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Le triomphe de la vérité

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Le journaliste Constant AGBIDINOUKOUN, « SOUS L’ARBRE À PALABRES » à L’EVENEMENT PRECIS: Des révélations sur la Conférence nationale


Le journaliste Constant Agbidinoukou lors de l’entretien

19 Février 1990-19 février 2020. Il y a trente ans s’ouvrait la Conférence Nationale Souveraine au Bénin. Jour spécial pour l’invité de l’émission sociopolitique « Sous l’arbre à palabres » du quotidien L’Evénement Précis qui a reçu pour vous, un témoin privilégié de l’histoire du Bénin, le journaliste Constant Agbidinoukoun. Reporter de la télévision nationale du Bénin qui a suivi et rendu compte des travaux de la Conférence Nationale Souveraine au Bénin du 19 au 28 Février 1990, Constant Agbidinoukoun évoque trente ans après, les souvenirs de ce mémorable moment. A l’occasion de cet entretien à bâtons rompus, l’invité du journal s’est essentiellement prononcé sur les temps forts de la Conférence nationale des forces vives de la Nation, ainsi que l’état des lieux de cet événement historique 30 ans après. Homme des médias au parcours élogieux, Constant Agbidinoukoun qui a pris sa retraite en octobre 2011, a aussi répondu aux diverses questions des journalistes en lien avec le fonctionnement de la presse béninoise. Il n’a pas manqué de saluer l’idée de réhabilitation des palais royaux initiée par le Gouvernement du Président Patrice Talon.

Et si on en parlait

Le Bénin célèbre en ce mois de février 2020, le 30ème anniversaire de la Conférence des forces vives de la nation de 1990. Vous faites partie des rares journalistes qui avaient couvert cet évènement. Comment avez-vous vécu ces moments ?
La Conférence des forces vives de la Nation reste un évènement important de la vie politique de notre pays. Il faut rappeler que c’était du 19 au 28 février 1990. C’est vrai, les travaux ont duré dix jours. Et personne au début ne savait si nous irions à des résultats probants. Tout le monde s’inquiétait de l’issue de la Conférence. C’est vrai aussi que nous avons vécu déjà pendant 19 ans sous le régime du PRPB. La crise économique était d’un niveau aigu, au point où les fonctionnaires avaient des arriérés de salaires de 6 à 7 mois. Il faut rappeler que ceux qui percevaient leurs pensions n’étaient plus payés. Les étudiants s’étaient déjà mis en grève en 1989. Les enseignants, au secondaire et à l’Université, les ont rejoints. Beaucoup de fonctionnaires au niveau de l’administration publique se sont aussi mis en grève. Et c’était pour la première fois que l’Ortb voulait aller en grève. Nous n’avions pas de salaire comme les fonctionnaires, mais nous faisions l’effort d’aller travailler. Mais, les choses étaient si dures que nous avions décidé aussi de rejoindre les autres corps de la fonction publique. Et pour la première fois, nous voulions nous mettre en grève. Le président Kérékou nous a appelés et a souhaité nous rencontrer. C’était la première fois depuis 1972 que le président Kérékou visitait l’Ortb en tant qu’organe de l’audiovisuel du service public. Le Chef de l’Etat était venu aux environs de 10 heures- je me rappelle comme si c’était hier- un jeudi et il est reparti vers 17 heures. Cela veut dire qu’on avait beaucoup échangé. On avait abordé beaucoup de sujets, liés à nos conditions de travail, à nos conditions de vie et bien d’autres sujets touchant à l’exercice du métier. Mais le président Mathieu KEREKOU tenait à ce qu’on n’aille plus en grève, qu’on s’entende et que progressivement, qu’on puisse trouver des solutions adéquates aux problèmes qui se posaient au personnel de l’ORTB.
Nous avions tenu bon, en disant qu’il n’en était pas question et que nous maintenions la motion pour 48h de grève d’avertissement. Le Chef de l’Etat a très mal pris notre décision d’observer le mouvement de grève de 48 heures. Le président KEREKOU savait que si l’Ortb « rentrait dans la danse », cela risquait d’amener tout le reste du pays à suivre le mouvement. Parce que le PCB (Parti Communiste du Bénin), avec ses mouvements de lutte et ses comités d’actions, dérangeait sérieusement le pouvoir en place, à travers des mouvements de grève qui n’en finissaient pas. Et le pouvoir avait pris peur ! Il faut dire que la crise politique était très aiguë. C’est le Parti Communiste du Bénin qui était la seule entité politique bien organisée qui luttait contre le PRPB. Il n’y avait pas d’autre parti politique qui dérangeait à visage découvert les structures organisationnelles du PRPB. Les 6 et 7 décembre 1989, on a appris que toutes les instances du pays, notamment (le Bureau politique et le Comité central du parti, le Conseil exécutif national, le Comité permanent de l’Assemblée Nationale Révolutionnaire), donc toutes les instances dirigeantes du PRPB, se sont réunies. Et pendant deux jours, elles ont étudié la situation nationale, les problèmes qui se posaient. C’est ainsi, qu’elles ont décidé que dans le premier trimestre de 1990, le Bénin allait organiser une Conférence des Forces Vives de la Nation. Les gens de l’intérieur comme de la diaspora vont réfléchir sur les nouvelles donnes qui s’imposent à notre pays. Nous n’avions plus besoin de nous appeler camarade. Le parti ne dirige plus l’Etat. Beaucoup de gens ont compris que c’était la fin du PRPB qui s’annonçait. Et c’est ainsi qu’avec la mise en place du Comité Préparatoire des travaux de la Conférence, Comité dirigé par le Ministre Robert DOSSOU (qui était en charge du ministère du Plan), nous avions compris que probablement, c’était une nouvelle ère qui s’annonçait pour le Bénin.

