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Le triomphe de la vérité

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Sabi Sira Korogoné, Président du parti MPL «SOUS L’ARBRE À PALABRES» à L’EVENEMENT PRECIS: «Le MPL ne soutient ni Yayi ni Talon, notre priorité c’est le peuple »


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Sabi Sira Korogoné, le président du Mouvement populaire de libération (MPL) est l’invité de la rubrique « Sous l’arbre à palabres ». Venu volontiers se prêter aux questions des journalistes de L’Evénement précis, Sabi Sira Korogoné, le président du benjamin des partis politiques au Bénin, donne sa lecture de plusieurs sujets d’actualité. Des prochaines élections communales auxquelles le MPL ne prendra pas part car exclu par la Céna, l’institution organisatrice, à la gouvernance de Patrice Talon en passant par les législatives de 2019, l’invité s’exprime, se montrant incisif sur certains aspects. Connu du grand public à partir de l’Initiative de Nikki dont les lendemains lui vaudront huit mois d’emprisonnement par la suite, Sabi Sira Korogoné est revenu sur la genèse et les ambitions de la fameuse initiative qui a fini en parti politique. Au cours de son passage « Sous l’arbre à palabres », Sabi Sira Korogoné a aussi parlé de ses relations avec l’ancien président Boni Yayi et le ministre des finances de ce dernier, Komi Koutché qu’une certaine opinion cite comme l’un des soutiens du MPL.

Et si on en parlait

Votre parti ne prendra pas part aux élections communales prochaines, si elles sont maintenues. Dites-nous Président, ce qui s’est passé pour que vous fournissiez plus de dossiers que ce qui est officiellement demandé?
Au cours d’une conférence de presse, le secrétaire général, porte-parole du parti et moi, sommes revenus là-dessus il y a de cela quelques jours. En réalité, on n’a pas fourni plus de documents que prévus. Nous sommes allés à la Cena le 11 mars avec les pièces communes de candidatures comme tous les partis. Il y a deux documents qui font ces pièces. Il y a la quittance de payement (la caution de participation) et la déclaration de candidature. C’est-à-dire, un document sur lequel on peut lire aisément les informations nom, prénoms, lieu de naissance, sexe, numéro de la carte Lepi, des 3630 candidats. Nous nous sommes présentés à la Cena parce qu’on n’avait pas été impliqué dans la prétendue rencontre qui aurait eu lieu entre la Cena et les partis politiques. Or, la Cena, à l’interne, a décidé pour se faciliter la tâche, de mettre à la disposition des partis politiques un logiciel. Ce logiciel leur permettrait d’avoir automatiquement les données dès que les partis politiques feraient le remplissage. Nous, on n’avait pas été informés. On a fait notre déclaration de candidatures sur un fichier Excel que tout le monde peut lire. Quand on s’est retrouvé à la Cena, nous avons été reçus vers 22h30. Nous avons rempli le formulaire. On nous a amenés sous une tente où un monsieur nous a reçus pour nous expliquer brièvement comment le processus allait se passer. On a fait le tirage au sort. Nous avons tiré le 13 qui correspondait à une équipe des agents de la Cena. Quand on s’est retrouvé à leur niveau, ils ont dit de sortir les pièces. C’est alors que nous avons sorti les documents qu’on avait sur nous. Et du coup, à la vue de notre déclaration de candidatures, ils nous ont dit non. Qu’il s’agit d’un logiciel que la Cena a mis à la disposition des partis politiques. Et ils ont demandé pourquoi on ne s’est pas conformé à cela. On était bleu. C’est là que le Président de la Cena qui entre-temps a fait irruption sous la tente, a demandé de faire vite. Il a demandé si nous avons des imprimantes, des ordinateurs. On lui a répondu qu’on peut faire venir tout cela de notre siège. C’est dans ces conditions qu’on nous a mis le bureau des chauffeurs à disposition. Et on s’est mis à faire la saisie, ensemble avec les militants et les candidats qui ne sont pas des opérateurs de saisie, les 3630 candidatures dans ce logiciel. Parce que pour nous, nous étions en harmonie avec la loi. On pensait même qu’on nous faisait une faveur. On se disait que sûrement on n’a pas lu cette disposition de la loi. Parce qu’on faisait tout au siège de notre parti conformément à la loi. Pour nous, c’est la loi ou rien. C’est ainsi qu’on s’est retrouvé dans cette condition. De 0h au lendemain jusqu’à 18h, on n’avait pas encore fini. Avec des gens qui ne sont pas des professionnels de la chose et qui n’ont pas fermé l’œil du tout, imaginez vous-mêmes. C’est dans cette condition que nous avons produit sur le logiciel une nouvelle déclaration de candidatures qui n’a rien à voir avec ce que nous avons fait. Donc, c’est ce document qu’on a présenté à la Cena, ce document dont on n’a même plus copie.
C’est pour vous dire que le MPL n’est pas allé à la Cena avec plusieurs documents. Ce qui éventuellement s’est passé, c’est qu’il y a une commune qui a été tirée deux fois sous le coup de la fatigue. Et ils ont décompté, pas en notre présence. Parce qu’ils n’ont pas pu à la Cour Suprême nous prouver cela. Ils ont dit que dans un premier décompte ils ont trouvé 3692. Lors d’un deuxième décompte, ils ont trouvé 3682. Voilà un peu ce qui s’est passé et sans faire de commentaire, je vous laisse libre cours de juger. Et c’est pour cette raison qu’on élimine une liste dès les premiers jours, sans nous donner la possibilité de corriger s’il y avait d’éventuelles fautes.
Mais personnellement, je suis convaincu que cette élection n’aura pas la même portée sans nous. Parce que sans nous, nous on pense qu’on aura juste élargi le match amical à d’autres forces alliées. Sans nous, il n’y a pas élection. Et je pense que les gouvernants actuels ont beaucoup intérêt que cette élection soit véritablement inclusive.

