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Le triomphe de la vérité

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Le Dg Afrique d’Air France, Frank Legré, INVITÉ DE « SOUS L’ARBRE À PALABRES » AU SIEGE DE L’EVENEMENT PRECIS: « Air France a l’Afrique dans son ADN »


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Invité de la rubrique « Sous l’arbre à palabre » du quotidien L’Evénement Précis ce 22 mai, le Directeur Général Afrique de la compagnie aérienne Air France, Frank Legré a exposé les mesures prises par la compagnie dont il est le premier responsable en Afrique, pour améliorer la qualité de son système d’exploitation. Selon ses explications, Air France évolue et devient de plus en plus attractive dans les pays où la compagnie intervient. Face aux journalistes de L’Evénement Précis, il a répondu à toutes les questions à lui posées sur la nouveauté chez Air France, les nouvelles cabines Airbus 330 qui parcourent l’Afrique, l’Asie, l’Europe et l’Amérique. Abordant les problèmes rencontrés par la compagnie l’année dernière, le Directeur Général Frank Legré souligne qu’il en est conscient, mais que des mesures ont été déjà prises afin de corriger le tir. Par ailleurs, il a rassuré des dispositions prises pour pallier les retards et pertes de bagages. L’invité de « Sous l’arbre à palabre »,a également parlé des relations entre Air France et les autres compagnies aériennes et indiqué que tout est fait pour le bonheur du client. Car, assure-t-il, « Air France a l’Afrique dans son ADN ». Sur le sujet, Frank Legré a confié qu’Air France entretient un partenariat fécond avec les compagnies sœurs d’Afrique en lieu et place d’une quelconque concurrence.

Et si on en parlait

Quel regard portez-vous sur les résultats d’Air France jusqu’à présent?
Je pense que d’une manière générale, les résultats d’Air France au Bénin sont bons. Je pense qu’on a un très grand attachement de notre clientèle à Air France. Je pense qu’on joue un rôle important pour le Bénin. Nos 5 vols directs par semaine sur Paris sont extrêmement importants, avec de bons jours de fonctionnement qui permettent l’arrivée lundi matin par exemple pour passer une semaine en Europe. Je crois qu’il y a un fort attachement de la clientèle béninoise à Air France. Après il faut le dire, il y a de plus en plus de concurrences. L’Afrique évolue, l’Afrique devient de plus en plus attractive pour de nouvelles compagnies. Et le positionnement d’Air France est celui du bon rapport qualité prix. Le positionnement d’Air France n’est pas toujours une question de moyens, on aura toujours du mal à trouver moins cher parce qu’on n’a pas les mêmes coûts de production. Une compagnie est peut-être basée en Turquie ou au Maroc. Donc on a des coûts européens de production. Forcément, on a aussi besoin d’avoir des tarifs qui reflètent nos coûts. Mais on veut être choisi pour la qualité de notre service. C’est vraiment très important pour nous de parler de l’arrivée des nouvelles cabines à bord des Airbus 330. Air France a 15 Airbus 330 qui volent sur le Bénin et qui volent aussi sur l’Asie, sur l’Amérique ou sur l’Amérique du nord. Il a des vols vers Bangalore. Il y a des vols vers Hunan, vers Huston et aussi des vols vers l’Afrique de l’Ouest. Donc cet avion n’est pas dédié pour l’Afrique, mais il vole aussi souvent sur l’Afrique. Après avoir rénové 44 Boeing 777, c’est maintenant le tour de la flotte des 15 Airbus 330. C’est quand même un investissement important. C’est 140 millions d’euros. Et dès la sortie du troisième avion, celui-ci a été mis en ligne sur Cotonou. C’est-à-dire que le programme est progressif. On ne va pas changer les 15 avions en une seule fois. A peu près c’est un avion par mois. Le premier avion est sorti de hangar en janvier, le deuxième en mars. Il fait des dépôts de correspondance vers les 1000 destinations…» par «il permet de connecter nos clients au monde entier avec des correspondances vers plus de 1000 destinations desservis par Air France-KLM». Et le troisième vient de sortir mi-mai. Je pense que c’est un chantier qui sera terminé fin 2019 ou début 2020. En ce moment-là, les 15 avions seront rénovés. Donc, je crois que ce qu’il est important de souligner, c’est l’attachement d’Air France à Cotonou, puisque nous l’avons choisi alors qu’il y a seulement 20% de la flotte qui a été rénovée (3 des 15 avions qui ont été rénovés). Depuis le 7 mai, deux vols sont maintenant opérés par les avions nouveaux modèles les mardis et les samedis. En plus, je pense que c’est une configuration bien adaptée à la clientèle béninoise. On a 4 sièges business en moins. 20 sièges économiques en plus. Et au total cela fait 7% des sièges en plus. Donc avec le même type d’avion, on est capable d’offrir 7% de sièges en plus sur la destination de Cotonou.

