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Le triomphe de la vérité

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Edito: Le verrou a été sauté


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Le Bénin a perdu sa bataille contre le moratoire de la dette africaine. Aussi bien l’UEMOA, la CEDEAO que l’Union Africaine ont adopté la même chanson : le moratoire ou l’annulation de la dette. C’est une bataille perdue mais qui a montre clairement que le Bénin se démarque sur le continent, en ce qui concerne les solutions à la crise qui est déjà là. Elle laisse néanmoins aux Etats une importante marge de décision pour réorienter vers des programmes adéquats les ressources dégagées par les annulations ou moratoires prévus. Même si ces ressources ne viennent pas d’un coup sous la forme des droits de tirage spéciaux (DTS) souhaités par le Bénin pour lui permettre de définir des programmes ambitieux de développement pour le futur, ils pourraient ouvrir la voie à de nouvelles initiatives nationales. Dans le chamboulement international en cours, il faut même se rendre à l’évidence que le recours massif aux DTS du FMI pourrait bien être confronté au véto d’un Donald Trump opposé au multilatéralisme. Le recours aux DTS à la suite de la crise financière de 2008, n’a été rendu possible que par l’arrivée au pouvoir de Barack Obama dont on connait l’ouverture d’esprit. Quand on connait le mode opératoire de l’actuel locataire de la Maison Blanche…
Dans tous les cas, le Bénin ne peut pas trop se plaindre pour avoir perdu sur ce chantier. Mais il a remporté une importante bataille, celle pour laquelle le Chef de l’Etat lui-même a écrit à la directrice générale du FMI le 17 avril dernier pour demander un « assouplissement circonstanciel des règles de discipline budgétaire pour permettre la mobilisation des ressources nécessaires ». Même si le FMI n’a pas encore donné une suite à cette requête, les pays de l’UEMOA l’ont fait ce lundi, en faisant sauter les verrous des règles de convergence communautaires. Il s’agit essentiellement du déficit budgétaire fixé à 3% maximum, de l’inflation à 3% également, et surtout de l’endettement qui ne doit pas excéder les 70% du PIB dans les Etats de la zone. La conférence extraordinaire des chefs d’Etats de l’UEMOA qui s’est tenue ce lundi, a clairement entériné cette mesure en décidant de la suspension provisoire de ces critères de convergence. Le Bénin n’en demandait pas plus. Il obtient désormais le droit d’accroitre sa capacité d’endettement au-delà des 70% du PIB, sans encourir les foudres des institutions financières internationales, ni les réserves des agences de notation.
Mais cette évolution communautaire a été rendue possible par la gravité de la crise. Celle-ci a fait sauter les verrous un peu partout. L’UEMOA a besoin de près de 5300 milliards de FCFA pour sa stratégie de riposte. Et chaque pays s’est précipité pour rechercher des ressources sur le marché. La Côte-d’Ivoire a lancé une obligation de 80 milliards de FCFA, et le Sénégal 100 milliards, toujours sur le même marché. Pour le moment, cet endettement en monnaie locale permettra de répondre aux besoins urgents, en attendant d’autres mesures.
Comme on peut le voir, les sacrosaintes règles de convergence communautaire sont ainsi passées à la trappe, dans un contexte où la pandémie risque de mettre à genou l’économie des Etats. Dans un pays comme les Etats-Unis, la dette fédérale a atteint 107% du PIB, en France 115% et encore davantage en Italie ou en Espagne. Parallèlement, les déficits budgétaires sont en train d’exploser, les Etats étant obligés d’opérer des dépenses imprévues pour répondre à la crise des systèmes de santé.
La crainte la plus fréquente dans ce contexte est celle du défaut de paiement qui a déjà atteint le Liban et menace l’Argentine. De violentes manifestations secouent Beyrouth, la capitale libanaise, où le gouvernement s’est retrouvé incapable de payer ses dettes. C’est une illustration des risques qui attendent les Etats s’ils abusent des nouvelles capacités d’endettement désormais accrues. Ouvrir la vanne du surendettement expose les Etats à un service exorbitant de la dette, avec une pression fiscale supplémentaire sur les contribuables.
Il s’agit en clair d’une arme à double tranchant. Nous entrons en zone de turbulence. La capacité d’endettement des pays développés étant presque illimitée, les pays les moins développés sont appelés à la prudence pour ne pas revivre la crise des années 90 où les Etats africains croulaient sous le poids des dettes.
Désormais, le Bénin et les autres pays de l’UEMOA disposent d’une marge de manœuvre sur le marché financier, sans que cela ne se traduise en une licence pour tout faire.

Par Olivier ALLOCHEME

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