30 ans après, quelles appréciations faites-vous de la mise en œuvre des différentes recommandations et résolutions prises à ces assises ?
30 ans de démocratie, ce n’est quand même pas rien ! Il faut avouer qu’on avait traversé beaucoup de difficultés depuis 1972 à Février 1990. Un régime qui dirigeait tout, à partir de son parti, le PRPB qui était un Parti -Etat. Et une nouvelle ère s’est ouverte à nous ! Nous avions pris l’habitude de vanter les valeurs de la démocratie : la liberté de presse, la liberté d’expression, de s’associer, le fait que les citoyens puissent s’organiser en parti politique ou en association, le libéralisme économique, la séparation des pouvoirs… Je crois que nous avons pu respecter tout cela durant les 20 premières années du Renouveau Démocratique dans notre pays.
L’accès équitable et libre des citoyens, des partis politiques, des associations de développement et des ONG aux médias du service public, est devenu une réalité. C’est vrai que les professionnels ont lutté, ont exigé, ont obtenu et ont exercé la liberté de presse. Ce n’est pas facile pour des gens qui sont habitués au système de parti unique pendant plus de 17 ans de changer brusquement les règles du jeu. Ce n’est pas toujours aisé. Avec le temps, les choses ont évolué. Parce que nous avons eu la chance : tous ceux qui animaient les organes du service public à l’issue des travaux de la Conférence Nationale, faisaient partie des journalistes qui ont couvert et retransmis en direct les travaux de ladite rencontre. L’autre chance, c’est que la plupart des responsables au sein du présidium de la Conférence venaient régulièrement nous encourager, nous demander de tenir bon, pour l’enracinement de notre démocratie. Ce n’est pas facile d’exercer la liberté de presse , disaient notamment Feus Monseigneur Isidore de SOUZA, Maître Bertin BORNA, Maître Grâce d’ALMEDA ADAMON, le professeur Léopold DOSSOU, Richard ADJAHO et bien d’autres personnalités qui ont pris part aux travaux de la Conférence Nationale, comme le président Robert DOSSOU, les ministres Pancrasse BRATHIER , Saliou ABOUDOU et Ousmane BATOKO, sans oublier les présidents Bruno AMOUSSOU, Adrien HOUNGBEDJI et Antoine IDJI KOLAWOLE . Tout ce monde venait à la radio et à la télévision pour nous donner des conseils, pour nous encourager de ne pas avoir peur et de tenir bon , car ils savent tous que l’Ortb sera débordé, que tout le monde voudrait intervenir à la radio comme la télévision, parce qu’ils ont la certitude qu’ils ont affaire à des organes du service public, organes qui doivent être mis au service des populations.
La démocratie a évolué, beaucoup évolué. De plus en plus nous respectons les échéances électorales. Il y a eu d’abord le réferendum pour adopter la Constitution, ensuite les élections législatives, les communales et municipales sans oublier les élections présidentielles, et tout cela, souvent à dates régulières. Ce n’est pas négligeable dans un système démocratique ! Avec le temps, nous avons été confrontés aux problèmes économiques. Vous savez que notre pays est sous ajustement structurel. Donc, il faut l’apport de la Banque Mondiale et du Fonds monétaire international. Cela a besoin de beaucoup de règles, de difficultés. Il fallait compresser le personnel dans certaines structures ; il y avait d’autres qu’il fallait complètement dissoudre comme les sociétés d’état. Il fallait aussi revoir l’effectif de la fonction publique. Il fallait deux départs pour un seul recrutement. Tout cela pèse sur la fonction publique. Cela ne lutte pas réellement contre le chômage. Car, vous savez que beaucoup d’étudiants sortent des facultés, des entités universitaires publiques et privées, chaque année, et beaucoup parmi eux ne trouvent pas toujours un emploi. On doit dire de façon générale que la démocratie évolue. Il n’y a jamais de démocratie parfaite à 100%. Il y a des difficultés à surmonter, des réformes à entreprendre en urgence, des travaux de développement à engager…

Lors de la Conférence, est-ce que vous n’aviez pas eu peur des dérapages ?
On avait peur ! On avait beaucoup peur qu’on tire sur les délégués, que les travaux de la Conférence ne basculent ! Cette peur nous a beaucoup habités. Et on se demandait si la Conférence allait se dérouler dans de bonnes conditions jusqu’à avoir des résultats probants. Est-ce que le président Kérékou et les ténors du PRPB accepteront-ils les résultats issus de la conférence ? Cette question, tout le monde se la posait. Parce que le président Kérékou a pris une part active aux travaux de la conférence. Chaque fois qu’il sentait qu’on pouvait intervenir, il le faisait. C’est vrai que les deux premières journées ont été difficiles. C’était un peu de la cacophonie. Entre temps le bureau préparatoire de la Conférence s’est éclipsé et on devait mettre sur pieds un bureau provisoire pour étudier le règlement intérieur et les statuts qui allaient régir les travaux. Donc pendant deux jours, nous avions assisté à un peu de désordre dans les rangs des délégués à la Conférence. Mais après, les choses sont rentrées dans l’ordre quand on a mis sur pieds le présidium de la Conférence. Dirigé par feu Monseigneur Isidore De Souza , ce bureau comprenait beaucoup d’intellectuels, beaucoup d’hommes et de femmes qui ont eu à participer à divers niveaux, à la vie politique de notre pays. Beaucoup de délégués s’inquiétaient parce qu’à des moments donnés, il y a eu des rumeurs de coup d’Etat. Avant qu’on ne proclame la Souveraineté de la Conférence et la force exécutoire de ses décisions le 25 Février 1990, les gens ont fait courir le bruit que l’ancien marabout, du président KEREKOU, Mr Mohamed Cissé, allait venir avec des mercenaires pour mettre fin aux travaux de la Conférence. On a compris qu’il fallait faire un peu peur aux gens puisque le marabout n’est jamais arrivé.
A un moment donné, feu président Maurice Kouandoté avait claqué la porte. Parce qu’il disait que les délégués veulent destituer le président KEREKOU. Il a dit qu’il ne supportait plus l’ambiance qui prévalait au PLM-Aléjo. Le Colonel Kouandoté voulait d’une entente cordiale, d’une paix entre l’ancienne équipe et les nouveaux responsables qui allaient diriger le pays. Pour lui, personne ne devrait demander au président Kérékou de démissionner. En partant, il menaçait les délégués qu’il sera candidat si le président Kérékou ne se portait pas candidat. Et certaines personnalités qui le connaissaient, comme les présidents Hubert Maga, Emile-Derlin Zinsou et Justin Ahomadagbé ont pris la parole pour dire « qu’il est un spécialiste des coups d’Etat et qu’ils ne souhaiteraient pas voir du sang versé. Ils avaient souhaité que les travaux de la Conférence Nationale continuent dans la courtoisie, dans le calme et que tout aille bien pour notre pays. Personne ne veut que le sang coule et quand le président du présidium, Monseigneur Isidore de Souza, a pris la parole, il nous a tous interpellés : « La situation nationale est importante ! Plaise au ciel, disait-il en substance, qu’aucun bain de sang ne coule ! Qu’aucun bain de sang ne coule et nous emporte dans ses flots. Tout ce qui se passera, ce sera notre responsabilité demain. » C’est une interpellation pour que nous puissions mieux comprendre qu’il ne faut pas échouer. Il ne faut pas tenter aussi de museler les gens. Il fallait laisser les choses évoluer normalement. C’est ainsi qu’on est allé jusqu’au 25 Février où on a proclamé la Souveraineté de la Conférence et la force exécutoire de ses décisions.