Vous pensez réellement qu’on veut vous empêcher d’aller aux élections?
Tirez vous-mêmes les conclusions. Parce qu’il n’y a pas de raison qu’à cette étape de la procédure, on nous sorte de cette façon-là.
Nous avons été reçus les derniers. Donc si un parti politique doit avoir une notification, on devait être les derniers à la recevoir, même si c’est un rejet. Mais des gens qu’on a reçus avant nous sont restés dans l’enceinte de la Cena en train de parfaire leur dossier et nous, on finit de nous recevoir vers 7h-8h et à 11h déjà on balance une décision.
La veille, ils ont commencé déjà par nous menacer. Je ne vais pas tirer moi-même la conclusion. Je laisse les lecteurs le faire. Notre malheur a commencé le lundi, 48h avant le dépôt de candidature. Lorsqu’à 17h17 minutes, le secrétaire général porte-parole ici présent s’est présenté au trésor public pour payer la caution de participation. C’est en ce moment que les gens ont su que ces jeunes veulent aller aux élections. Le même soir, c’est la police qui débarque à notre siège. Ils viennent. Ils font des photos du siège et s’en vont. Le lendemain matin, on n’était pas encore arrivé au siège parce qu’on est resté tard, quand le directeur départemental de la police républicaine du Littoral en personne s’est déplacé au siège. N’ayant vu aucun responsable sur place, il a laissé son contact. Le secrétaire général qui est venu avant moi, a pris le numéro et l’a appelé. Il lui dit qu’il faut absolument qu’on aille le voir. Nous, on était préoccupé par nos dossiers. 3630 dossiers à fournir, ce n’est pas facile. C’est ainsi qu’on n’a pas eu le temps d’aller le voir. Je lui ai dit qu’on le verra, mais après. Ce même soir, à 18h, un bataillon du commissariat du 9ème arrondissement a fait son débarquement à notre siège. Ils nous disent non, ce que vous faites dérange les autorités au sommet. On aurait pu venir à la brutalité, déchirer votre enseigne. Et le SG leur a dit que ce serait un abus de pouvoir. Ils disent oui et alors? Voilà ce qui s’est passé le mardi. Le mercredi, ils reviennent pour nous demander de leur montrer le récépissé d’enregistrement de notre parti au niveau du ministère de l’intérieur. On le leur a montré et ils sont partis. Voilà autant de pressions psychologiques déjà. Le jour du dépôt, à partir de 18h, on nous a coupé l’électricité. Fort heureusement, on a prévu un groupe électrogène qui nous a permis de faire ce que nous avons à faire. On va à la Cena vers 22h, on rencontre l’équipe qui nous reçoit. Le responsable de la Cena qui nous a reçus, a demandé ce qu’il peut nous souhaiter. On lui a dit de nous souhaiter bonne chance. Lui, nous répondant, disait qu’il nous souhaite le miracle. Déjà, notre dossier n’est pas étudié et on nous souhaite le miracle. Voilà donc autant de situations… Nous avons été trop maltraités dans l’enceinte de la Cena. Maltraités comme des gens qui n’étaient pas la bienvenue.
A travers cette élection, nous avons deux problèmes à régler. Le premier, c’est celui du renouvellement du personnel politique depuis la base. Il faut participer à cela. Parce que nos compatriotes en dépit de tout ce qu’on peut croire, sont fatigués de voir les mêmes personnes toujours aux mêmes endroits à la veille des élections, en train de dire les mêmes choses et jamais rien n’a changé. Donc, il fallait apporter une réponse à cette préoccupation de nos compatriotes. Le deuxième problème, on nous contraint à avoir un certain nombre de parrains avant d’aller aux élections présidentielles. Nous, nous sommes dans une dynamique qui doit pouvoir nous permettre en 2021 de faire l’alternance au sommet de l’État. Parce que, je ne vous apprends rien si je vous dis que le régime actuel a échoué. Et il n’y a plus de possibilité de rattrapage.

Qu’est devenue l’Initiative de Nikki qui vous a révélé au grand public?
L’Initiative de Nikki était le début d’un processus. Et ce processus est en cours. Je vais vous expliquer comment ça se serait passé si je n’étais pas allé en prison. C’est dire que, la deuxième étape après l’Initiative de Nikki qui est le début du processus, c’était le lancement d’un concept que nous avons appelé en son temps le NIYATA. Le «NIYATA» signifie « ni Yayi, ni Talon ». Parce que pour nous, notre pays était ramené à une guéguerre entre deux amis. C’est-à-dire que lorsque ces deux se sont retrouvés et sont devenus des amis, aucun d’entre nous n’était là. On ne sait pas sur quelle base ils sont devenus amis. Qu’est ce qui les a divisés? Qu’est ce qui les divise? C’est ce qu’ils ont voulu qu’on entende qu’on a entendu. Pour un jeune comme moi qui aspire à diriger son pays un jour, ce n’était pas sain de nous mêler d’une guéguerre qui rabaisse notre pays à ce niveau. Donc, il faut éloigner ces deux du pouvoir pour qu’ils aillent régler leur problème là où ils se sont connus. Parce qu’ils se sont connus loin du pouvoir. Ils ont rapporté leur amitié au sommet de l’État, leur inimitié aussi.
Après le lancement de ce concept, on devait aller aux assises nationales de la lutte. C’est à dire qu’on savait qu’après Nikki, d’autres communes allaient nous emboiter le pas. Toute cette énergie de jeunes opprimés allait se retrouver dans le même cadre pour aller aux assises nationales de la jeunesse. Et, pour conquérir le pouvoir, on allait venir à l’étape où nous sommes aujourd’hui. Les assises de la jeunesse comme je le disais tantôt, allaient avoir comme conclusion, la création d’une véritable force politique qui ne réunira en son sein que des jeunes sans casserole. Parce que quand vous ne trainez pas des casseroles, il est très facile de vous faire chanter. Alors, des jeunes qui ont une certaine vision, sans antécédent, des jeunes qui refusent de continuer à vivre dans la précarité, dans la pauvreté, des jeunes qui décident en son temps, de prendre leur destin en main.

Mais cela a été tué dans l’œuf !
Pas du tout. Ils ont juste déplacé le calendrier parce qu’aujourd’hui, nous en sommes là. Le MPL est né, oui ou non ? Le cheminement n’a pas été ce que cela aurait été mais il y a eu cheminement quand même. Puisqu’aujourd’hui, on existe, en dépit de tout ce qu’on nous a prêté comme intention. A un moment donné, quand on apprend qu’il y a un pneu qui a brûlé accidentellement quelque part, on a toujours pensé que ça allait toujours être nous. De toutes les façons, nous sommes arrivés à une conclusion qui est que, quand on observe dans la sous-région, un peu partout, vous ne verrez jamais des casseurs arriver au sommet. Les casseurs cassent, mais c’est d’autres opportunistes qui sont restés dans l’ombre et qui peut-être ont manipulé les casseurs, qui viennent en profiter. Non, nous, nous ne voulons pas faire le travail à moitié, nous voulons aller au pouvoir, parce qu’on pense qu’on a les capacités qu’il nous faut pour apporter des réponses aux préoccupations de nos compatriotes. On pense que c’est une question de génération et qu’il est temps que notre génération puisse se retrouver à décider pour notre pays. Si la génération qui a commencé en 1960 a fini malgré elle en 1990, ça veut dire que le cycle est de 30 ans et impérativement, celle qui a commencé en 1990 doit aussi finir en 2020, n’en déplaise à ceux-là qui veulent toujours s’accrocher et vivre au crochet du pays, qui veulent continuer à se faire soigner aux frais du contribuable. Donc, nous devons nous organiser pour que notre génération prenne ses responsabilités.

