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Le triomphe de la vérité

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Edito: Un pays de pagaille


La vidéo date d’il y a presque quatre ans, mais elle a fait surface ces jours-ci. Le Chef de l’Etat y dit clairement, sur son ton le plus ferme : « le Bénin est un pays de pagaille ». Bien sûr, les activistes qui l’ont postée ont bien enlevé le propos dans son entièreté, transformant Patrice Talon en un mémé que l’on parodie à volonté. Cela va de la jeune dame qui mime le Chef de l’Etat en arborant son air le plus sérieux, au jeune homme dans un improbable costume qui s’y adonne aussi à cœur joie. Voilà comment d’une profonde philosophie qui impacte presque tous les actes de Patrice Talon, l’on fait un objet d’amusement public, sans se préoccuper de sa résonnance dans la gouvernance du régime de la rupture.
Car avant et après cet extrait, et dans cette vidéo, le Chef de l’Etat s’est dévoilé, en laissant paraitre pourquoi il a opté pour l’ordre et la rigueur dans la gestion de la chose publique. Il y souligne entre autres, « la volonté de marquer notre pays nous aussi, notre génération pour changer nos habitudes, nos comportements, parce que le Bénin est appelé aussi à grandir comme les grands pays du monde. Chaque génération construit un petit peu, apporte sa petite pierre à l’édification, à la construction, au développement, à l’embellissement, au changement des méthodes, des mentalités, des comportements. » Et il ajoute, et c’est là que se trouve ce que j’appelle une philosophie de la rigueur : « ce qu’étaient les grands pays il y a deux cents ans, trois cents ans, quatre cents ans, n’est pas du tout ce que nous observons aujourd’hui avec plaisir quand nous voyons que c’est des pays qui sont développés. Cela ne s’est pas fait en un seul jour. Mais malheureusement, les grands changements ne sont jamais l’action collective et consensuelle. Jamais. Il n’y a aucune communauté au monde, quelle que soit la période, quelle que soit l’histoire, où les grands changements ont été l’effet d’un mouvement spontané, collectif. Moi je mesure la responsabilité qui est la mienne. Je mesure la responsabilité du mandat que vous m’avez confié et je mesure la portée des décisions qui peuvent impacter nos vies parfois difficilement aujourd’hui mais qui peuvent impacter bénéfiquement notre pays dans le temps. » Les exemples qu’il prend ensuite lui servent à conclure ceci : « Moi je ne pense pas que Dieu ait créé certains hommes ordonnés et disciplinés et d’autres pagailleurs…Je pense que c’est l’histoire des peuples qui instaure l’ordre, la discipline. Et on voit beaucoup d’Africains qui vivent bien dans ces pays, qui respectent l’ordre. » Prenant l’exemple de pays africains comme le Rwanda, le Botswana et le Malawi, Patrice Talon estime qu’il est de sa responsabilité d’instaurer ces modèles d’ordre ici. Ceci transparait en filigrane dans ce passage : « Mais si nous sommes conscients de ça nous pouvons commencer tout doucement à changer les choses pour que nos enfants, nos petits-enfants, quand nous serons dans l’au-delà, nous ayons la fierté d’avoir contribué à changer ce que nous avons été nous-mêmes. »
Dans ces propos dont on a choisi de moquer une partie, se lit tout le fondement idéologique de la froide détermination du Chef de l’Etat à instaurer un modèle de rigueur. Car, sans y paraitre, il dit clairement qu’il a l’intention de briser et de détruire l’ancienne mentalité de «désordre» pour en imposer une autre, plus ordonnée et plus disciplinée.
En déclinant ainsi sa philosophie même de la gouvernance, celle du modèle et de la rigueur, Patrice Talon avait ainsi ouvert la voie à une période d’austérité. Certains parleront de sévérité. On utilisera l’allégorie de la ceinture à serrer (ou à desserrer), pour expliquer la méthode. Mais dans tous les cas, il y a une chose qui marque cette gouvernance, c’est la chasse à la complaisance à tous les niveaux. C’est une ambition messianique qui ne tranche pas vraiment avec les grands desseins des timoniers de jadis : les Eyadéma, les Mobutu, les Sékou Touré…Tous, ils avaient cette fièvre de la transformation magique de leurs pays.
Et comme le temps l’a démontré, les changements en profondeur dans l’histoire des mentalités ne procèdent jamais du top-down : ce n’est pas un seul individu qui impose sa loi pour changer tout le monde. Les vrais changements sont horizontaux. Tout le reste n’est que pur vernis.

Par Olivier ALLOCHEME

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