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Le triomphe de la vérité

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Edito: Quitter ou ne pas quitter


Donald Trump refuse de reconnaitre sa défaite. Même si ses alliés républicains lui demandent de concéder sa défaite et la victoire de son adversaire, l’hôte actuel de la Maison Blanche ne cesse de clamer que 71 millions d’Américains ont voté pour lui, ce qui représente à ses yeux le plus haut score jamais obtenu par un président en exercice aux Etats-Unis. Donald Trump et son avocat Rudolphe Juliani ont annoncé des recours contre ces résultats. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que cela rappelle les joutes interminables de l’élection de 2000 où Al Gore a fini par perdre devant Georges Bush, après avoir été déclaré vainqueur par une partie de la presse américaine. 36 jours de bataille judiciaire devant la Cour Suprême ont été nécessaires pour ce dénouement qui a laissé un goût amer pour beaucoup d’observateurs.

Les pressions qui se multiplient sur Donald Trump ne risquent pas de décider le président sortant à concéder sa défaite. Son égo surdimensionné et la campagne virulente qu’il a menée contre « sleepy Joe » (Joe l’endormi), comme il appelle son adversaire, sont des freins notoires à sa résignation. Ce dimanche, le quotidien américain New York Times a fini par diffuser sur son site internet un vidéomontage demandant clairement au président américain de se ressaisir : « Donald, inspire-toi des sportifs, sois digne dans la défaite », lui demande le journal.

 Un autre quotidien, le Boston Globe, analyse les raisons pour lesquelles le chef de la Maison Blanche tente de s’accrocher au pouvoir.  En réalité, écrit-il, « Trump peut avoir des raisons personnelles de s’accrocher à tout prix au pouvoir. Il fait face à des centaines de millions de dollars de dettes, à des poursuites et à une enquête criminelle à New York [sur des allégations de fraudes financières]. » Dans une interview accordée au New Yorker, sa nièce Mary Trump a annoncé la couleur : « Il sait que s’il ne reste pas en fonction, il aura de sérieux problèmes », dit-elle.  Selon Timothy Snyder, un professeur de Yale qui a étudié la carrière de Donald Trump de près, il ne peut se permettre d’échouer. « L’office présidentiel est ce qui (le) maintient hors de la prison et de la pauvreté », a-t-il déclaré au New Yorker. D’après les révélations de QG Magazine, mises en ligne ce vendredi 6 novembre, il aurait accumulé plus de 4000 procès, avec des dettes qui avoisinent les 150 milliards de FCFA, compte non tenu de sa dette immobilière qui, selon le Financial Times, avoisine 450 milliards de FCFA (environ 900 millions de dollar) et arrive à échéance dans les quatre prochaines années.

            C’est donc la ruine et la prison qui attendent le locataire actuel de la Maison Blanche à la fin de son mandat. Au vrai, sa situation est comparable à celle de bon nombre de Chefs d’Etats africains qui s’accrochent désespérément à leur fauteuil. En 1996, lorsque Nicéphore Soglo perd les élections, il a fallu le courage des journalistes de l’ORTB pour que les résultats donnés par la Cour Constitutionnelle soient diffusés, tant tout le monde redoutait la violente réaction de l’hôte de la Marina à l’époque. Finalement, il s’en alla du pouvoir, sans passer service à Kérékou, clamant à qui voulait l’entendre que la France-Afrique lui avait volé sa victoire. Mathieu Kérékou, au terme de son dernier mandat, entreprit lui-même de brouiller l’organisation de l’élection présidentielle de 2006, allant jusqu’à faire dire à son ministre des finances que l’Etat n’en avait pas les moyens. Quant à Boni Yayi, son désir d’éternité s’est manifesté dans l’imposition manquée d’un président fantoche, Lionel Zinsou. Il connait probablement le sort des anciens présidents, surtout en Afrique. Alors question : si jamais Patrice Talon perd les élections en 2021 (oui c’est bien possible), va-t-il  volontairement concéder sa défaite et laisser le pouvoir ? La réponse dépendra fortement de celui qui (éventuellement) lui succédera.

            Pour le moment, l’attitude erratique de Donald Trump sème le doute sur la solidité de la démocratie américaine. Il est vrai que le deuxième président des États-Unis, John Adams, avait déjà refusé  de céder son fauteuil à son successeur suite aux élections de 1800, Thomas Jefferson. 220 ans plus tard, si les mêmes caprices arrivent au 45ème président américain, il ne risque pas d’être amadoué pour quitter pour quitter la Maison Blanche comme John Adams : il sera simplement vidé des lieux.  

Par Olivier ALLOCHEME

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