C’était la première fois que l’Ortb avait diffusé en direct des propos divergents et presque insultants vis-à-vis du PRPB. Tel que le journalisme se pratiquait et vu ce que votre équipe avait fait, aviez-vous le pressentiment qu’une nouvelle ère de journalisme allait naître à cette époque ?
On le savait. Il faut dire les choses telles qu’elles sont. Nous avions préparé la Conférence. Les agents de l’Ortb que nous étions, nous avions préparé la Conférence et au niveau des deux rédactions, nous nous rencontrions régulièrement, deux à trois fois par semaine. Du côté de la Radio, il y avait Marcel Tchobo, Isidore Zinsou, Vincent DASSI, Fernand AZOKPOTA, Ephrem QUENUM, Anicet QUENUM , Claude AGOSSOU, François AGOSSOU, feus Clément Houénontin et Jean Houalakouè qui préparaient activement la retransmission en direct et les reportages liés aux travaux de la Conférence. Au niveau de la télévision, André-Marie Johnson, Francis ZOSSOU, Gérard et Justin MIGAN, Philipe N’Seck, Joël HOUNDOLO, sans oublier nos nombreuses équipes techniques, nos amis des langues nationales, qui préparaient aussi de leur côté les travaux de la Conférence Nationale. Nous nous voyions tous les soirs au niveau de la salle de rédaction des langues nationales qui se trouvait à la Radio Nationale. Nous débâtions de tout et de toute l’actualité : comment les choses allaient s’organiser ? Ce que nous devrions faire pour ne pas faire piètre figure. Comment devrions-nous nous comporter ? Comment devrions-nous nous départir du carcan qui nous habitait par rapport au traitement de l’information ? Nous savions qu’il n’y avait pas de liberté et qu’à la radio comme à la télévision, on était contrôlés. Quand il restait 15mn, voire 20mn de l’édition du journal, se sont des responsables de la DIP (Direction de l’Information et de la Propagande) qui venaient pour corriger les papiers : c’est ce que le PRPB voulait que vous deviez écrire et lire. C’est le parti qui dirigeait l’Etat. Et, quand le parti dirige l’Etat, il vous dirige tous, toutes les autres structures. Donc, il n’y avait pas de liberté ! Nous avions décidé de nous comporter désormais comme des professionnels de l’information : c’est-à-dire de donner l’information telle quelle se présente, en donnant la parole à toutes les parties concernées par les sujets évoqués et de laisser les populations elles-mêmes faire la part des choses. Nous avions compris que nous n’allions pas à la Conférence Nationale pour cajoler dans le sens du poil les gens du PRPB. Oui, nous savions que nous prenions beaucoup de risques et nous savions aussi que nous n’allions pas du tout être libres dans l’exercice de notre profession. Une fois à la Conférence, nous savions que nous n’allions plus travailler avec nos responsables d’entre temps, c’est-à-dire la Directrice de la Télévision Nationale, le Chef Programme et le Rédacteur en chef. La même situation se posait à la Radio Nationale. On se demandait s’ils existaient. Parce qu’ils ne nous disaient plus rien et nous ne leur demandions plus rien. Nous savions par contre qu’il fallait donner l’information avec toute la rigidité habituelle d’un professionnel. La radio avait une chance, elle avait encore un peu de matériel pour faire le direct. Le ministre de la communication de l’époque, M. Ousmane Batoko et les membres du comité préparatoire de la Conférence avaient convaincu le président Mathieu KEREKOU pour que la radio fasse le direct. A la télé, on ne pouvait pas faire du direct, parce qu’il n’y avait pas de matériels. Vous savez, cela fait six à sept mois qu’on ne nous payait plus les salaires. Donc, demander qu’on nous achète des fongibles, c’était trop demander aux autorités de l’époque. La radio a pu faire le travail, parce que c’est plus facile pour nos confrères : la radio, ce n’est pas pesant comme média ! La télévision est lourde et nous avons compris qu’il nous fallait faire du faux direct, c’est-à-dire, enregistrer les images et les sons et venir à l’antenne pour les faire diffuser. Donc, c’est ceux qui sont habitués et qui savent suivre qui peuvent comprendre que c’est un faux direct ! Sinon, la majorité croyait que nous faisions nous aussi, à la télévision, du vrai direct comme la radio ! Dans l’ensemble, les choses se sont bien passées avec un peu plus de peur que de mal.

Quand on voit l’atmosphère aujourd’hui, est-ce qu’en ce moment il n’y avait pas des tentatives de corruption des journalistes pour faire passer la voix de tel ou de tel autre, l’image de tel ou de tel autre des délégués à la conférence?
Non, il faut le dire sincèrement, il n’y avait pas de corruption. D’abord, cela ne pouvait pas se passer. Nous n’avions aucune garantie nous-mêmes. C’est quand vous avez de la garantie, et que vous êtes sûr de vous, que vous pouvez penser à la corruption. Ici, on se posait mille et une questions dont la plus essentielle : « est-ce que les résultats issus de la conférence seront acceptés par le président Kérékou ? » Enfin, c’est de lui qu’il était question. C’est vrai que derrière lui, il y avait des militants du PRPB, les patrons du Bureau politique, du Comité central, de l’ANR, mais c’est d’abord au président KEREKOU d’accepter ou de rejeter lesdits résultats. Quand le Chef de l’Etat n’était pas d’accord avec un problème soulevé, il téléphonait à Mgr de Souza et il venait parler. C’était un acteur important des travaux de la conférence. Il a tout dit pour amadouer les délégués. C’est vrai que le PRPB n’était pas à la conférence pour perdre le pouvoir. Je me demandais s’il n’y avait pas eu la crise économique, est-ce qu’il y aurait la conférence nationale. Parce que c’est la lutte des béninois et la crise économique aiguë qui ont poussé le président KEREKOU et les ténors du PRPB à organiser la Conférence Nationale. On ne payait plus les salaires, les pensions. Les banques n’existaient plus ! C’était la morosité économique dans le pays. Il fallait aller à la conférence pour s’entendre sur un minimum.

Pourtant d’aucuns disent que c’est grâce à Kérékou que la conférence a eu lieu ?
Je dois avouer que le président Kérékou en ce moment-là, ne pouvait pas faire autre chose s’il voulait lui-même survivre par rapport à son devoir. Il savait ce qui se passait ailleurs. Avant nous, il y avait déjà ces morts qu’on comptait par centaines au Mali où on a destitué le président Moussa Traoré. C’était quelques jours avant le début de notre conférence. Que ce soit au Niger, au Congo, les deux Congo d’ailleurs, au Togo à côté, ça n’allait pas. Donc, ce n’était pas seulement au Bénin. Mais, c’est vrai que nous avons eu le génie de penser à ce que nous appelons Conférence des forces vives de la nation. Le président Kérékou ne pouvait pas faire autrement s’il tenait encore à son pouvoir et à sa vie. Mais, il se disait qu’il fallait trouver une ouverture, quitte au gouvernement de reprendre les choses en main et de continuer à gérer le pays. Je croyais que la plupart des délégués et nous-mêmes journalistes, nous ne voyions pas les choses de cette manière. Nous pensions sincèrement qu’il fallait tourner la page. C’est vrai que les ténors et autres responsables du PRPB ne voulaient pas. Mais du moment où les gens ont compris qu’il fallait proclamer la souveraineté de la Conférence et la force exécutoire de ses décisions, c’est une décision importante qui s’imposait à tout le monde ! C’est vrai que les membres du PRPB n’étaient pas d’accord : quand tout le monde s’est levé pour entonner l’hymne national, eux, ils sont restés assis pour manifester leur désapprobation. Cela n’a pas empêché les délégués de poursuivre leur combat. Ils ont poursuivi les travaux et sont passés aux débats importants : débat politique, débat économique et débat socioculturel sur chaque secteur de la vie nationale. Et c’est ainsi que les commissions ont été installées, les présidents ont été choisis.

Dites-nous, le Bénin aujourd’hui et le contexte d’aujourd’hui, sont-ils dans la droite ligne de l’esprit qui avait prévalu lors de cette conférence ?
Vous savez, la démocratie, n’a jamais été une ligne droite. On croit facilement que s’il y a des obstacles il faut les soulever. On était dans une ambiance où on était opprimés, oppressés et on tenait à se libérer. A travers la conférence nationale, on l’a fait et il faut remercier tous ces acteurs qui ne sont plus là. Le professeur Tévoédjrè avec son rapport général, le président Kérékou lui-même. Ce n’est pas le discours qu’on avait préparé pour le président et qui devrait sanctionner la fin des travaux de cette conférence, qu’il a lu finalement. Les gens du PRPB ne voulaient pas laisser le pouvoir et personne n‘organise une rencontre pour céder le pouvoir. Mais, par la force des choses, le président Kérékou est un homme très intelligent qui a compris avec le rapport général du professeur Albert Tévoédjrè, le discours improvisé de Mgr Isidore de Souza, avec les motions de félicitation, d’encouragement, les recommandations issues des travaux, qu’il ne pouvait pas faire autre chose. A un moment donné, compte tenu de ce qu’il entendait, le président Kérékou a chuchoté au président Robert Dossou quelque chose que nous ne savions pas. Mais à force de regarder et de lire les images, nous avions compris qu’il lui demandait de lui écrire un autre discours. Effectivement, le président Dossou a pris une feuille et a commencé par écrire très rapidement. On a mis la caméra sur eux et quand il a terminé, il lui a posé une ou deux questions, pour être sûr que ce qu’il a écrit, c’est cela qu’il voulait. Le président Robert DOSSOU a continué ses écrits jusqu’à la fin et a remis au président KEREKOU le texte de nouveau. C’était trois feuillets. On a bien compté. Mgr Isidore de Souza continuait son discours quand le président Kérékou a jeté un coup d’œil sur celui qui vient de lui être préparé. Quand son tour est arrivé et qu’il doit prendre la parole, il a ressorti le papier que Maître Dossou lui a écrit : et c’est ce beau discours que le président Kérékou a lu, pour accepter toutes les décisions de la Conférence Nationale Souveraine. L’humilité veut que le président Dossou refuse, il ne le dit pas. Mais nous avons les images, c’est clair et c’est bien ça. Puisque, juste quelques minutes avant cette séance de clôture de la conférence, il y avait des gens du PRPB qui parlaient encore de traquenard politique, disant que cette rencontre était tout un traquenard politique. C’est-à-dire qu’il n’y aura rien de sérieux qui en sortirait ! Cela veut dire qu’ils pensaient encore que le président Kérékou allait les suivre et allait lire le discours qu’on lui avait écrit avant de venir à la conférence. Il a bien déjoué les gens et il le leur a bien dit : « ce n’est pas du défaitisme ; ce n’est pas de la capitulation, mais c’est une affaire de responsabilité nationale ». Le président Kérékou était conscient de ce qu’il allait lire. Si la Conférence échouait, c’est d’abord sa responsabilité !

Justement, la Constitution de 1990 a été modifiée tout récemment par la 8ème législature. Vous qui avez vécu ces moments-là, quelle a été votre impression, après la révision de la loi fondamentale ?
Il faut reconnaître qu’une Constitution, on ne la change pas au gré des humeurs ou des circonstances. C’est quand la nécessité s’impose qu’on modifie la Constitution. Et il était arrivé un moment où il fallait modifier cette Constitution. Par exemple, je ne concevais pas qu’on parle encore de Chambre des Comptes. Nous sommes le seul pays de la sous-région qui n’ait pas une Cour des Comptes. Ce n’est pas normal, alors que c’est une directive de l’UEMOA. Nous sommes le dernier pays de la Cedeao à ne pas avoir une Cour des Comptes. Ce n’est pas normal ! Pourquoi s’éterniser ? Il faut modifier la Constitution dans le bon sens. C’est une bonne chose que le chef de l’Etat fasse deux mandats et ne revienne plus ! Regardez ce qui se passe en Guinée- Conakry ! Regardez ce qui va se passer en Côte-d’Ivoire. Il faut respecter la Constitution !

