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Le triomphe de la vérité

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Edito: Aux calendes grecques


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L’Afrique n’a pas obtenu grand-chose à Paris. Sur les 285 milliards de dollars de financements supplémentaires que le FMI juge nécessaires sur la période 2021-2025 pour l’Afrique, notre continent ne peut s’attendre au mieux des cas qu’à 33 milliards de dollars (soit près de 17.000 milliards CFA). Et là encore, ce n’est pas le sommet de Paris qui a obtenu ce financement, mais plutôt les conclusions du G20 de mars dernier. Car les 33 milliards sont issus des Droits de tirage spéciaux (DTS) que le G20 avait promis à l’Afrique dans le cadre de la relance économique du monde post-covid. C’était au total 650 milliards de DTS qui seraient mis à la disposition de tous les Etats membres du FMI dès le mois de septembre, avec une part congrue pour l’Afrique, au prorata bien sûr de son poids économique.
C’est une « goutte d’eau » comme l’a estimé Macky Sall ce mardi à Paris. Les pays les plus riches se taillent la part du lion de cette contribution multilatérale. Bien sûr, d’autres leviers seront actionnés. Il s’agit par exemple de l’augmentation de l’Aide publique au développement (APD), la reconstitution des ressources de l’Association internationale de développement (AID-20) ou encore la reconstitution générale des ressources du Fonds africain de développement (FAD). L’objectif poursuivi est d’atteindre 100 milliards de DTS. On espère qu’au prochain sommet du G7 ou à celui du G20, entre juin et octobre, les Etats les plus riches accepteront de donner à l’Afrique une partie de leurs DTS. Pour le moment, la secrétaire américaine au Trésor Janet Yellen s’est déclarée favorable à cette option, sous réserve que l’usage des fonds soit « transparent et responsable ». Ce ne sont que des promesses, quand on sait par exemple que l’augmentation de l’APD promise depuis pour atteindre 0,7% du Revenu national brut (RNB) des pays riches, n’est toujours pas honorée. Soyons donc clair : ce qu’on propose à l’Afrique concrètement, au lieu d’un véritable New Deal, c’est une nouvelle course à l’endettement.
Car s’il faut partager les 17.000 milliards de FCFA entre pays africains, combien le Bénin touchera-t-il ? Encore faut-il se demander quels sont les critères de distribution de cette contribution et quelles sont les conditionnalités. Si le FMI impose par exemple une hausse de la TVA pour accorder des DTS, il est évident que les ménages les plus pauvres seront directement touchés. Dans tous les cas, une augmentation de la pression fiscale aura des répercussions sociales difficiles pour les couches vulnérables.
Le New Deal suppose la mise en place d’une politique de grands travaux à même de résoudre tout au moins en partie les problèmes d’infrastructures (routes, énergie, télécoms, etc.) qui constituent de redoutables freins à l’investissement en Afrique. S’il est vrai que personne ne crachera sur les fonds promis, on sait déjà qu’ils ne lanceront pas la dynamique nécessaire aux mutations voulues. Trop peu, trop insuffisant pour créer l’électrochoc qu’il faut. Mais à défaut, les dirigeants ont pour la plupart souhaité un allègement des conditions d’endettement et de financement. En dehors du Bénin et de quelques rares Etats, les pays africains sont pour le moratoire sur le service de la dette publique mis en place dès avril 2020 à l’initiative du Club de Paris et du G20. Mais ce moratoire n’a fait que retarder l’échéance du service de la dette, en suspendant le paiement de 5,7 milliards d’euros d’intérêt au bénéfice d’une cinquantaine de pays. La Chine, qui est de loin le plus gros créancier bilatéral du continent, a accepté de faire des concessions et de prendre part aux futures renégociations de dette. Mais on ne pourra pas se leurrer. En choisissant ce type de moratoire, la signature des pays africains sur le marché financier international, va se dégrader davantage.
La croissance économique africaine, qui a connu sa première récession en un demi-siècle l’an passé (-2,1%), devrait rebondir à 3,4% en 2021 et 4% en 2022. Comme je l’ai soutenu ici il y a quelques jours, la solution idéale pour l’Afrique aujourd’hui, ce n’est pas un nouveau plan d’endettement. Dans une conjoncture comme celle que nous traversons, les Etats africains devraient parler d’une même voix pour demander un Plan Marshall. Mais cette unité d’action est aujourd’hui inexistante. Ce qui laisse libre cours aux stratégies individuelles, voire individualistes qui aident les pays les plus riches à contourner les vraies solutions. Nous attendrons longtemps encore.

Par Olivier ALLOCHEME

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