Dans la marche, cela vous a conduit en prison. Comment avez-vous vécu ses moments-là ?
Sportivement et positivement ! Ce qu’on apprend en prison, il n’y a pas d’université au monde pour l’apprendre. La prison, il y en a qui pensent que c’est pour les animaux, non. C’est un endroit où tout le monde peut se retrouver, même accidentellement. J’y suis resté huit mois, et je me suis préparé psychologiquement à venir en aide à certains de nos compatriotes qui sont des divorcés sociaux. J’ai compris que dans 80% de leurs cas, il y en a qui sont là-bas et qui sont des divorcés sociaux malgré eux, parce que l’Etat qui devrait créer les conditions appropriées devant permettre à la jeune génération de recevoir une bonne formation, a fui ses responsabilités. Et, de plus en plus, les esprits les plus faibles se retournent vers ce qui est proscrit par la loi. Donc, c’est un exercice psychologique. J’ai connu cette partie de mes compatriotes et de façon personnelle, ça m’a édifié. Pour la suite, qu’est-ce que nous devons faire pour que de plus en plus, nos compatriotes ne deviennent plus des divorcés sociaux ? C’est une question de responsabilités et nous n’allons pas nous y dérober. L’autre chose, c’est aussi de beaucoup lire et de me faire un certain nombre d’opinions, tout en étant en retrait de la scène. Mais, je l’avoue, à un moment donné, j’ai coulé les larmes lorsque je vivais en direct la situation des législatives. J’ai compris que notre pays a vraiment régressé. Les 1er et 2 mai 2019, je ne pouvais pas manger, parce que le Bénin mérite mieux.

Pour y avoir séjourné pendant huit mois, si on vous demande de parler des conditions carcérales au Bénin, que diriez-vous ?
La prison civile de Cotonou n’est pas une prison. C’est un dépotoir transformé en prison. Les conditions d’incarcération ne sont pas du tout bonnes, il y a un surpeuplement carcéral. L’autre chose, c’est lorsque j’entendais parler des réformes dans le secteur judiciaire avec le Millénium Challenge Account, c’est une fois en prison que j’ai compris qu’il reste beaucoup à faire au Bénin. Le greffe de la prison n’est même pas en liaison directe avec celui du tribunal. Tout est fait encore de façon archaïque. Ce qui crée beaucoup de dommages à des gens qui finissent leurs peines mais qui ne savent même pas qu’ils ont fini leur peine et c’est six mois, voire un an après, qu’on se rend compte que lui, il a fini sa peine depuis. Simplement parce que le jour du verdict, il y avait du bruit dans la salle et il n’avait pas bien entendu la durée de sa peine. Donc, il y a beaucoup de dysfonctionnements qu’il faut corriger, car une journée de prison n’est pas une chose facile. Je pense qu’il y a beaucoup de choses à faire et la première des choses à faire, est de fermer purement et simplement la prison civile de Cotonou. Ce n’est pas une prison. Les infrastructures ne répondent pas aux normes et ce n’est pas ce que je souhaite mais, imaginez qu’un seul cas de Coronavirus entre en ces lieux et nous allons perdre tous nos parents qui sont là-bas. Il faut que les gouvernants revoient les choses à ce niveau et qu’on ne traite plus un prisonnier comme un animal. Ce sont des hommes et tout le monde peut y séjourner. Hier, c’était quelqu’un d’autre, aujourd’hui Korogoné et demain, ce sera quelqu’un d’autre.

Vous pensez qu’à la prison civile de Cotonou, les gens sont traités comme des animaux, c’est ça ?
Les conditions d’abord ne sont pas bonnes. Moi, j’ai eu la chance d’être dans un bâtiment qu’on appelle bâtiment de petite cour. C‘est un bâtiment qui avait été offert par le Rotary Club et j’avoue que dans cette zone, il n’y a pas de problème. Mais, ceux qui sont dans la grande cour où des gens s’entassent par terre, c’est pénible et quand on veut punir un prisonnier qui est dans la petite cour, on l’amène dans la grande cour, parce qu’on sait que les conditions qui sont là-bas sont extrêmement difficiles.

Est-ce qu’avec ça, vous comprenez certains acteurs politiques qui, dès qu’ils ont de problème avec l’Etat ou la justice, fuient à l’extérieur ?
Je ne réfléchis pas pour les autres mais je réfléchis pour moi. Moi, je ne vais jamais fuir mon pays, parce que je sais ce que je fais. Et, d’autant plus que ce que je fais est juste et que je n’ai rien à reprocher à ma conscience, je ne fuirai pas. Je vais rester. La preuve, ils sont venus m’arrêter chez moi et non à une frontière en train de fuir. Non, c’est bien chez moi. Quand j’ai fini à Nikki, je suis arrivé à Parakou et j’étais là quand le président de l’Initiative de Parakou a reçu une convocation. Je lui ai dit : « Non, toi, tu te mets à l’abri, moi je vais affronter la situation. » Je suis venu à Cotonou, je suis allé faire une émission sur une chaine de télévision et après, je suis allé à Lomé puisqu’il fallait que je me mette à l’abri aussi. Mais les étudiants, les jeunes qui étaient avec moi à l’Initiative de Nikki, étaient persécutés. J’ai été les installer à Lomé et j’ai dit : « Bon, moi-même je retourne à Cotonou pour affronter la situation. »

Alors, après la prison, vous avez créé le MPL. Quelle est la genèse de ce parti ?
Après la prison, on a créé ensemble le MPL qui était un mouvement. Je vous explique : quand je suis sorti de prison, j’ai entrepris de rencontrer les acteurs majeurs de la résistance. Parce que pour moi, quand j’étais en prison, je voyais la résistance comme une organisation presque parfaite que j’allais sortir et renforcer, pour que la lutte se fasse convenablement. On s’est retrouvé quand je suis sorti. J’étais à la rencontre avec le président Soglo, le président Azannaï qui étaient des figures de proue de cette résistance et encore accessibles. J’ai pu échanger avec le président Boni Yayi au téléphone, parce qu’il était en ce moment en résidence surveillée, un entretien téléphonique qui a duré plus de 45mn où nous avons échangé sur la situation. J’ai rencontré dans cette même logique les députés Nourénou Atchadé, Eric Houndété, Guy Mitokpè, le secrétaire général de FDCB et je me suis fait mon opinion. L’opinion est que tous les autres en dehors de certain Expérience Tèbè, Guy Mitokpè, avaient déjà jeté l’éponge. Ils étaient désespérés à la limite, parce qu’ils n’arrivaient pas à me convaincre de l’issue. Je me suis dit : « Voilà, on n’est que trois à avoir encore espoir et nous sommes tous trois de la même génération. » Donc, nous trois, on est encore prêt à aller au charbon mais les autres, non. C’est là où l’idée est née à trois, et on a décidé de créer un mouvement, pas un parti politique, parce qu’on ne voulait pas heurter les susceptibilités de nos ainés, chefs de partis politiques. Le mouvement qu’on a décidé de créer porte le même nom que le parti, le MPL, le même logo, sauf que le vert, jaune, rouge dans le bras a disparu au profit du noir. On avait décidé que ça allait être un mouvement transversal et temporaire dont le rôle ne sera que de restaurer la démocratie. Donc, juste après cela, chacun de nous retourne dans sa chapelle politique. Le 12 septembre, nous avons porté le mouvement sur les fonts baptismaux dans un hôtel qu’on appelle la Méditerranée. C’est les circonstances qui nous font changer en fait. Je le dis, parce que si on avait dit qu’on allait créer un parti politique ce serait un peu difficile parce qu’il y avait une personne parmi nous qui était secrétaire général d’un parti. Donc, on ne voulait pas donner l’impression qu’on voulait créer un parti pour concurrencer les autres. Le 12 septembre 2019, ce dernier a fait défection, il n’est pas venu. On a alors fait ce qu’il faut. Le 13 septembre, on avait rendez-vous sur le Burkina. On est allé, on a fait le 14, le 15 et le 16, on a été interpelé à l’aéroport de Ouagadougou. Je vais vous épargner les détails. Mais, grâce à la promptitude de certains chefs d’Etat de la sous-région, nous sommes sortis sains et saufs de cette épreuve. Nous sommes restés dans une semi-clandestinité presqu’un mois. On était deux, mon secrétaire général et moi. Puis un bon matin, on s’est regardé et on a dit qu’il faut qu’on sorte, si j’emprunte le mot, de notre confinement. Rentrons au pays, advienne que pourra ! Entre temps, il y avait un dialogue politique qui était en cours, qu’on a suivi de bout en bout. Les jeunes du MPL (mouvement du Littoral) ont décidé de faire une manifestation qui a eu lieu au Codiam. Après, on apprend qu’on a interpellé 28 personnes parmi les organisateurs de cette activité. On était encore là quand l’un de nos responsables a reçu une convocation. Moi je pense toujours que c’est de l’irresponsabilité quand vous avez des gens qui vous suivent et qui, dans des moments de difficulté ne vous trouvent pas derrière. C’est comme ça que nous sommes rentrés au pays, mais pas sans peur, parce que le courage n’est pas l’absence de peur. On a pensé que notre pays mérite mieux, qu’il mérite ce sacrifice. C’est à notre retour au pays qu’on a convoqué une réunion pour inviter les jeunes de l’opposition. On leur a demandé la suite à donner à notre mouvement. Certains sont venus avec des théories à l’ancienne et d’autres ont compris qu’il faut s’organiser. C’est ainsi que l’idée du parti est venue. Ceux-là ont compris que la transmission du pouvoir entre le régime actuel et notre génération se fera de façon pacifique. Que ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui le sachent, ou ne le sachent pas, on va prendre le pouvoir sans effusion de sang, parce que personne ne mérite qu’on détruise notre pays pour lui. Ce n’est pas un aveu de faiblesse, nous n’avons pas peur. Pourquoi allons-nous mener notre pays à cette extrémité, encore que nous n’avons pas épuisé toutes les voies ? Nous pensons qu’il y’a encore d’autres possibilités et c’est dans ce même ordre d’idées que nous pensons que les dirigeants actuels, s’ils aiment un tout petit peu ce peuple qui les a portés à 65%, devraient pouvoir trouver ce qu’il y a à faire pour que le MPL soit aux élections communales. Le MPL ne va même pas s’associer à ça. Les ressentiments sont toujours présents dans le cœur de nos compatriotes. Il y en a qui ont perdu des parents et qui ont comme dernier espoir ces élections communales pour sanctionner la gouvernance actuelle. Qu’on le leur permette, tout simplement. Si on va continuer à vouloir manœuvrer comme on le fait en ce moment pour éviter la compétition, ce n’est pas bien.

Quel est le sens du balai, l’emblème de votre parti?
Le balai est symbolique. Il a des vertus. Le balai rend propre. Il symbolise aussi l’unité. On peut casser facilement une brindille mais c’est très difficile de casser un balai.

Vous avez le même symbole que le Balai citoyen du Burkina Faso
A la différence qu’après avoir fini de balayer Blaise Compaoré, ils ont jeté leur balai et laissé Compaoré revenir sous une autre forme, parce que Kaboré c’est l’ancien ministre des Finances de Compaoré, c’est l’ancien premier ministre de Compaoré… Pour moi, Kaboré c’est Compaoré. C’est là où nous nous retrouvons en ce moment, entre le marteau et l’enclume. Le marteau du pouvoir qui veut nous écarter et l’enclume d’une certaine opposition qui pense qu’on n’a pas le droit d’exister. Notre balai va balayer et si on finit de balayer, on n’ira pas se coucher, parce que nous pensons qu’il est temps que nous aussi, nous nous retrouvions au sommet. Nous voulons permettre au peuple béninois de réaliser son rêve. Le rêve du peuple béninois aujourd’hui, c’est que le personnel politique, à plus de 90%, soit renouvelé. Nous devons offrir cette opportunité à notre pays. En même temps qu’on le fera, il faudra aussi balayer ce régime qui est en train de détruire les fondamentaux de notre pays depuis quatre ans. Vous allez constater que c’est le principal sponsor de la politique depuis 90 qui est venu au pouvoir. En réalité, il y a un drame qui ne dit pas son nom. Comment en est-on arrivé à cette extrémité? C’est la fin d’une saison.