Votre regard sur la HAAC
Nous nous sommes entendus que l’Exécutif donne trois personnes, dont le président de la HAAC, le bureau de l’Assemblée Nationale donne trois personnes, et que nous-mêmes, professionnels des médias, nous élisions trois personnes. Nous n’avons jamais contesté réellement cela. C’est bien dommage ! Quand les choses ne vont pas, on devrait le dire clairement. Si nous ne nous prenons pas au sérieux, nous risquons d’être mis en minorité.

La HAAC n’est-elle pas devenue à force un instrument de l’Exécutif ?
Je ne sais pas si la Haac est un instrument de l’Exécutif ! Mais ce dont je suis sûr, c’est que la HAAC ne joue pas tout le temps son rôle. Je suis peiné que la HAAC puisse interdire définitivement la parution d’un journal. Cela ne fait pas partie de ses prérogatives. Elle peut sanctionner, en donnant un délai mais il n’est jamais dit qu’elle doive mettre fin définitivement à un organe de presse. Vous vous rappelez que la HAAC avait banni ‘’Le Béninois Libéré’’ et dit que les animateurs n’exerceraient plus jamais ce métier quelque part. Quand-même ! Je n’ai jamais vu cela au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Niger, en Afrique du Sud, au Mali ou en France. Dans ces pays comme chez nous, les Instances de Régulation ont acquis beaucoup d’expériences. Et ces Instances de Régulation protègent la Presse, les Organes de presse et les Acteurs de la presse. J’ai parfois le sentiment que la HAAC au Bénin est devenue une Institution Constitutionnelle qui n’a aucune pitié pour les Organes de presse et les Acteurs qui les animent. La HAAC du Bénin doit protéger la liberté de la presse ; elle doit aussi se battre contre les pressions pour soutenir les Acteurs de la Presse. Son rôle est aussi d’expliquer au Gouvernement de la République qu’il veuille bien donner les moyens nécessaires à la HAAC pour mieux soutenir l’aide de l’Etat à la Presse Privée, même si ‘’La Nation’’ et ‘’l’ORTB’’ ont aussi besoin d’être soutenus en matériels, en formation et en spécialisation. Il a fallu, après la décision de la HAAC, d’interdire définitivement ‘’Le Béninois Libéré’’, la décision de la Cour Constitutionnelle du Bénin de déclarer la décision de la HAAC contraire à la Constitution, pour que ce quotidien reprenne du service avec les mêmes animateurs.

Et l’ORTB, est-ce normal l’état des libertés dans votre ancien organe ?
Le problème ne se pose pas en ces termes. Cela se pose en termes de l’évolution de l’ORTB. C’est une situation exceptionnelle, celle que nous avons vécue à la Conférence nationale et les 10 premières années après la Conférence nationale. Il se fait que ce sont les acteurs qui ont exigé la liberté de presse, qui l’ont obtenue, qui l’ont exercée et qui étaient encore aux affaires pendant les 10 premières années. Nous tenions donc à continuer sur la bonne voie. Nous ne voulions pas du tout qu’il y ait autre chose. Nous tenions nécessairement que la liberté soit respectée, parce que nous avons pris des risques pour cela !

Que regrettez-vous surtout ?
Par rapport à l’ORTB, la liberté est toujours possible ! Ce qui manque un peu, ce sont les débats. A la radio on ne peut même pas comparer. Si vous suivez la radio, il y a toujours des débats. A la télé nous ne faisons pas de débats. C’est des interviews et des entretiens que nous faisons, parce que les collègues ont laissé de côté cette rubrique. Je ne sais pas pourquoi il n’y a plus de débats à la télévision nationale. Ce dont je suis sûr c’est qu’un journaliste doit pouvoir jouer son rôle, en tous lieux et en tous temps !

Pourquoi l’opposition a-t-elle été évincée de l’ORTB ?
Où est l’opposition pour être évincée ? La loi lui permet d’avoir des émissions sur les médias du service public. Les partis politiques animent la vie politique nationale. Pourquoi veulent-ils que leur combat soit le combat des journalistes ? Chacun a son rôle à mener. Si les partis politiques ne jouent pas leur rôle, personne ne devrait s’en prendre aux journalistes ! Il faut savoir se battre et avoir le courage de mener les combats qu’il faut.

Racontez-nous quelques souvenirs particulièrement frappants de votre carrière ?
Les meilleurs, c’est encore ceux de la Conférence nationale. Il faut féliciter les nôtres. La Conférence nationale a fait plus de deux mois au Togo. Les journalistes togolais qui voulaient faire comme nous, où sont-ils ? Certains ont été tués et jetés dans la lagune de Bè et leurs corps ont été repêchés. Et pourtant nous, nous avons dit tout ce que nous pouvions dire au PRPB, au président Kérékou. On n’a jamais véritablement été inquiétés. Nous avions pris peur de temps à autre, mais nous tenions quand même à ce qu’on aille jusqu’au bout, parce que nous disions que c’est notre job, c’est un tournant important dans la vie politique de notre pays et nous ne devrions pas manquer ou rater ce grand rendez-vous historique…

