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Le triomphe de la vérité

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Edito: Un héritage de violence


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Lorsqu’en mars 1999, une foule hystérique avait saccagé et brûlé la maison de Wallis Zoumarou et de quelques-uns de ses partisans dans leur village à Sèmèrè, les vandales pouvaient exciper des dissensions politiques tenaces qui les opposaient à l’époque. Je m’étais alors dit qu’il ne pourrait s’agir que des soubresauts d’une démocratie balbutiante. Nous sommes en 2019, 20 ans après les tragiques événements de Sèmèrè, et presque dans la même période électorale. Les incendies volontaires qui ont encore eu lieu samedi, dimanche puis hier mercredi, me disent que pas grand-chose n’a changé réellement dans la conscience politique des Béninois. La cosmétique démocratique n’a pas changé nos instincts grégaires de destruction.
Comme je l’écrivais lundi, la démocratie est d’abord et avant tout le refus volontaire de la résolution des problèmes politiques par la violence. Mais par la force de la loi. Ceux qui se rappellent leurs cours d’histoire savent ce que furent les premières années d’indépendance du Dahomey. Les désaccords politiques se réglaient par la violence sur fond de sectarisme ethnique et régionaliste. Apithy, Maga et Ahomadégbé, chacun avec sa chapelle, alimentaient les foyers de tension électorale à leur guise. De sorte que l’avènement en 1972 de Mathieu Kérékou fut vécu comme une délivrance. Délivrance de ces leaders dont le seul objectif durant ces années ne fut que de conserver et de contrôler le pouvoir à leurs profits. Près de cinquante années plus tard, les désaccords politiques ne se règlent toujours que sur le terrain de la violence.
Sous Yayi, c’était les émeutes du 04 mai 2015 par lesquelles des jeunes ont cassé et brûlé dans Cotonou. Depuis quelques jours, les mêmes scènes, avec une ampleur et une violence inouïes.
Présentant en février dernier le rapport 2019 de la Fondation Bill et Melinda Gates, l’ancien homme le plus riche du monde avait eu ces mots que j’avais trouvés outranciers et pessimistes : « 2018 nous a laissé de nombreuses surprises, bonnes et mauvaises, mais ce qui est en tête de liste, c’est le fait que l’Afrique ne grandit pas avec le monde. » C’est-à-dire que le monde entier change, mais l’Afrique demeure la partie molle de cette dynamique planétaire. Comment ne pas lui donner raison aujourd’hui face aux déchaînements hystériques d’hier et du week-end dernier. Comme dans les années 1960, ceux qui incendiaient les maisons de leurs adversaires ou des biens de gens qu’ils ne connaissent même pas, pensaient que c’était la seule voie pour résoudre des problèmes politiques.
Aux événements de Tchaourou, Savè et de Parakou, certains de nos compatriotes de la diaspora ont commencé à maudire leurs congénères, soulignant que les vrais patriotes sont ceux qui brûlent. « Les Sudistes n’ont que la bouche mlin mlin mlin (comme moi) On dirait des Bétés », écrit sur sa page Facebook l’un de mes amis résidant aux Etats-Unis. Un autre, toujours résident aux Etats-Unis, mais déversant sa haine entière sur Talon, après l’avoir fait pendant des années sur Yayi, écrit ceci dimanche : « Nous, les hommes du sud sommes des «ATOTONON» premiers du 229 ». Traduisez : Pour n’avoir pas brûlé Cotonou, les gens du Sud sont forcément des lâches. Un autre avoue qu’après les casses du week-end dernier, il peut maintenant boire une bière pour le patriotisme du peuple béninois.
Quel patriotisme consiste à brûler son pays ? Quel est le patriotisme des vandales qui ont brûlé hier Les Bagnoles ?
Dans la réalité, ceux qui ont brûlé hier sont les héritiers de ceux qui brûlèrent dans les années 1960. En 2015 comme en 1999, leur mode d’action est la peur et le terrorisme. Chacun pense qu’il est plus démocrate que l’autre, qu’il est plus représentatif du peuple que tout le monde. Et qu’il lui appartient à lui de sauver le pays. Ce fut vrai il y a 50 ans, c’est encore vrai aujourd’hui. Une mentalité de chef de gang. Le monde change, mais le Bénin et l’Afrique stagnent. Quelle que puisse être leur profondeur, nos désaccords politiques doivent se régler sur le terrain des idées et non de la violence. Voir aujourd’hui Yayi aux côtés d’un certain Azanaï m’a permis de comprendre davantage l’inutilité de la violence politique. Elle n’a jamais été aussi abjecte.

Par Olivier ALLOCHEME

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