Sur la ligne Cotonou-Paris-Cotonou, on a observé l’année dernière quelques mouvements notamment des retards, mais de façon globale, on a observé qu’Air France est passée de 7ème à 8ème au plan de la ponctualité. Que diriez-vous à votre clientèle à propos de cela?
Je dirai que si on a déçu nos clients, je suis désolé. Et je présente nos excuses. C’est vrai que l’année 2018 a été une année difficile pour Air France, notamment sur le plan syndical avec beaucoup de grèves qui sont maintenant derrière nous. Nous avons une nouvelle direction générale à Air France ainsi qu’au groupe Air France-KLM et la paix sociale est revenue. Je pense que cela est quand même un message positif qui a permis de rétablir la ponctualité de l’exploitation au premier trimestre. Aujourd’hui, nous sommes revenus notamment sur le mois de février et mars parmi les meilleurs en termes de ponctualité. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de retard un jour. On ne peut pas garantir qu’il n’y aura pas de retard. Mais on s’est donné les moyens pour avoir une exploitation de qualité. On a mis par exemple plus d’avion de réserve à Charles de Gaulle. Donc s’il y a un avion qui est en panne, il y a un autre qui peut le remplacer. On a aussi simplifié la structure des programmes, pas forcément sur Cotonou mais sur d’autres lignes, en évitant de mixer les petits avions. Donc il n’y a pas un Boeing 777 plus un Airbus 380 sur la même ligne. Il y a un seul avion. Et donc cela simplifie la construction du programme. Cela donne plus de robustesse sur l’exploitation. On fait beaucoup d’efforts et j’espère que les clients le verront. C’est l’une des priorités de la direction générale. Et la première priorité de la direction générale, c’est de rétablir la qualité d’exploitation.

Pourquoi Air France a-t-elle décidé de miser sur l’Afrique cette année?
Air France n’est pas en Afrique cette année. Ça fait depuis 1933 qu’on est sur l’Afrique. Vous savez, Air France est née en 1933. Et en 1934 il y a des vols qui allaient en Amérique latine en passant par le Maroc, le Sénégal et ensuite le Brésil. C’est pourquoi j’ai coutume de dire: « Air France est née en même temps en France et en Afrique ». Et pour nous, l’année de l’Afrique, ce n’est pas l’année 2019. L’année de l’Afrique, c’est tous les ans. Seulement cette année, c’est l’année où nous investissons dans les nouvelles cabines qui desservent essentiellement l’Afrique. C’est cela la différence. Mais franchement, un de mes combats et celui de mon prédécesseur, depuis plusieurs années, c’est d’assurer que l’Afrique est bien traitée. C’est de nous assurer que nous offrons les mêmes services de qualité indépendamment des lignes. Le service à bord, la qualité des repas, la prestation…tout cela est vraiment bien calibré suivant la durée des vols. Donc un vol New York Paris qui va faire 5 ou 6 heures, aura exactement le même service à bord qu’un vol Cotonou-Paris ou qu’un vol Dakar-Paris. Tout cela, ce sont des choses extrêmement importantes. C’est aussi important de rappeler que ces Airbus ne sont pas un souffle d’Air France dédié à l’Afrique. Aujourd’hui [le 22 mai 2019, NDLR], on a eu la chance en conférence de presse d’avoir le commandant de bord qui nous a amenés et qui nous ramènera à Paris. Le commandant de bord a partagé son planning avec les Journalistes. Il a dit ceci : « aujourd’hui, je suis à Cotonou, la semaine prochaine je vais à Houston. La semaine dernière j’étais à Hunan. Donc vous voyez, c’est vraiment un réseau mondial et ce qui fait la force, c’est que ce vol Cotonou-Paris, il fait aussi des dépôts de correspondance vers les 1000 destinations desservies par Air France-KLM. Donc, pour revenir à votre question, je pense qu’il y a un fort attachement d’Air France à l’Afrique depuis de nombreuses années et on se sent citoyen de l’Afrique. On a par ailleurs la fondation Air France qui aide la jeunesse en difficulté en Afrique et dans le monde. Mais c’est près de la moitié du budget de la fondation qui est dédiée à l’Afrique. Donc je dirai qu’il y a un lien particulier et étroit entre Air France et l’Afrique depuis de nombreuses années. Depuis 6 ans que je suis directeur Afrique, on a fêté des anniversaires d’Air France de plusieurs pays. Et chaque fois avec beaucoup d’émotions, on se rappelle parfois les pionniers d’Air France qui on fait les 24 heures pour venir en Afrique etc. Il y a donc ce lien très fort. Et contrairement à d’autres, on ne découvre pas l’Afrique. On a toujours eu l’Afrique au cœur et on continuera.