Comment appréciez-vous la gouvernance Talon ?
Cette gouvernance doit être appréciée sous plusieurs plans. Sur le plan des infrastructures, je suis séduit. Au départ, quand on nous parlait de l’asphaltage, je n’y comprenais pas grande chose. Ensuite on nous a dit que les travaux allaient commencer au même moment dans toutes les communes. Je me suis dit qu’on n’en n’avait jamais vu ! Ce sont des travaux d’infrastructures routières à grande échelle qui ont démarré au même moment dans toutes les communes. C’est formidable ! J’ai beaucoup plus de temps maintenant de voyager : Je suis allé à Djougou, à Parakou, chez moi à Abomey, j’étais à Porto-Novo. J’ai trouvé que ce qui est fait est formidable. Je suis extraordinairement séduit par la portée des travaux, leur avancée, leur qualité. Mon souhait c’est de voir notre Président, son Excellence Patrice Athanase Guillaume TALON poursuivre inlassablement lesdits travaux pour que les autres villes, nos différentes régions et certaines de nos contrées rurales bénéficient de ces infrastructures routières, qui honorent notre Gouvernement et notre pays le Bénin. Je voudrais prier le Président Patrice TALON de recevoir mes sincères, chaleureuses et fraternelles FELICICTATIONS pour ce travail d’envergure, qui a complètement changé le visage de nos villes.
Sur le plan de l’accès à l’eau potable, vous savez, boire de l’eau dans nos contrées est encore difficile ! Toutes nos régions ne sont pas encore fournies en eau potable. Je vais donner deux exemples qui m’ont beaucoup impressionné. Pour le Zou et les Collines, il a fallu mobiliser 30 milliards de francs Cfa pour approvisionner les deux départements en EAU POTABLE. Ils ont acquis les 30 milliards et le projet poursuit son cours normal. A Abomey et à Bohicon, nous n’avons plus de problèmes d’eau et l’eau potable parvient facilement aux populations. Comme le dit l’adage, « L’EAU C’EST LA VIE ! SANS EAU, PAS DE VIE ».
Dans le domaine de la santé, regardez comment le secteur a été réorganisé. De plus en plus, nos médecins et tous les corps médicaux et paramédicaux doivent se préoccuper de nos malades et de nos patients, dans les entités publiques de santé. Je vous assure, cette manière de régler la prise en charge de nos malades par les médecins est très importante. Je vous assure, avant ils ne s’en occupaient pas assez ! Nous avions vu par endroits, qu’il y avait beaucoup de négligences, beaucoup de morts. Aujourd’hui le médecin est là d’abord pour s’occuper de ses malades. Ils ne pensent pas abandonner l’hôpital du service public pour rejoindre ses malades dans un hôpital privé. C’est pour vous dire qu’il faut que nous fassions un effort pour faire progresser les choses. On ne peut pas tout le temps dire « démocratie, démocratie et être au même niveau de développement » ! Ce n’est plus de la démocratie. La démocratie, si elle est participative, suscite l’envie de changer les choses, de transformer les choses et d’évoluer. En économie, nous avons un peu de problèmes, et c’est un peu partout qu’on m’a dit que la conjoncture actuelle dans le monde n’est pas favorable à une économie de développement. Il y a beaucoup de crises, çà et là, entre les pays. N’oubliez pas que quand la lutte contre le terrorisme bat son plein, cela freine l’essor économique, parce que vous devez mettre beaucoup plus d’argent dans ce combat. Imaginez-vous ce qui se passe aujourd’hui au Niger, au Mali, au Burkina, au Tchad ! C’est terrifiant ! C’est horrible ! C’est dangereux, la manière dont nos citoyens en uniformes sont malmenés par des djihadistes, des terroristes qui sont parfois mieux armés et formés que les unités de nos Armées Nationales. C’est quand même pénible ! Comment un djihadiste peut-il être mieux organisé qu’un élément de nos forces de défense? Cela me pose des questions et quand je réfléchis j’ai peur ! A l’allure où vont les choses, on a le sentiment qu’ils vont nous dominer complètement. Les gens connaissent bien les circuits de nos pays, sont parfois mieux armés que nos Forces de Sécurité et de Défense ! Comment vous cheminez ? Comment vous vous défendez ? Ils attaquent. Ils détruisent tous les réseaux de communication et ceux qui nous attaquent sont lourdement mieux armés que vous. Quelle est la différence ? Moi j’ai peur et je pleure en même temps ! J’ai peur : c’est que j’ai peur que les islamistes ne nous dominent ! J’ai peur parce que bientôt ils peuvent prendre nos Etats et les contrôler ! C’est grave, c’est très grave ! C’est pourquoi ce combat doit être le nôtre. Un combat qui doit nous concerner tous ! Ce n’est pas seulement une affaire d’éducation, mais de participation pour donner l’information. Le fait de donner l’information participe déjà beaucoup à la lutte contre le terrorisme violent ! Je ne vais pas philosopher, mais je me dis : est-ce qu’on a besoin de faire tant de mal à son prochain avant de voir Allah, de le rencontrer, d’aller le voir vraiment là où il est ? Il a recommandé qu’on fasse tant de mal avant de le voir ? Je ne crois pas. Je ne veux pas rentrer dans ces considérations mesquines et inutiles.

Mais quand on prend aussi un autre pan de la gouvernance du président Talon, est ce que vous n’avez pas l’impression qu’il y a des choses qu’on peut changer ?
On ne peut jamais construire un pays et dire qu’on réussit à 100%.

Quels sont les insuccès du régime Talon ?
J’aurais aimé qu’on accorde plus d’importance aux affaires économiques. Que les partenariats qu’on crée soient fructifiés. Et qu’on soutienne nos mères, nos sœurs commerçantes qui font les affaires dans nos marchés. Elles n’ont pas assez de ressources. C’est vrai qu’on a continué la micro-finance, mais qu’on leur donne davantage ! Qu’on voie celles qui évoluent et qui ont besoin de plus de moyens financiers pour faire leur commerce et qu’on les aide dans tous les secteurs. Qu’on mette aussi l’accent sur le social. Le social, ce n’est pas distribuer de l’argent à tout le monde, non ! C’est laisser certaines charges par exemple auxquelles les femmes sont confrontées, auxquelles les hommes d’affaires sont confrontés. Que ceux qui sont à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin fonctionnent à plein temps et qu’ils soient à l’écoute des hommes d’affaires et des femmes d’affaires. C’est cela aussi. Que nos ministères liés au Commerce, à l’Industrie, à la Micro-finance, qu’on déploie les talents qui nous permettent de supporter la crise que nous vivons et qui dure depuis des années. Il paraît qu’elle est partout et qu’elle n’est pas spécifique au Bénin. Notre volonté à nous, c’est de faire en sorte que nous puissions trouver des solutions à cette crise et qu’elle ne perdure pas ! Je félicite le Président TALON de poursuivre les efforts qui sont les siens.

