt qu’ils y accèdent, ils reprennent sous d’autres formes les mêmes méthodes qu’ils avaient vilipendées, les mêmes travers, les mêmes duperies. Alpha Condé est une immense déception pour tous ceux qui rêvaient d’une classe politique progressiste en Afrique. Une désillusion teintée d’amertume après plus d’une vingtaine d’années de combat pour la démocratie dans son pays.
Comme Mamadou Tandja en 2009 au Niger, il paie le prix de son aveuglement et de sa boulimie du pouvoir.
Et vient maintenant la question ultime: à qui le tour ? Presque tous les chefs d’Etat africains. Le pouvoir est fragile sur le continent. La résurgence des coups de force ces dernières années pourrait donner des idées à d’autres colonels qui ruminent leurs colères en silence. Et face à cela, les gouvernants devraient sentir comme une nécessité impérieuse de ne travailler que suivant la légalité constitutionnelle. Sinon, ils courent tous le risque d’être cueillis un beau matin par une horde armée décidée à en finir.

Par Olivier ALLOCHEME

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