.
.

Le triomphe de la vérité

.

Edito: L’empire du faux


J’ai découvert fortuitement que la vendeuse de gâteau installée devant mon bureau depuis des années, met du formol dans ses gâteaux. Lorsque j’en ai parlé à mes stagiaires, ils m’ont suggéré une investigation sur le sujet. Et ce que nous avons découvert est encore plus ahurissant. En dehors des gâteaux, bon nombre d’aliments de notre quotidien sont sciemment produits avec du formol pour en accroitre le goût sucré : la bouillie, les jus de bissape, de baobab ou d’ananas. Parfois même, certaines cafétérias arrosent de formol l’eau chaude qu’elles servent aux clients pour ne pas avoir à utiliser beaucoup de lait.
Ce n’est déjà pas conseillé aux personnes d’un certain âge de consommer de sucre. Mais en prendre sous la forme cancérigène du formole…Le consommateur ne se doute bien sûr de rien, lorsqu’il va prendre sa bouillie au coin de la rue. Il ne sait pas qu’au marché Dantokpa, certaines vendeuses de sucre en poudre proposent aussi « le secret », ce formole qui a le don de rendre plus sucré tout en chassant les mouches des étalages. Et donc de faire faire des économies de sucre. Juste un peu et votre bouillie est déjà sucrée. Et si vous êtes abonné à la bouillie matinale chez la bonne dame de votre quartier, un cancer est vite arrivé. On viendra chanter sur votre tombe : « Dieu a donné, Dieu a repris… » Personne ne pensera qu’il y a des mains tueuses qui ont précipité à la chute.
Comme on s’en doute, ce n’est pas seulement dans le sucre que notre quotidien est envahi par le faux. Si vous avez l’habitude comme moi de manger chez la vendeuse de riz du coin ou dans un restaurant plus ou moins respectable, c’est sûr que vous avez déjà consommé les tomates pourries de Tokpa recyclées et servies à foison, surtout lorsque la tomate commence à devenir cher. Le comble, c’est lorsque les bonnes dames utilisent simplement de la carotte moulue pour rougir la sauce à la place de la tomate. Nous cheminons au quotidien avec le faux de ceux qui veulent s’enrichir coûte que coûte et que l’Etat se rend incapable de mettre hors d’état de nuire.
Dans certains pays, les services de contrôle alimentaire sont partout. Ils mettent une pression qui oblige aux commerçants véreux, à avoir de la retenue. L’absence chez nous de ce genre de dispositif est une porte ouverte à tous les abus. Et pour préserver leur santé, je connais beaucoup de fonctionnaires qui préfèrent prendre leurs dispositions. Ils n’ont confiance en personne. Ils amènent leur repas directement de la maison. Dans cet univers de faux ambiant, chacun sauve sa tête. L’Etat ne contrôle ni ne sanctionne personne.
C’est que dans notre pays ceux qui réussissent sont ceux qui ont un certain degré d’intelligence et suffisamment de ruse pour tromper les autres. Dans les affaires, si vous suivez les rigueurs de la loi vous avez toutes les chances de finir dupé. Il y a quelques années, je suis tombé sur une société pétrolière qui met délibérément d’autres liquides dans les carburants qu’elle vend à ses clients. Ceux-ci étaient pour la plupart des banques, des entreprises de BTP et autres administrations utilisant des groupes électrogènes ayant besoin de carburant. Quand ces engins tombent en panne en plein chantier par exemple (et ce n’était pas rare), presque personne n’imagine l’origine de ces déboires. En s’enrichissant ou en gagnant leur vie en pourrissant celle des autres, les faussaires ont encore une longue vie devant eux. Si les administrations publiques font tout pour limiter les dégâts de ces faussaires sur leur fonctionnement et celui des services en général, il n’en est pas de même pour les citoyens ordinaires. Ceux-ci doivent affronter le faux qui s’érige partout : fausse huile à moteur, fausse huile rouge, fausses mèches brésiliennes, faux médicaments, fausses pièces de voitures, faux Wax, faux Versace, faux Vuitton, fausses voitures…
Lorsqu’un peuple est constamment contraint de ruser avec les normes pour exister, il produit de la médiocrité et de la corruption. Dans ces conditions, Thomas Agbéva et ses collègues qui sont épinglés dans le scandale ANATT, sont les produits d’un système qui encourage le citoyen aux raccourcis. Il y a des héros du quotidien qui refusent de transiger sur les normes. Combien sont ces soldats solitaires ? Difficile à dire.

Par Olivier ALLOCHEME

N'hésitez pas à partager ...Share on Facebook
Facebook
0Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin

Reviews

  • Total Score 0%


Plus sur ce sujet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *