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Le triomphe de la vérité

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Edito: L’audace d’Orounla


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On imagine qu’Alain Orounla a dû laper quelques poudres magiques, toucher à quelques statuettes et goûter à des potions venues de son village, avant de fouler le sol de Tchaourou ce samedi. Et pourtant, l’on a délibérément fait passer cela pour un événement banal. Car en réalité, c’est loin d’en être un. Le passage du ministre de la communication et porte-parole du gouvernement à Tchaourou, après les turbulences de l’année dernière, n’est pas un événement anodin. C’est bien la première fois qu’un ministre « ose » se rendre dans la ville natale de l’ancien président Boni Yayi après les législatives mouvementées de 2019. Un esprit perspicace verrait même avec pertinence que le programme « Gouvernement au contact de la population », a été conçu en réalité pour reprendre la main dans les communes chaudes de l’année dernière, Tchaourou en tête.
Cette visite tente d’instiller en effet l’idée qu’il est désormais du passé le désamour profond qui a soufflé entre cette commune et le régime. Il y a un an, ce fut le début d’une véritable guérilla de jeunes et moins jeunes stipendiés par la main que l’on sait, pour empêcher les législatives jugées non inclusives du 28 avril. Et les 1er et 02 mai, ce fut le déferlement, le début d’une guerre civile, les prétendus chasseurs et leurs actes de vandalisme. Tchaourou a été pendant plusieurs semaines une zone de non-droit, un défi magistral à la république, là où un commissariat, le plus beau du Bénin selon beaucoup, peut être brûlé sans que rien ne se passe. Là où même les autorités locales ont vu leurs maisons incendiées par une folie destructrice jamais vue par le passé. L’honorable Adam Bagoudou a vu sa maison partir en fumée, avant de frôler le pire lui-même. Depuis lors, il lui est difficile de faire des apparitions publiques dans sa commune natale. Et il est loin d’être le seul. Certains cadres de Tchaourou proches du régime Talon, n’ont plus jamais mis pied dans leur commune depuis lors. Quelques acteurs politiques bien connus ont alimenté le feu depuis leurs lieux de refuge, désireux de montrer par là leur force de frappe. Mettre le feu à sa propre commune, pendant que l’on dort en paix dans une autre ville…
Mais enfin, tout cela relève désormais du passé et la visite du porte-parole du gouvernement est le signe le plus éloquent d’un début de normalisation. Oui, il y a eu un ensemble de concertations animées par des personnalités de la région. Elles ont fait de leur mieux pour ramener le calme, en accord avec le chef de l’Etat qui n’a pas ménagé ses efforts dans ce sens. La visite d’Alain Orounla apparait comme le point d’orgue de toute cette construction difficile visant à asseoir définitivement les bases de la paix. Seule fausse note, toutes les tentatives pour que Boni Yayi et Patrice Talon se rencontrent, ont échoué.
C’est pour cela qu’il serait trop tôt de tirer des conclusions sur l’accalmie de Tchaourou. Les cendres encore chaudes des affrontements de l’année dernière, peuvent toujours être ravivées. Car il y a encore des esprits qui ne gagnent rien à l’apaisement. Politiquement, l’affrontement apparaît comme rentable pour ceux qui veulent maintenir un leadership dans la région, en attisant les sources de tension. Et la période électorale où nous entrons de plain-pied est propice à la montée des enchères. Je serais même à la place des services publics que je mettrais en place un plan de contingence, non pas seulement pour Tchaourou, mais aussi pour toute la région névralgique de la contestation de 2019. Pour la campagne électorale, bien des troubles sont encore à prévoir, surtout si la règle des 10% s’avère suicidaire pour les FCBE déchirées dans tous les sens depuis quelques mois. Il est fort à parier que ceux qui conspuent actuellement le code électoral, ressortiront leurs rengaines dès qu’ils auront perdu. Le mode opératoire étant connu depuis l’année dernière, les badauds ameutés viendront troubler encore les communes concernées, sous le fallacieux prétexte de la lutte pour la démocratie.
En clair, pour audacieuse qu’elle puisse paraître, la visite de samedi ne devrait pas nous cacher la vérité : la paix à Tchaourou est encore à préparer.

Par Olivier ALLOCHEME

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