Selon vous, ce type de journalisme que vous avez pratiqué à la conférence nationale et même après, peut-il encore exister au Bénin ?
Cela devrait exister. Il n’y a pas à dire : « Voici tel journalisme qu’on a pu vivre à telle période donnée, maintenant on ne peut plus le vivre », non ! On ne voit pas la vie comme ça. C’est vrai qu’à la conférence nationale, c’est des moments exceptionnels ! Mais nous n’avons fait que vivre le reflet des règles de déontologie imposées aux journalistes depuis des siècles déjà. Donner l’information, analyser, commenter, donner l’information vraie. On dit l’information vraie d’abord, le commentaire et les analyses sont libres ! Mais il faut d’abord donner l’information aux populations. Il ne faut pas se faire piéger. A la conférence nationale, nous avons eu le courage de dire les choses telles qu’elles se présentaient. Nous ne cherchions pas à biaiser, à retenir l’information. Nous la donnions telle qu’elle et c’est vrai que nous avons constaté que cela a plu aux gens, parce que c’est ce qu’ils auraient aimé voir. Mais nous avions tendance, avant la conférence nationale, de traiter l’information dans le sens voulu par le pouvoir. A la conférence nationale, ce n’était plus cela ! Le journaliste ne doit pas être lié. Nous ne disons pas la liberté pour la liberté. Ce n’est pas du libertinage, mais nous devons savoir jusqu’où ne jamais aller trop loin ! Oui, il y a des repères pour le journaliste et des repères sérieux. Pas de bidonnage, pas de braquage. On ne ment pas, on dit la vérité. On peut se tromper parce que quand vous faites un commentaire, vous faites une analyse, vous pouvez vous tromper mais le droit nous permet de le faire. La Constitution nous permet de le faire. Il faut le faire et il faut savoir lutter ! Il ne faut pas dire qu’il n’y a plus de liberté de presse. J’ai appris qu’un de nos collègues, un beau matin à sept heures, a été pêché chez lui. Parce qu’il a révélé des informations données par un procureur de la République. Ah non, lui, s’il ne connait pas son métier, c’est son affaire. Quand il parle devant des journalistes, il tombe dans le domaine public. Et en tant que journaliste, je suis libre de faire le commentaire ou l’analyse que je veux sur ses propos. Pourvu que je ne déforme pas ses propos ! Mais on ne peut pas m’arrêter pour cela. Et quand ce collègue a été arrêté, la presse dans son ensemble n’a pas assez réagit. Nous réagissons timidement, mollement. Nous n’inquiétons pas par nos réactions. Un cas comme celui-là s’il s’était produit au Sénégal, au Niger, au Burkina ou en Afrique du Sud, vous verrez l’ampleur des réactions : ce serait un soulèvement ! Quelle est cette manière d’emprisonner les journalistes ? Nous ne disons pas que ce sont des hommes ou des femmes qui sont au-dessus de la loi. Ce ne sont pas des super-hommes, des super-femmes ! Mais je ne crois pas que des propos tenus en public et relayés sous forme d’analyses ou de commentaires puissent faire l’objet d’un emprisonnement. Non, c’est seulement au Bénin qu’on peut voir cela ! Je dis à ce juge-là de faire son examen de conscience. S’il prend le plaisir d’arrêter un journaliste, qu’il se rappelle que ce sont ces journalistes qui ont pris des risques pour que lui Juge puisse aujourd’hui avoir la liberté de rendre la justice et de dire le droit, sans crainte et sans inquiétude. Nous ne demandons pas qu’on nous applaudisse, non, mais qu’on nous respecte ! C’est tout ce que je peux dire.

Est-ce qu’il vous semble qu’on a oublié le rôle des journalistes dans l’avènement de la démocratie, comme on a oublié celui des martyrs du 16 janvier ?
La victoire du dimanche 16 janvier 1977 sur Bob DENARD et son groupe de mercenaires reste une Grande Victoire des Forces Armées du Bénin sur ces viles individus, sans foi ni loi. C’était la toute première grande victoire des Forces armées béninoises sur des ennemis identifiés et qui ont été combattus. Heureusement pour nous que ce soit le président Kérékou et ses soldats qui nous ont permis d’avoir cette victoire. Je les félicite. Les forces armées béninoises ont perdu six de leurs éléments. L’Etat Béninois a érigé en leur mémoire ‘’La Place du souvenir’’. Il faut, chaque année qu’on leur rende hommage ! Et c’est le Haut Commandement Militaire qui doit se rappeler cet anniversaire pour organiser la cérémonie d’hommage à leur intention. Si le 16 janvier 1977, les mercenaires avaient eu raison de nous, ce serait une honte pour notre pays et le Bénin serait recolonisé. Mais le roi GBEHANZIN AIIYIIDJRE a déjà prévenu le Général Alfred Amédée DODDS, en Octobre 1890 que « Aucune guerre ne viendrait jamais au bout du Dahomey, du Bénin … »
C’est pourquoi je formule le vif souhait de voir le Haut Commandement Militaire de notre pays, d’organiser chaque 16 Janvier une grande cérémonie solennelle d’hommage à nos soldats qui sont tombés aux champs d’honneur les armes à la main ! S’il faut décorer nos soldats morts en martyrs ou leurs parents, il faut bien le faire ! Sur l’instigation de Bob Denard, les mêmes mercenaires sont allés aux Comores quelques mois après en 1977, et vous avez vu ce qui s’est passé : l’ancien président des Comores, Mr Ali SOÏLIH et tous ses compagnons ont été tués. Le Général Mathieu Kérékou et ses collaborateurs allaient connaître le même sort ! Le Bénin ne sera plus jamais recolonisé ! Et tous ceux – étrangers ou nationaux- qui tenteraient des complots contre le Bénin et ses autorités légalement choisies, subiront toujours le sort de la honte et de l’échec. Vaut mieux négocier la paix, l’entente et la fraternité avec les autorités du Bénin.
Mais les mêmes politiciens qui avaient monté cette agression sont revenus lors de la Conférence nationale et sont devenus, plus tard des acteurs politiques majeurs …
Il faut saluer la mémoire du président Kérékou qui a opté pour l’amnistie générale. C’est ce que nous avons exigé pour que nos compatriotes qui étaient à l’extérieur et certains considérés comme des exilés volontaires, rentrent au pays, afin qu’on puisse s’entendre dans la convivialité pour rebâtir un Bénin nouveau. C’est ce que nous avons dit à travers le Renouveau démocratique et ce que le président Kérékou a fait n’était pas mauvais. Mais, il y a certains qui n’ont jamais reconnu leur tort pour s’excuser ! Il faut continuer de saluer la mémoire du Président KEREKOU, pour sa sagesse, ses expériences et son humanisme…