Parler nous de l’engagement d’Air France par rapport aux incidents qui ont terni son image.
Ce qui n’est pas pareil, c’est le fait d’avoir choisi Cotonou comme une des premières escales pour l’Afrique mettant ainsi en ligne ces cabines. C’est un signe fort que nous reconnaissons que la clientèle béninoise à juste titre est exigeante envers Air France. Et nous donnons le meilleur d’Air France à la clientèle béninoise. Mais ce qui parait aussi essentiel, c’est de souligner qu’il n’y a pas que les appareils d’Air France qui sont importants. Il n’y a pas que l’investissement dans le matériel. Il y a aussi l’investissement dans la relation humaine. Nous avons par exemple, 148 chefs de cabines ou des membres d’équipages qui ont été formés à la relation avec les clients Africains, à leurs attentes. Vous savez que les clients Africains, ils attendent beaucoup de respect. Ils attendent aussi une vraie convivialité, un vrai contact et bien, de partager les valeurs africaines avec les équipages d’Air France. C’est le rôle des 148 ambassadeurs d’Air France au sein des équipages. Et donc chaque fois qu’ils font un vol sur l’Afrique, ils briefent leurs équipages là-dessus.
Mais ce n’est pas que là. C’est aussi à l’aéroport de Cotonou, c’est aussi en ville à l’agence. Il y a beaucoup de choses qui sont faites. Nous avons un programme « Nous aimons nos clients » qui est démultiplié partout et qui consiste à trouver les mots et les gestes justes aux clients et pour qu’ils se sentent à l’aise. Ça ne veut pas dire qu’on va toujours dire oui aux clients. On peut dire non de manière positive, trouver une alternative et c’est cela. Je pense que cette relation avec les clients est très importante pour nous. Oui c’est important d’avoir des avions, des avions confortables dotés des écrans vidéo et des éclairages. C’est un souci très important que les clients se sentent à l’aise à bord de l’avion, se sentent en confiance de nos équipes de bord et qu’ils soient bien accueillis à l’aéroport.

Les réformes dans lesquelles vous-vous êtes engagée cachent une certaine résistance à la concurrence devenue très rude sur la place de Cotonou…
Ce n’est pas que ça cache quelque chose mais au contraire, on est aiguillonné par la concurrence pour le faire, tout simplement pour nous démarquer de la concurrence. On n’est pas parfait. Qui est parfait ? En tout cas, on essaye très fort d’être parmi les meilleurs et je pense que c’est ça qui nous qualifie et après, je pense profondément que la concurrence est bonne. C’est bon que les clients aient le choix, c’est bien que les gens puissent choisir leur compagnie aérienne, qu’il n’y ait pas un choix unique imposé. Et après voilà, c’est à nous d’établir le meilleur réseau, c’est à nous d’avoir des arguments pour que les clients nous choisissent. Je dirai humblement, on n’a pas l’impression de dire qu’on est les meilleurs mais humblement, on a des arguments de notre côté. On est très fort en Afrique, le groupe Air France-KLM avec les trois marques, Air France, KLM, Transavia en Afrique du Nord avec 48 escales en Afrique, je dirai un total de 438 vols par semaine vers l’Afrique pour qu’on crée un très grand réseau dans l’ensemble des vols sans escales.