Qui finance le MPL ?
Le véritable problème des jeunes qui ont des rêves pour leur pays, c’est qu’on les utilise pour les maintenir dans la servitude, c’est qu’on les utilise pour qu’ils soient toujours des ouvriers politiques, c’est l’éternel problème de ressources. Où les jeunes vont-ils trouver les moyens ? C’est la question qu’on se pose. Il y a des circonstances qui permettent que des réponses viennent naturellement à un certain nombre d’interrogations. Pourquoi ne posez-vous pas la question de savoir qui finance le PRD, le BR, l’UP… On peut aisément tirer la conclusion que le BR et l’UP sont au pouvoir. Les FCBE, qui les finance ? Si vous me répondez que c’est le président Yayi, cela voudra dire qu’il ne s’est pas contenté que de son salaire lorsqu’il était président, sinon il n’aurait pas eu les moyens de financer un parti politique. Retenez que personne ne fait la politique avec l’argent de sa poche, à part que ces dernières années on a vu les principaux sponsors, je parle de Sébastien Ajavon et Patrice Talon lui-même, candidats. Eux, ils ont la capacité de se financer eux-mêmes, encore que ce n’est pas évident. Ils ont des amis, ils ont des partenaires. Aujourd’hui, nous avons des gens qui ne sont pas des nationaux, qui nous soutiennent. Ce soutien ne représente que 10 à 15 % de ce dont on a besoin. Et si on va à ces élections, car je crois encore qu’on ira, vous verrez que cette jeunesse fera mieux campagne que ceux qui sont au pouvoir. Cela fait à peine deux mois que le MPL est né. Le mécanisme approprié pour faire cotiser les militants à la veille n’existe pas encore chez nous. On le fera ; on arrivera à cette étape, parce qu’il faut entretenir le parti.

Certains avancent le nom de Komi Koutché et d’autres personnes vivant à l’extérieur comme vos soutiens
Ce n’est pas vrai. Si c’était eux, je n’aurais pas honte de le dire.

Que pensez-vous des quatre premières années de la gouvernance Talon ?
Échec. C’est le seul mot qui me vient à l’esprit, parce qu’il y a eu beaucoup trop d’annonces, beaucoup trop d’espoir suscité, et zéro à l’arrivée.

Des exemples pour étayer ce que vous avancez ?
De façon très pompeuse, on a parlé de réformes mais on n’a pas réussi à donner un contenu à ce mot. Les réformes se sont circonscrites à ce qu’ils ont appelé ‘’asphaltage’’. A part ça, où la réforme du système partisan nous a-t-elle conduit ? Quelles sont les réformes économiques, à part qu’ils ont réussi à pressurer le peuple avec beaucoup trop d’impôts? Ils ont augmenté les taxes sans créer de la richesse. Ils n’ont pas réussi. A la place du président Talon, je me serais sorti véritablement d’un certain nombre d’activités économiques pour permettre la concurrence. Il aurait réussi à me convaincre de sa bonne foi s’il démonopolisait les filières agricoles et surtout le coton.

Voulez-vous dire qu’il est resté dans ces activités ?
Le coton est toujours entre les mains de ses héritiers. La seule démarcation qu’il a réussi à faire, c’est d’enlever son nom de ses structures mais les structures continuent d’exister. Il aurait pu, entre autres réformes, purement et simplement permettre à quiconque voudrait se lancer dans les intrants agricoles, de le faire. Au Sénégal par exemple, on permet à X, Y ou Z d’importer les intrants et le paysan est libre d’aller acheter là où c’est plus rentable pour lui. Je viens d’un bassin cotonnier où ceux qui produisent du coton depuis des décennies, ne sont pas à l’abri du besoin. Je n’en ai pas vu un seul. Ce qui est dommage car on travaille pour vivre, et non pour survivre. Il est passé à côté de tout. Je peux même tirer la conclusion que ça a été pendant quatre ans une descente aux enfers et pour nous, il n’est pas question que ça continue.

Vous êtes dur…
En quoi sommes-nous durs ? Ce n’est pas du copinage. Il faut qu’on réussisse à relever un tout petit peu le niveau de vie de nos compatriotes. Au début de son mandat, on a tout cassé ; on a cassé sans proposer de solutions. Savez-vous pourquoi ils ont cassé ? Ils ont cassé parce que la forme les préoccupe plus que le fond. Je donne souvent l’exemple du père de famille qui, à la veille d’une fête de fin d’année, a dix mille francs CFA. Entre acheter un sac de riz pour sa famille et s’acheter un pantalon pour lui-même, le père de famille responsable ferait quel choix? Le riz bien évidemment. Il faut donner à manger à vos compatriotes. Il faut aller vers l’autosuffisance alimentaire. Il faut amener les compatriotes vers les cultures qui nous permettront de nous nourrir. Vous voyez par exemple, je sais que la question va venir, pourquoi est-ce qu’on ne veut pas prendre le risque de faire comme les autres pays qui ferment tout? Parce que quand on va tout fermer en 48/72 heures, il n’y aura plus rien. Mais s’il y avait une production locale de riz suffisamment qui nous permettait de nous nourrir nous-mêmes, donc nous avons une méthodologie qui agonise et nous avons en quatre ans pu entendre des mots, des transformations de mots et ce n’est que ça. On a vu beaucoup de maquettes et quelques rues sans grand impact économique. C’est comme du leurre alors qu’en réalité il y a des priorités. Un pays, c’est des priorités, nos priorités sont où aujourd’hui? Ici le premier produit d’exportation c’est le coton. Et quand il y a un pont qui est cassé on arrive à faire dans les 2KP ? Et quand c’est les rues de Zongo qui n’ont pas d’impact économique, on bitume, moi je pense qu’on a fait un mauvais choix. Ce n’est pas que Zongo ne mérite pas d’avoir une telle rue. Non, loin de moi cette idée. Mais cela aurait pu être par ordre de priorité qu’on va régler les problèmes. Mais je comprends aussi, nous avons un Président «faro-faro» qui aime le beau, je ne lui dénie pas cela. Mais le Bénin ne se limite pas aux grandes agglomérations, il y a beaucoup trop de problèmes dans les contrées même pas plus reculées. Il n’y a pas quelqu’un plus béninois que l’autre.

Pour mieux lutter contre la corruption, le gouvernement actuel a choisi d’avoir des instruments efficaces à savoir la Criet qui depuis des mois est en train d’agir contre la corruption. Quelle appréciation faites-vous de cet instrument ?
La Criet pour moi c’est un aveu de faiblesse de la part du gouvernement. Nous avons des juges certes. Ils n’ont pas amené des juges Django. C’est les mêmes juges qu’ils ont cooptés. Nos tribunaux de première classe, de deuxième classe peuvent aisément lutter contre la corruption. Le premier moyen à donner aux tribunaux, c’est leur indépendance. Et que le juge, en même temps qu’il est indépendant, qu’on mette en place une structure pour évaluer les juges. Pour lutter efficacement contre la corruption, il faut que ce soit les non corrompus qui le fassent. Mais si vous voulez lutter contre la corruption et que des gens qu’on soupçonne d’être aussi dans leur corporation, des corrompus, alors là vous n’avez encore rien fait. Donc c’est pour cela que je dis qu’il faut donner à la juridiction son indépendance, lui donner les moyens. Le mieux, c’est de la doter d’infrastructures, il faut renforcer cela. C’était le Président Boni Yayi qui avait augmenté le salaire des juges, tout ça c’est toujours pour lutter contre la corruption. C’est vrai que c’est une bonne chose, mais comment faire pour relever le niveau de vie de nos fonctionnaires pour qu’ils ne soient pas tentés ? Le policier qui n’a que cinquante mille par mois et qui rançonne, voilà les corruptions primaires qu’on met sur la tête. Un enseignant qui n’a pas du tout de gros moyens qui prend deux ou trois kilogrammes de riz dans ce qu’on a mis à disposition pour la consommation des enfants et qu’on brandit en trophée, ce n’est pas la lutte contre la corruption ça. La véritable lutte contre la corruption doit commencer par l’exemple au sommet. Parce que quand on dit corrompu, il y a un corrupteur qui corrompt qui? De toutes les façons c’est tout un mécanisme.

Est-ce que la corruption a reculé aujourd’hui par rapport au passé ?
La corruption est centralisée maintenant.

Centralisée où?
On a tué les petits corrompus, pour permettre aux gros corrompus de continuer par exister.

Qui sont les gros corrompus ?
Ils sont là. Il y a des journalistes d’investigation.

Vous pouvez nous donner des pistes….
Non, allez chercher. Les petits corrompus comme les policiers aujourd’hui ont peur. Cela permettra à l’usager de circuler librement. Mais les grandes corruptions, ça on ne voit pas. Est-ce qu’on les voyait avant? On en entendait parler. Est-ce que jusqu’à présent les scandales ont arrêté ? Même si les dirigeants actuels nous font vivre dans une certaine opacité. Qu’ils fassent leur temps et qu’ils partent et on verra bien.

A Savè, au moment où vous mettiez sur les fonts baptismaux le parti, vous avez accusé certains Fcbe d’empêcher le MPL d’exister. Que s’est-il passé ?
Bon, c’est des mauvais souvenirs pour moi. De très mauvais souvenirs, parce que j’ai vécu presque l’enfer dans la période, ensemble avec mes amis. Nous avons vécu l’enfer parce qu’on ne savait pas que notre existence pouvait être un problème. Personnellement je n’ai jamais été FCBE. J’ai toujours combattu les FCBE. Contrairement à vous qui m’avez bien découvert grâce à l’Initiative de Nikki, les populations de l’Alibori, du nord me connaissaient déjà comme quelqu’un qui se battait contre les FCBE. Je faisais ce combat contre les Fcbe à cause du coton. Parce que je pensais que Boni Yayi mieux que quiconque savait que le coton n’apportait rien aux cotonculteurs eux-mêmes. Et pour lui chaque fois, il faut emblaver tel nombre de superficies. Je ne sais pas si c’est parce qu’il voulait juste respecter des contrats occultes. Nous on s’est retrouvé, on a dit qu’on veut porter sur les fonts baptismaux notre parti politique, le MPL. On avait choisi le faire entre Savè et Tchaourou. Pour quelle raison? Parce qu’on s’était dit que Savè et Tchaourou entre le 9 et 16 Mai, nous ont sortis de la honte. Pour rendre hommage à ces populations qui ont essuyé beaucoup trop de morts, on avait choisi entre Savè et Tchaourou.

Pourquoi vous n’avez pas choisi Banikoara?
Il n’y a pas eu de morts là-bas. Il n’y a pas eu d’affrontements meurtriers entre la police et les populations de Banikoara. Et aussi, je ne voulais pas en tant que bariba, ramener le congrès dans une zone bariba. Tout de suite, les gens vont dire que c’est un parti de région et d’ethnie. Donc, il fallait sortir de ça.

Maintenant que le congrès n’a pas été bien accueilli à Savè…..
J’en viens. A Tchaourou, on a aussi pensé dans un premier temps qu’il fallait rendre hommage à Boni Yayi. Parce que de toutes les façons, le combat en cours n’est pas son combat. Il a essuyé 52 jours de sa vie en résidence surveillée par le régime. « Si vous créez ce parti, ça va tuer le nôtre. » Est-ce que la création d’un parti peut tuer un autre ?

Qui vous a dit ça?
Bon je vous épargne des détails.

Nous sommes sous l’arbre à palabres...
Oui, je vous épargne des détails. Il y a des détails qui ne sont pas importants. Parce que si on doit rentrer dans les détails cela va remuer le couteau dans la plaie.

