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Le triomphe de la vérité

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Edito: Russia is back


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Pour son premier sommet avec les dirigeants africains, la Russie n’a pas caché ses intentions. Elle entend prendre sa part du gâteau africain au moment même où la Chine, le Japon et l’Inde y font déjà leurs marchés. Le premier sommet Russie-Afrique pour la paix, la sécurité et le développement s’est donc achevé hier jeudi à Sotchi, avec la présence d’une quarantaine de dirigeants africains venus voir ce qu’ils pouvaient bien tirer de cette puissance. Même économiquement malade, la Russie a les moyens de faire pièce à l’influence occidentale en Afrique. Pas seulement les moyens, mais aussi et surtout la volonté.
Mais il faut être réaliste. La Russie veut trouver en Afrique un terrain de jeu pour son industrie. « Nous sommes capables, au minimum, de doubler nos échanges commerciaux au cours des cinq prochaines années », a laissé entendre Vladimir Poutine dès l’ouverture du sommet ce mercredi. En dehors des armes qui constituent l’une des spécialités du pays, les Russes veulent intervenir dans les hydrocarbures, l’extraction minière ou encore le nucléaire. Avec 20 milliards de dollars en 2018 (dont 7,7 milliards pour la seule Egypte), les échanges entre Moscou et le continent sont ainsi équivalents à ce que réalisent la Turquie ou le Brésil, très loin derrière la Chine (200 milliards). Mais la Russie avance ses pions en s’appuyant sur les failles connues de la stratégie occidentale.
Pour avoir réussi à échapper à la mainmise de l’Europe et des Etats-Unis, Moscou s’avance sur le terrain africain en utilisant des arguments qui font mal. Elle s’attache à remuer le couteau dans la plaie du colonialisme et du néocolonialisme, la Françafrique et le FCFA, l’acharnement démocratique, l’exploitation sauvage des ressources du continent… « Nous ne sommes pas dans une vision colonialiste », a laissé entendre Mikhaïl Bogdanov, vice-ministre des affaires étrangères.
Comme la Chine et l’Inde, ce ne sont ni la démocratie ni la bonne gouvernance qui le préoccupent en Afrique. Se refusant de jouer aux donneurs de leçon, les Russes savent que l’Afrique a été dominée ces dernières années par la conception occidentale de la démocratie. Au pouvoir depuis 1999, Vladimir Poutine est lui-même un anti-modèle parfait de la démocratie à l’occidentale.
Alors, le pays surfe sur les échecs de l’Occident en Afrique. Ce mercredi, l’oligarque Konstantin Malofeev a conduit une table ronde sur « le complot contre l’Afrique », où l’homme d’affaires a tiré à boulets rouges sur le FMI, indiquant que ses préconisations visent à « renverser des gouvernements et conduisaient à la guerre civile ». Même le communiqué final rendu public hier est allé jusqu’à dénoncer les « diktats politiques et le chantage monétaire » dont l’Afrique serait victime.
De fait, les médias occidentaux ont beau traiter avec condescendance l’engagement russe en Afrique, la réalité est aujourd’hui là. Les erreurs du passé ont ouvert aux Africains de nouveaux horizons de coopération et de développement qui risquent de se mettre en place contre l’Occident. Les nouvelles élites africaines acceptent de moins en moins le diktat européen.
C’est qu’à force d’avoir une vision prédatrice des rapports géostratégiques, l’Europe et l’Amérique ont été prises dans un piège : vassaliser l’Afrique. Sous ce rapport, l’Afrique est rarement perçue comme un partenaire réel, mais comme un vassal à qui il faut dicter des règles de démocratie et de bonne gouvernance. Il est clair aujourd’hui que ces règles ont été imposées avec des velléités néocoloniales qui, à la longue, se retournent contre nos anciennes métropoles. Les Africains en ont marre du modèle occidental infantilisant.
La Chine, l’Inde et désormais la Russie proposent un partenariat stratégique qui a fini par s’imposer de par sa perspective de développement. Ces pays perçoivent bien que leur propre progrès pourrait s’accélérer si l’Afrique progresse également. C’est une vision de partenariat gagnant-gagnant qui n’existe pas dans le jeu occidental.
Bien sûr, mieux que par le passé, le continent devient un terrain géostratégique pour les superpuissances, mais avec un acteur désormais éveillé, l’Afrique. Elle est soutenue au surplus par une Russie qui ne cache plus sa volonté de ne plus laisser faire. Plus que jamais, les jeux sont ouverts. La partie sera âpre.

Par Olivier ALLOCHEME

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