Entre les retards et les pertes de bagages, c’est quoi la nouvelle réputation d’Air France ?
Justement, nous essayons de travailler du côté positif afin de transformer un événement difficile pour un client en positif. Je pense que souvent quand il y a un grand client qui se plaint, on essaye de trouver une solution à sa demande. Finalement, en faisant un petit effort, on s’aperçoit qu’on peut très bien transformer un détracteur d’Air France en un promoteur, tout simplement en allant le voir, en le comprenant. Parfois même, on sait qu’un avion est en retard, on sait que ceux qui viennent à bord ne sont pas contents. Mais avant même qu’il ne fasse sa déclaration, on peut aller le voir, entamer le dialogue et là je pense aussi que ça montre de la considération. On n’attend pas que vous réclamiez, on n’attend pas que vous téléphoniez, mais on anticipe. Je pense que particulièrement en Afrique, aller au-devant des clients, prendre l’initiative de ce contact, c’est quelque chose qui est très bien perçu.

Pourquoi c’est en Afrique que les retards sont criards alors qu’au départ de Paris on n’a pas cela ?
Vous savez, non, je pense que c’est la même chose. Parce qu’en général, si l’avion est en retard de Paris, ça rejaillit en Afrique. Et c’est souvent pour les vols qui n’ont pas de marge de manœuvre. Les vols de deux-trois heures surtout. Si l’avion part en retard de Paris, C’est sûr qu’il viendra en retard à Cotonou et va repartir en retard de Cotonou. Donc pour nous, le plus important, c’est la ponctualité au départ et ça ne touche pas que les vols Afrique. Le vrai effort que nous devons faire et que nous continuons de faire, c’est le départ à l’heure de Paris. C’est la ponctualité au départ de Paris. Quand on regarde les vols au départ de Paris ou au départ de l’Afrique, en général, au départ d’Afrique la ponctualité est meilleure car on fait le maximum pour rattraper le retard de Paris.

Comment gérez-vous la concurrence en Afrique avec les compagnies africaines ?
C’est ce que je vous disais. Je pense que nous sommes bien conscients qu’il est important pour nos clients comme pour nous d’avoir des concurrents, tout en sachant faire valoir nos arguments par rapport à la concurrence, tout en sachant aussi, notamment avoir de la visibilité auprès des compagnies africaines en mode coopérative. Je donne par exemple vos voisins ivoiriens avec Air Côte d’Ivoire. Dans cette coopération, il faut savoir qu’Air France est actionnaire à hauteur de 20% dans Air Côte-d’Ivoire, ce qui nous fait siéger au conseil d’administration d’Air Côte-d’Ivoire. On est aussi en partenariat avec la nouvelle compagnie Air Sénégal, pour offrir des horaires différents aux voyageurs entre Paris et Dakar. C’est pour dire qu’avec les compagnies africaines, on essaie dans la mesure du possible d’être plutôt dans la coopération et le partenariat que dans la concurrence directe, comme on peut l’être avec d’autres compagnies européennes. Mais, après, c’est au cas par cas.

Vous le savez, depuis décembre, Mme Christine Quantin a eu quelques ennuis avec les autorités béninoises. C’est enfin réglé. Dites-nous, comment avez-vous fait pour régler cette situation ?

Le Directeur Afrique d’Air France, Franck Legré

On va en parler très brièvement parce que moi je suis là pour parler plus de l’avenir que du passé, mais ce que je dirai c’est qu’on a bien perçu l’irritation des plus hautes autorités de l’Etat quant à ce retard dont on vient de parler et donc on a bien perçu le message, on a bien perçu l’attente des autorités béninoises. Ce qui est plus important c’est qu’on a toujours dialogué, beaucoup de personnes se sont offertes à nous aider là-dedans, et je pense que ce dialogue a porté ses fruits. Christine est de retour parmi nous avec toute ma confiance renouvelée. J’avoue que je suis heureux, très, très heureux de cette situation. Vous savez, nous, notre objectif, c’est d’avoir toujours de bonnes relations avec les autorités. On ne peut pas opérer dans un pays sans l’aimer, on ne peut pas opérer dans un pays sans les bonnes relations avec les autorités, c’est vraiment notre ADN. Donc, de ce point de vue, c’est bien et je crois que le choix de Cotonou est un choix pour la délégation Bénin-Togo et je regrette vraiment que nous n’ayons pas pu faire autrement. Je crois que le bon sens, le dialogue a prévalu, j’en suis très heureux.