Ce sont les Fcbe?
Oui, bien évidemment. Je dis au sommet des Fcbe. S’il crée le parti, il va tuer le nôtre. On m’a même recommandé d’aller rencontrer le Président Yayi. J’ai tout fait, je n’ai pas pu. Parce que j’allais lui expliquer pourquoi nous voulons créer notre parti. Le seul héritage que lui, il veut léguer à notre génération, c’est son parti. Malgré que je ne sois pas membre de ce parti, mais c’est un héritage. Un instrument organisé qu’il met à notre disposition pour faire le combat. Mais malheureusement, le truc n’était plus fonctionnel. On ne lègue que ce qui nous appartient. Le parti n’est plus entre ses mains. Alors, il va léguer ça comment? Donc pour ne pas aller à un suicide collectif, il fallait mettre en place un autre instrument pour que cette jeunesse-là qui déborde d’énergie puisse se retrouver au sein de l’Union, calmement, pour penser et relever les défis de l’avenir. Mais malheureusement, on n’a pas été compris. Au point où, il y a eu des badauds qui nous attendaient à Tchaourou. Éventuellement, si on devait forcer pour aller à Tchaourou on serait poignardé. Sagement, les têtes couronnées que j’avais vues deux semaines en amont lorsque je leur donnais l’information de la création du parti, m’ont dit non. D’autres me disaient vas-y à Tchaourou, parce qu’ils ont sorti un pacte de terre entre bariba et nago. Et pendant dix ans, nous on a suivi de bon cœur Boni Yayi. Pourquoi est-ce que eux ils vont m’empêcher de faire ce que je veux ? Mais d’autres sages m’ont dit : « Allez à Savè alors . » Arrivé à Savè, on nous a encore bousculés. Mais cette fois-ci, on a dit qu’on ne changera pas. Donc, on s’était retrouvé avec un pouvoir qui déjà voulait reculer. Mais quand le pouvoir a constaté qu’entre opposants il y a guéguerre selon lui, dans la position de spectateur joyeux, ils ont envoyé des cargaisons de policiers pour enlever l’un d’entre nous. Bien évidemment, le congrès avait déjà eu lieu. Le véritable congrès, c’était la veille. A la veille nous on avait déjà eu à faire le congrès en bonne et due forme. On était là pour officialiser les choses au stade municipal de Savè. Et c’est là que la police est venue, a saisi nos hauts parleurs, a détaché les bâches et c’est dans ce cafouillage qu’on s’est retrouvé. Et j’ai dit ce que j’ai dit qui a suscité l’indignation pour certains. Mais ceux qui avaient de lucidité ont compris. Et c’était une étape obligatoire avant l’arrivée du parti. Je vous avais dit qu’à Nikki, il avait eu « NIYATA». Cette phrase a rattrapé le train en marche : « Nous ne sommes ni avec l’un, ni avec l’autre ». Les deux ont réussi à bipolariser le débat politique, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. C’est très dangereux. Ils ont réussi à faire croire à certains de nos compatriotes que quand on n’est pas avec l’un, c’est qu’on est avec l’autre et vice-versa. Ce n’est pas vrai. C’est quoi l’idéologie que l’un prône que l’autre ne prône pas ? Pour moi personnellement, ils sont les mêmes. S’ils n’étaient pas les mêmes, pourquoi est-ce qu’il y a désamour ? Parce que récemment on les a encore vus après l’avènement de l’autre au pouvoir en Côte-d’Ivoire. J’ai revu la vidéo. C’est des amis. Si on les éloigne les deux du pouvoir, ils deviendront des amis. Mais est-ce qu’on va réduire notre pays à cette portion-là? Donc le parti a pris ses responsabilités. Et je vous le disais à demi-mot, il vaut mieux se séparer des deux.

Quelles sont vos relations avec Boni Yayi?
Boni Yayi pour moi, c’est un Papa. Cela n’a rien à voir avec la politique, parce que je n’ai jamais fait la politique avec lui. Il a l’âge de mon géniteur, il a occupé des fonctions dans ce pays pour lesquelles on lui doit respect, c’est fini. Les Fcbe, je ne suis pas personnellement un dissident des Fcbe. Et il y a très peu de dissidents Fcbe avec nous. En ce qui me concerne je n’en suis pas un. Juste que nous on veut exister et il y en a qui pensent malheureusement que notre existence consacrera leur disparition. C’est tout, sinon aucune relation particulière ne nous lie. Mais on peut discuter. Parce que nous on pense que notre pays mérite qu’on puisse se parler, même quand c’est difficile.

Dans quelques semaines, il y aura le premier anniversaire de la 8ème législature. Qu’est-ce que vous pensez de ces députés élus dans les conditions que vous avez rappelées tout à l’heure?
Moi je pense qu’il ne faut pas qu’on fasse la langue de bois. Si moi j’étais proche du Président Talon, je lui dirais que c’est à ce niveau qu’il a trébuché. Et il faut rectifier le tir. Il a trébuché en nous amenant à cette extrémité où c’est son seul camp qui se retrouve là et viole notre Palais des Gouverneurs, parce qu’ils ne sont pas là légalement. Je vais en profiter pour faire une petite nuance à ce niveau. Pour moi, il n’y a pas de législature en cours. Mais je suis aussi contre le fait de vouloir lier les législatives aux communales en cours. Ce sont deux échéances différentes. L’une n’a rien à voir avec l’autre. Que ça soit bien ou mal passé aux élections législatives, les élections communales, nous savions depuis 2015 qu’on a voté pour nos maires, on savait déjà qu’on sera aux élections communales en 2020. Donc les deux élections ne sont pas liées. Mais il y a possibilité de corriger le tir si la volonté politique existe. Et c’est là où je commence par avoir des doutes sur leurs capacités à régler des problèmes qu’eux-mêmes se sont créés, parce qu’il ne faut pas se tourmenter. Les conditions d’accès aux élections chez nous ont été tellement corsées qu’à 75% on choisit à la place du peuple ses élus. Alors qu’en réalité, c’est à ce niveau qu’on doit alléger les conditions. On devrait donner au peuple la possibilité à 99% de choisir ses élus. Pour les élections communales, de quoi a-t-on besoin pour être sûr que vous êtes béninois et que vous n’êtes pas condamné ? Votre pièce d’identité et votre casier judiciaire. C’est suffisant pour aller aux élections communales. Mais on invente des pièces, on fait ci, on fait ça, tout ça pour rendre la chose difficile. Malgré les efforts à la dernière minute, pour donner le quitus ou rendre accessible cette pièce, tout ça c’est des problèmes.

Mais la délivrance du quitus fiscal aujourd’hui est gratuite…

Ça a servi à quoi sur la liste des pièces à fournir ? Le casier judiciaire est toujours payé, le certificat de nationalité est toujours payé, et les tribunaux ont un rythme un peu particulier. Parce que ce n’est pas informatisé, c’est manuel. Donc moi je pense qu’on se crée inutilement des problèmes, alors qu’on n’a pas la capacité de les gérer. Il faut se créer des problèmes qu’on peut régler soi-même.

Etes-vous conscients des risques qui pèsent sur l’existence de votre parti si vous ne participez pas aux communales et à la présidentielle 2021 ?
Il faut faire la part des choses. Il y a des partis, 13 enregistrés je crois, mais 9 se sont présentés. Ça veut dire que nous nous sommes présentés aux élections. Cette loi ne peut pas frapper le parti Mpl. Nous nous sommes présentés aux élections. On peut nous exclure comme ce qui a été fait, mais on pense toujours qu’il est possible au nom de la démocratie, au nom de la paix, au nom de la volonté d’apaisement, que le Mpl se retrouve sur le starting-block de ces élections communales.

Que pensez-vous des mesures prises par le gouvernement pour contrer la propagation du coronavirus ?