Comment avez-vous accueilli l’idée du président Talon de réhabiliter les palais royaux ?
C’est une très bonne idée ! C’est une idée formidable et très encourageante ! C’est vrai qu’il y a des repères : par deux fois déjà, le palais du roi GBEHANZIN, qui est son palais officiel, appelé « Dowomè » a été réhabilité. Cela grâce à l’UNESCO sur un fonds Japonais. Mais la négligence et l’irresponsabilité de certains cadres et conservateurs du Musée historique d’Abomey ont créé du tort au palais de « Dowomè. » On dirait que nos conservateurs doivent aller à l’école de la bonne gestion et de la conscience dans l’exercice de nos musées. Plus rien ne sera comme avant ! Nos conservateurs doivent bien gérer nos musées où on doit sentir la sécurité et la bonne gestion. Réhabiliter les palais de « Dowomè » (du roi GBEHANZIN), « Singbodji » (du roi GHEZO) et de AGOLI- AGBO, constitue une démarche géniale de grande promotion culturelle dans la perspective du développement du Tourisme Culturel. C’est une très bonne idée et nous devons vivre de notre culture. De plus en plus, nous ne connaissons pas notre culture et nous copions celle des autres. On veut bien connaitre le Musée du Quai Branly en France. Mais c’est à nous de faire redécouvrir nos cultures à nos enfants, à nos concitoyens, et le président Talon l’a bien compris. En mai 2018, nous avions pensé célébrer durant une année, le Bicentenaire du Sacre du Roi Ghézo. Ce roi est monté sur le trône de HOUEGBADJA en 1818. Après réflexion, nous avions décidé d’informer le Président TALON, pour nous limiter à une seule célébration. En lui montrant nos dossiers de commémoration, le Chef de l’Etat a posé une question à Daah Miminvo Yamongbè GHEZO (le président du comité d’organisation du Bicentenaire) et à son équipe en ces termes : « Connaissez-vous bien le roi Ghézo ? Je suis persuadé que vous ne le connaissez pas assez, sinon, son bicentenaire ne serait pas célébré sur une seule année. ». En fait, nous ne connaissions pas Dada GHEZO. C’est pourquoi le Président TALON nous a recommandé de célébrer « la Vie, le Règne et les Œuvres du roi GHEZO sur quatre (04) ans, c’est- à- dire en 2018, 2019, 2020 et 2021. Nous allons célébrer la troisième édition cette année 2020 et l’année prochaine, 2021ce sera l’apothéose ! Il y aura un grand colloque pour redéfinir un peu le rôle de nos conservateurs et la gestion de nos musées, parce qu’actuellement nos musées sont mal gérés. il faut aimer nos musées, les visiter régulièrement, car ce sont de hauts lieux de conservation de nos mémoires, de nos valeurs culturelles et de nos œuvres d’art. L’idée de restitution des œuvres pillées par le colonisateur est une grande décision à l’actif du Président Patrice Talon. Je salue ce courage d’homme d’Etat du Chef de l’Etat. Je voudrais aussi remercier le professeur Jean Roger AHOYO, dit Daah GOUDJEMAN, pour sa détermination d’œuvrer, de concert avec le Président TALON, pour la restitution totale de toutes nos œuvres d’art et de mémoire, qui dorment dans les musées en France, en Grande Bretagne, en Allemagne, en Italie, aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde.

Carte d’identité: Un homme de télé

Né le 12 décembre 1957 à Abomey, Constant Agbidinoukoun fait ses premiers pas à l’école Jéricho à Cotonou et par la suite à Pobè. Il effectue ensuite ses études secondaires au Ceg Pobè, Ceg Gbégamey, Ceg Sainte Rita et au Lycée Mathieu Bouké de Parakou où il décroche son Baccalauréat série A4 avec la mention Bien en 1979. Contrairement aux années antérieures où les bacheliers étaient redéployés dans les entités de leur choix, Constant Agbidinoukoun et ses camarades ont été contraints cette année-là à passer un test pour aller à l’université. C’est ainsi qu’il a fait le test pour intégrer l’Ecole Normale Supérieure (Ens) niveau 1 et un autre pour entrer à l’Institut National pour des Sciences Juridiques et Administratives. Il fut reçu 1er pour tout le Bénin pour le test d’entré à l’ENS niveau 1. Et 82ème à l’INSJA. Mais il a fait son service militaire en tant que Jeune Bachelier en mission d’enseignement. Il fut envoyé comme professeur de français au collège Père AUPIAIS à Cotonou. Quand il entre à l’université, un an lui a suffi pour en être dégoûté. Les cours n’étaient pas réguliers, faute d’enseignants et de grèves. Il passe le concours d’entrée au Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’Information (CESTI) de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar. « J’avais aussi deux devanciers à moi qui ont passé le test et j’ai pensé les suivre. Ils m’ont demandé d’y aller », raconte-t-il. Il s’agit de feus Clément HOUENONTIN et Jean HOUALAKOUE (paix à leur âme) ! Pendant trois ans, de 1982 à 1985, il a préparé sa licence professionnelle à Dakar, suivi de six (06) mois de stage en France, aux Etats-Unis et au Canada, pour comprendre comment le journalisme se pratique dans le grand monde occidental. Mr Constant AGBIDINOUKOUN décroche alors son Diplôme Supérieur en journalisme (Audiovisuel) en octobre 1985. A son retour au bercail, il a été mis à la disposition de la Radio nationale. Après deux (02) ans d’animation de programme et de présentation de journal, il a été affecté à la télévision nationale pour s’occuper des reportages à caractères politique et culturel, et l’animation régulière de table- rondes portant sur des sujets variés. C’est à ce titre qu’il est envoyé comme reporter pour suivre et rendre compte des travaux de la Conférence Nationale Souveraine au Bénin du 19 au 28 Février 1990. Après la Conférence nationale, il prend la casquette de Rédacteur en Chef du Journal Télévision nationale de 1993 à 1996. Constant Agbidinoukoun a pris sa retraite en octobre 2011.

Intimité: Footballeur et sportif malgré l’âge

Marié et père de trois garçons, Constant Agbidinoukoun aime tout ce qui est légume, surtout le « gboman ». Il adore également la sauce gluante « févi » avec la sauce tomate quand c’est fait la veille accompagnée du « wôkoli ». En termes de boisson, il prend la bière et l’eau minérale, mais pratique le sport pour maintenir sa forme. Il marche beaucoup et continue toujours de faire du Football. Il adore le Handball, car pour lui, c’est la meilleure activité sportive qui sollicite tous les membres du corps.

La Rédaction

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