Le siège de la délégation Bénin Togo est à Cotonou ou à Lomé ?
C’est à Cotonou.

Alors, est-ce que cela marque une certaine fidélité entre les autorités et Air France ?
Bien évidement cela marque une grande confiance et une grande fidélité pour le Bénin et envers les autorités béninoises bien entendu. Vous savez, je dirai Air France et l’Afrique, c’est plus de 85 ans. Alors, si nous voyons bien, personne n’a été marié à 85 ans. On a tous été mariés déjà à partir de 25 ans il y a parfois des dissensions, parfois il y a des disputes, il y a parfois des crises mais malgré tout, on s’aime et c’est ça qui compte et on arrive ensemble à surmonter ça. C’est vrai que c’est une métaphore un peu exagérée mais il y a un peu ça. On est un peu trop attaché l’un à l’autre, Air France à l’Afrique et l’Afrique à Air France. Souvent, quand je rencontre la presse ou les hommes politiques, ils ont tous des remarques à faire sur Air France. Il y en a qui disent : « Bon, ça fait longtemps et on est toujours avec Air France. On quitte Air France mais on est toujours avec Air France. » Je crois que c’est ça. Parfois, il peut y avoir des incompréhensions, des difficultés, mais je pense que c’est par l’écoute et le dialogue qu’on arrive à résoudre ces difficultés. C’est ce qui s’est passé et encore une fois, je tiens à saluer la compréhension des autorités béninoises, je suis très heureux que ce soit une période qui est désormais derrière nous. Je pense comme on le dit souvent, à quelque chose malheur est bon. Ça a permis aussi à Christine de mieux rencontrer les équipes du Togo. De voir combien le Bénin lui manquait. Je voudrais aussi souligner que Christine a été très courageuse, puisque ce n’était pas facile de rester séparée de sa famille et surtout d’un fils encore jeune pendant cinq mois, ce qui n’est pas facile pour une maman, mais elle était très déterminée. On est resté toujours en contact et elle me disait « je veux vraiment revenir au Bénin ». Vous savez, ça compte beaucoup ça. Un bon délégué, c’est celui qui aime le pays dans lequel il est. Il n’y a pas de bon délégué qui n’aime pas le pays dans lequel il est. Il n’y a pas de bon délégué qui soit longtemps en dehors du pays. Un bon délégué c’est quelqu’un qui aime le pays dans lequel il est, qui le découvre et qui passe ses weekends là-bas. La détermination, l’envie de Christine de revenir au Bénin, ça ne m’a pas laissé le choix. Il fallait vraiment qu’on trouve les voies et moyens pour convaincre le gouvernement de ce que Christine est la bonne personne pour diriger Air France au Bénin et gérer les difficultés d’Air France au Bénin. La perception client et grand client, des ministres ou autres autorités du gouvernement par rapport aux failles d’Air France, ce ne sont pas des failles de Christine. Ce n’est pas elle qui fait le retard d’un vol à Paris mais Christine est là pour arranger les choses et je pense qu’elle le fait bien. Alors, j’ai bien perçu cette irritation, elle est derrière nous et je crois bien qu’à Air France on est ensemble au service du Bénin.

A quand les cabines A-330 en direction du Bénin ?
Vous savez qu’on avait cinq vols par semaine entre Cotonou et Paris. Donc, les cabines A-330 sont là deux fois par semaine, c’est déjà le cas les mardi et samedi. La montée en puissance va se faire progressivement. D’ici à la fin de l’année, vous aurez 4 à 5 vols. Début 2020, vous aurez 5 vols, équipés avec ces cabines. C’est un bel avion, c’est chic, c’est du bon goût, il y a de belles finitions, le wifi marche bien sur vos écrans. C’est un beau produit. Il y a autant de clients vers Air France. C’est un cadre sain, une belle esthétique, de jolies couleurs. Il est important de dire qu’on a tout changé aussi en classe Economique. Vous l’aurez remarqué, la taille de l’écran en Eco c’est la taille de l’écran business d’aujourd’hui. Donc, on va donner à nos clients Eco le même écran vidéo qu’on a en business, aujourd’hui, et de meilleure qualité sur la définition. C’est vraiment un beau produit. Il y a une prise Usb et une prise électrique assez proportionnée en classe Economique pour recharger en vol votre téléphone portable et tout autre appareil électrique. Je pense que c’est un atout pour nos clients qui sont en classe Economique. Bien sûr qu’il y a un lit de deux mètres en classe business sur lequel on peut dormir mais aussi beaucoup de sièges en classe Eco.

Toutes ces améliorations ont un coût. Avez-vous changé les prix ?
Non, nous n’avons pas changé les prix. C’est normal que nous-nous remettions toujours à jour, que nous définissions des standards meilleurs pour nos clients étrangers et africains, pour qu’il n’y ait pas du tout une différence tarifaire. On cherchera toujours à avoir de bon rapport qualité-prix. Je dois insister sur ce que malheureusement en Europe, il y aura toujours quelqu’un qui aura un meilleur prix mais qui va peut-être passer par un point d’escale. Nous ne sommes pas toujours sur les meilleurs prix mais nous avons le souci d’avoir des prix attractifs. Actuellement, on a une promotion de 393.000 FCFA en classe Economique sur Paris, je crois que c’est un bon prix. Les promotions dépendent du remplissage et de la demande.
C’est vrai qu’en juillet période pointe les tarifs ne seront peut-être pas les mêmes. Il faut que le voyageur soit aussi souple pour qu’il puisse s’adapter au voyage pour avoir le meilleur prix. Il n’y aura pas d’augmentation tarifaire. Air France arrive pour optimiser l’auto-remplissage. De manière générale, on est très bon en remplissage au Bénin. Le trafic au Bénin c’est près de 96.000 passagers. Cette année, je suis conscient qu’on dépassera les 100.000 passagers sur la ligne entre Paris et Cotonou.

Bientôt le Bénin va construire un nouvel aéroport à Glo-Djigbé. Qu’est-ce que cela va changer à Air France ?
En tant que compagnie aérienne, je ne peux que me réjouir de cette décision des autorités. Je pense que c’est bien pour elles et le peuple béninois d’avoir fait le choix d’un nouvel aéroport. Un aéroport, c’est toujours la vitrine d’un pays. La première chose qu’on voit quand on arrive dans un pays, c’est un aéroport. Quand vous avez un aéroport moderne, où le transfert des passagers est fluide, et que les routes sont propres et claires, ça donne quelque chose de positif. Dans les pays voisins, il y en a qui ont de très bons aéroports, d’autres qui en ont de moins bien. Je suis ravi que le Bénin construise un nouvel aéroport d’ici deux ans. Ce que nous attendons, c’est une meilleure qualité de service pour nos clients, plus de fluidité. L’aéroport Cardinal Bernardin Gantin de Cotonou a quand même plusieurs dizaines d’années et donc forcément moins adapté aux trafics qui se font sur Cotonou. Certainement que le nouvel aéroport sera plus grand et mieux dimensionné. Comme ça, on donnera plus de confort aux passagers, sur les salons, il y aura plus de fluidité sur les postes de contrôle. Il peut aussi y avoir un sursaut technologique parce qu’il y a aujourd’hui une révolution technologique en ce qui concerne la reconnaissance faciale pour les passeports qu’on a à l’aéroport Charles de Gaule. C’est le moment aussi pour l’Afrique d’embrasser cette technologie. Le prix reste aussi important pour une compagnie aérienne. Ce que nous attendons aussi c’est que le prix de cet aéroport reste compétitif pour les compagnies aériennes et pour la partie des taxes aéroportuaires qui est payée par les clients. Je crois que c’est un appel capital à lancer aux autorités. Ce qui est important aussi pour nous, c’est que les taxes soient raisonnables par rapport à l’ancien.

Parlons maintenant de la crise liée au crash d’Ethiopian Airlines. Air France exploite-t-il des Boeing ?
Air France a beaucoup de Boeing, qui est la plus grande compagnie constructeur d’avions. Actuellement, il y a deux grandes compagnies constructrices d’avions dans le monde. Il s’agit de Boeing et Airbus. Nous sommes clients de Boeing. Nous avons plus d’une cinquantaine de Boeing 777 à Air France mais, nous n’avons pas de Boeing 737 max. La compagnie a des Boeing 737 mais pas 737 max. Nous ne sommes pas touchés par une interdiction de vol de Boeing 737 max. C’est un problème de simulateur, de formation. Je ne veux pas répondre à la place de Boeing et c’est une question qui ne concerne pas Air France. Nous n’avons pas de Boeing 737 max et bien entendu tout ce qui concerne la sécurité des vols nous intéresse et on les suit de très près.