Ce sont des mesures très équilibristes. On reste au milieu on essaie juste quelque chose, parce que l’économie béninoise est fragile. Si on doit faire comme les autres, d’ici 48h ou 72h, vous allez voir le derrière de la poule. On nous parle d’une bonne santé économique, on nous fait des annonces mais en réalité, si on se permet de faire le bilan, vous allez constater. Donc, c’est normal qu’on prenne des mesures trop équilibristes. La vie humaine est sacrée, mais aussi si on ferme, c’est la faim qui va tuer les Béninois. Ce ne sera plus le Covid-19, mais c’est la faim qui va tuer les Béninois. Donc, ils sont entre le marteau et l’enclume. Mais là, ils sont en train d’assumer leurs choix, parce que c’est eux qui nous ont conduits là. On n’a pas une bonne politique économique. Ça devient difficile pour le peuple.

Que proposez-vous alors ?

D’abord, les secteurs d’activités qui ne sont pas directement liées à la vie humaine, on doit faire tout possible pour limiter au maximum le déplacement à ce niveau.

Comme la politique aussi ?
Pourquoi pas ? Si la politique est un facteur de risque, il faut limiter. Et depuis que notre recours a été rejeté par la Cour suprême, les militants nous attendent sur le terrain. On devrait faire une tournée, mais si on ne l’a pas encore fait, c’est à cause du coronavirus.

Vous préconisez alors le report des communales ?
Je ne suis pas le gouvernement. Mais je pense qu’on n’a pas besoin de leur proposer ça avant qu’ils n’aillent à cette décision. Il faut tout faire avec responsabilité. En France, on a fait le premier tour, le deuxième tour a été reporté. Le premier tour a permis au virus de s’installer dans leur pays. Donc faisons attention. La vie humaine est sacrée. Il faut que nos gouvernants sachent qu’ils doivent nous informer, parce que tout est opaque chez nous. Il faut qu’on soit bien informé. Et qu’au-delà du gouvernement, que tous les citoyens en prennent conscience, parce que c’est de nos vies qu’il s’agit.

Conclusion
Je vous remercie et vous souhaite du courage. Ce que vous faites n’est pas facile. Dans d’autres pays, les pouvoirs publics devraient vous apporter leur soutien. Ce n’est pas le cas chez nous où l’on brandit la hache ou la Haac pour vous mettre hors d’état de nuire. Nous vous promettons que le MPL se battra pour prendre le pouvoir, pour rendre indépendante aussi bien la justice que la presse. Nous sommes un pays qui a un ADN de démocrate. Chez nous, quand on disait que les rois étaient féodaux, il y avait une démocratie à l’interne. Je pense qu’on ne devrait pas perdre cette habitude. Je préfère être pauvre et libre que riche et en prison. Je vous remercie pour cet honneur que vous nous avez fait ce matin et notre parti a véritablement besoin de vous pour sa promotion. Nous sommes un parti de gauche, nous sommes des insoumis de la République. On refuse toute forme de soumissions et cela ne plait pas à tout le monde.

Carte d’identité: Un insoumis

Quand il entrait à la prison civile de Cotonou en octobre 2018, Sabi Sira Korogoné était loin d’imaginer que sa lutte le conduirait un jour à la tête d’un parti politique. Arrêté en septembre puis condamné en octobre pour « faits d’incitation à la haine et à la violence, incitation à la rébellion, injures avec motivation raciale », le jeune leader politique sait pourtant qu’il entame là un tournant décisif dans sa vie politique. Le premier grand tournant fut sa participation à la direction nationale de campagne du président Mathieu Kérékou en 2001, alors qu’il n’avait que 21 ans. Président « par accident » selon ses propres mots du Mouvement démocratique de la jeunesse (MDJ) à l’époque, il s’était retrouvé dans la direction nationale de campagne du candidat Mathieu Kérékou pour lequel il nourrissait une admiration sans limites. Quand il le rencontre en 2004, les mots du général le transfigurent : « Pour toi, disait le président de la république à l’époque, l’avenir a encore un sens. Il faut faire tout possible pour ne pas perdre ta crédibilité parce qu’il n’y a nulle part où on vend la crédibilité. Tu iras très loin et tout dépendra aussi de toi ». Ce fut un appel qu’il n’oublie jamais. « Pour moi, je ne trouverai plus jamais un homme rempli de sagesse et d’intégrité comme lui », confesse-t-il. Sabi Sira Korogoné est aujourd’hui convaincu que l’heure de sa génération a sonné. Né à Kandi le 26 août 1980, l’homme est originaire de la commune de Banikoara. Mais il commence le primaire à Cotonou, à l’école primaire publique de Finangnon. Il fait le tour du Bénin, toujours dans la valise de son oncle enseignant, son rigoureux tuteur dont il garde encore un souvenir vivace. « C’est un homme de conviction qui n’aime pas l’injustice. Et si dans le septentrion aujourd’hui on parle de Korogoné, c’est d’abord lui. » Bepc à Parakou au Lycée Mathieu Bouké en 1995-96, Bac série G3 au Lycée Coulibaly à Cotonou en 1999, il fait un Master en Gestion des ressources humaines dans une université de la place en 2007-2008. A la fin de ses études, il s’engage dans le privé, notamment dans le secteur des BTP, avant de dévier vers la fourniture des intrants. Mais ce qui le passionne surtout, c’est la politique. A l’école déjà, Sabi Sira Korogoné occupait des postes de responsable de classe avant d’être président d’une association d’étudiants. C’est dans ce cocon que germe son intérêt pour la chose politique. A l’avènement de Boni Yayi, il le combat, convaincu que son option pour le coton est suicidaire pour les paysans de sa commune. Législatives en 2007, sous les couleurs de l’Association nationale pour le changement (Anc) et en 2015, sous la bannière de l’Alliance Soleil, il tente sa chance pour avoir son mot à dire au Palais des Gouverneurs. Sans succès. « Les ainés ne m’aiment pas trop parce que je suis un insoumis depuis toujours. Je n’ai jamais voulu être en politique et mon seul baron dans ce domaine, c’est le président Kérékou », avoue-t-il. En septembre 2019, suite à son expérience carcérale, il lance le Mouvement Populaire pour la Libération (MPL) clairement positionné contre le régime Talon. Aujourd’hui encore, cet insoumis est convaincu que le régime Talon fait fausse route.

Intimité: Pour l’amour du prochain

Marié et père de deux enfants, le président du MPL, est particulièrement attaché à l’amour du prochain. « Je préfère qu’on vienne me parler de la force de l’autre. Je n’aime pas la trahison et qu’on se cache des choses », indique-t-il. A table, et en bon bariba, il apprécie bien l’igname pilée accompagnée de la sauce d’arachide, avec du fromage et de la viande de pintade. Pour maintenir sa forme, il aime faire du vélo de chambre.

LA REDACTION

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