Comment Air France a-t-elle pu gérer la crise qu’elle a rencontrée en 2018? Y a-t-il d’autres perspectives ?

C’est une crise un peu sociale. La France est un pays un peu revendicateur. Nous Français, aimons bien revendiquer et réclamer. C’était une crise profonde qui s’est manifestée par le renouvèlement complet de la Direction générale de Air France et de la Direction générale du groupe Air France-Klm. Il y a un nouveau leadership qui s’est installé avec l’objectif de renouer le contact avec les instances représentatives du personnel, que ce soit les navigants, les hôtesses, les pilotes ou le personnel au sol. Je crois qu’il y a la conscience que le succès d’Air France ne peut que se bâtir avec l’adhésion du personnel. Air France, c’est une entreprise vraiment complexe qui a besoin de tous les corps de métiers. On ne peut pas réussir sans les pilotes, sans les hôtesses, sans les techniciens de maintenance, sans les vendeurs, sans les agents de réservation. On a besoin de tout le monde pour que ça marche. On a besoin d’un consensus social et c’est ce à quoi notre nouvelle direction s’est attachée.
Après il y a aussi besoin d’être compétitif. Parce que vous avez rappelé la force, la violence de la concurrence dans le monde, et en particulier dans le corps des compagnies aériennes. Donc, il est très important non seulement de faire plaisir pour que le personnel soit content, et les mesures salariales seules ne suffisent pas. Il faut qu’on ait aussi des coûts compétitifs. Il faut qu’on travaille aussi sur la simplification de notre exploitation afin qu’elle soit plus simple et moins coûteuse à mettre en œuvre. Donc une idée de notre direction générale, c’est par exemple, de simplifier pour avoir moins de modèles à entretenir, moins de qualifications des pilotes, et sans doute, un nouveau modèle économique vers la rationalisation de notre mode de production.

Vous êtes le Directeur Afrique d’Air France depuis six ans. A quand le changement de service ?
Ce n’est pas trop, mais c’est bien en tout cas. Deux régions m’ont beaucoup marqué. D’abord en Chine où je suis resté pendant quatre ans puis en Afrique où je suis dans ma 6ème année. Je pense qu’il y a des pays ou des continents qui sont plus complexes que d’autres où il y a un investissement personnel plus important à faire. Je pense qu’en Afrique, c’est important de connaître les gens et de nouer une bonne relation avec eux. Ce n’est pas seulement un problème de tarif, de distribution, d’organisation. C’est aussi un problème de confiance envers les personnes. Il y a des postes qui nécessitent des investissements dans la durée et des relations avec les gens. Je suis resté en Chine pendant 4 ans et en Afrique dans ce poste depuis 6 ans. Je vais changer cet été très probablement. Mais j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler en Afrique. J’ai trouvé ça très enrichissant. Sur le plan humain, c’est un vrai challenge. Parfois il y a plein de choses inattendues qui se passent. Mais, il faut toujours trouver les voies et moyens de renouer le dialogue. Je pense qu’il y a aussi un trait que j’ai trouvé de commun entre l’Afrique et la Chine. C’est le fait de ne pas perdre la face. Il faut trouver une solution qui préserve les intérêts de tout le monde et que personne ne perde la face. Il faut trouver le bon compromis. Et ça je pense que c’est quelque chose d’intéressant et qui nous fait progresser dans la manière dont on gère les équipes et les relations publiques. J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec des équipes africaines, très engagées pour leur compagnie, très chaleureuses qui font toujours le maximum pour Air France. Chaque fois que je rentre à Paris, je suis encore plus motivé grâce aux équipes africaines d’Air France.

Comment gérez-vous l’impatience des clients qui empruntent les mêmes vols que les Chefs d’Etas africains ?
On a plutôt des ministres que des Chefs d’Etats, ces derniers compte tenu de leurs horaires, ils ont plutôt des avions privés pour coller à la nécessité de leurs horaires. Nous, on essaie de faire le maximum pour satisfaire les autorités. On a aussi un service VIP dédié aux Africains. Je dirai que cette cellule dédiée est extrêmement efficace et souple. On a 4 ou 5 personnes qui n’ont qu’une chose : accueillir le VIP africain. Par ailleurs, il est important de dire qu’on est une grande compagnie où on se doit de mettre nos avions à l’heure. Donc, on va essayer de faire le maximum pour satisfaire nos VIP. On essaie d’être à l’heure, parce que c’est aussi une question de politesse vis-à-vis de tous les autres passagers qui sont à bord. Nous sommes très soucieux des autorités, mais aussi de tous les passagers. Nous travaillons pour trouver un compromis pour la sécurité de tous les passagers.

Le VIP est-il seulement initié à Paris ?

Dans tous les pays d’Afrique et en particulier au Bénin, on s’appuie sur notre équipe béninoise qui connait bien les autorités, qui a une bonne relation avec elles. Par exemple ici, nous connaissons bien la Cellule des voyages officiels. Donc on s’assure que tous les ministres et autres autorités dont les billets sont détenus par la CVO vont être bien traités par la France, qu’ils soient au Bénin, à Paris ou ailleurs dans tout le réseau, parce que les autorités nous font confiance. En Afrique, nous avons une très bonne connaissance de par notre exploitation. Ça fait plus de 83 ans qu’on dessert le Bénin. Donc il y a une continuité, une bonne connaissance du milieu des VIP africains, en particulier ceux béninois.

Carte d’identité: Passionné d’aviation

Franck Legré naît à Marseille en 1962. Il y fait ses études primaires et secondaires avant de monter sur Paris où il entre à la Haute Ecole de Commerce (HEC) en 1982. A sa sortie en 1985, il a déjà un parcours international puisqu’il fait trois mois en Californie aux Etats Unis et trois mois en Espagne à Barcelone. A la suite de son service militaire qu’il effectue dans la Marine, il est envoyé à l’ambassade de France à Madrid. Sa bonne maîtrise de l’Espagnol lui permet d’y occuper différents postes. Passionné d’aviation, Frank Legré est accepté à Air France en 1987. «Mes enfants auront plusieurs employeurs dans leur vie, mais moi, je n’ai eu qu’un seul employeur, toujours Air France », dit-il. Pour la compagnie, il travaille en Europe, en Suisse, aux Antilles, en Amérique latine. En Chine, il est Directeur régional d’Air France pendant quatre ans avant d’être affecté à la tête de la direction Afrique de la compagnie.
« On a doublé nos vols sur Pékin, on a doublé nos vols sur Hongkong, on a doublé nos vols sur Shanghai, se rappelle-t-il. Pour moi c’était aussi un choc culturel. La Chine c’est très différent. La culture est différente, le régime politique est différent et quand vous arrivez à Pékin, vous ne comprenez rien, vous ne lisez rien. Cela peut surtout énerver et donc c’est difficile mais c’est très intéressant. » De son expérience africaine qui est sur le point de s’achever, il tire la grande satisfaction d’avoir contribué par exemple à ramener la sérénité au sein de la délégation Cotonou-Lomé, avec le retour de Christine Quantin. « C’est un moment de grand bonheur, dit-il. Mais il y a plein d’autres occasions. Quand on a fait le premier vol dans l’A-380 sur Abidjan avec comme marraine la première dame, c’était un moment de grand bonheur. Quand on a fêté au Sénégal les 80 ans d’Air France, c’était un moment de grand bonheur. Les 75 ans d’Air France en Côte-d’Ivoire, c’est un moment de grand bonheur. » En observant les potentialités du continent, Frank Legré n’hésite pas à prédire pour l’Afrique un véritable boom économique. Mais, assure-t-il, il appartient aux Africains de prendre leur destin en main, d’écrire eux-mêmes leur destin.

Intimité: Impératif l’équilibre

Le Directeur Afrique d’Air France est marié, père de deux enfants dont l’ainée a 24 ans. Elle est diplômée d’une école de commerce et travaille déjà. Son fils qui a fait une autre école de commerce basée à Toulouse est aujourd’hui au Brésil et partira l’année prochaine en Colombie. Comment parvient-il à assurer un équilibre travail-famille ? « Le weekend, confesse-t-il, j’aime bien tirer un peu le rideau. Je fais autre chose, retrouver la famille et les amis… » A table, Frank Legré est un fin gourmet et adore notamment les desserts. Pour maintenir sa forme, il aime bien le ski, notamment en montagne.

Par la Rédaction

 

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