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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec David Bot Ba Njock, à propos des projets d’adduction d’eau potable au Bénin: « Les efforts n’ont pas produit tous les avantages attendus »


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David Bot Ba Njock est chargé d’investissement au sein du département PPP de la Société Financière Internationale (SFI – filiale de la Banque mondiale). Basé à Washington-DC, il  couvre deux régions : la région Amérique Latine & Caraïbes ainsi que l’Afrique.  Lors de la deuxième table ronde mondiale sur la gouvernance et les outils de l’infrastructure, tenue du 21 au 22 juin 2018 à Abidjan, David Bot Ba NJOCK a   présenté une communication  l’eau rurale du Bénin. Il jette ici un regard d’expert sur les récents projets d’adduction d’eau au Bénin.

L’Evénement Précis : La communication que vous avez présentée porte sur le thème de l’eau rurale au Bénin. Quels en sont les grands axes ?

 

David Bot Ba Njock:  Le Bénin a une population de 10,8 millions d’habitants, dont 55% vivent en milieu rural et 45% en milieu urbain. Or, seule 30% de la population rurale est en mesure d’accéder à l’eau courante, contre 57% pour la population urbaine. Dans le même temps, le Gouvernement du Benin souhaite que toute la population puisse accéder à l’eau d’ici 2021.

Ma présentation portait donc sur le projet pilote de mise en concession en 2014 de dix systèmes hydrauliques ruraux. Ce projet réussi de délégation de service public au secteur privé local, a été mené en étroite collaboration entre le Groupe de la Banque mondiale et le Gouvernement du Bénin. Le projet fait partie des outils dont le Gouvernement du Bénin a souhaité se doter pour pouvoir atteindre son objectif dans les délais. Ce projet pilote est désormais en cours de réplication sur 60 sites.

 

Le gouvernement béninois investit énormément dans l’hydraulique villageoise. Quels sont les chiffres saillants que vous retenez de cet investissement ?

Le Gouvernement du Bénin a pour objectif de fournir un accès universel à l’approvisionnement en eau dans les zones urbaines et rurales d’ici 2021, pour un coût total estimé à 456 milliards de FCFA (820 millions USD). La couverture universelle sera jugée atteinte lorsque toute la population rurale aura accès à des services d’approvisionnement en eau dans un délai de déplacement de 30 minutes pour aller chercher de l’eau et revenir à domicile. La couverture sera mesurée en fonction du nombre de bornes fontaines et de branchements particuliers en service, en prenant comme hypothèse que chaque borne publique dessert 250 personnes et que chaque branchement familial dessert 24 personnes.

Dans le secteur de l’eau en milieu rural, en particulier, le Gouvernement avance rapidement. Un Plan Directeur National pour le Développement du Secteur de l’Approvisionnement en Eau Rurale (PDDAEPMR) a été préparé pour opérationnaliser la stratégie du Gouvernement et a été finalisé en mai 2017. Le coût total de mise en œuvre a été estimé à 314 milliards FCFA (560 millions USD) et bénéficieront à environ 5 500 000 personnes. Les besoins d’investissement se répartissent entre la construction de nouveaux systèmes d’eau courante, la réhabilitation ou l’expansion de systèmes d’eau courante existants (76% du total des investissements estimatifs) et la construction ou la réhabilitation de pompes manuelles (24%).

 

Dites-nous un mot des résultats obtenus, étant entendu qu’une bonne partie des populations rurales au Bénin n’ont pas encore accès à l’eau potable ?

Depuis 2006, le Gouvernement s’est engagé dans un programme de construction de systèmes d’adduction d’eau dans les centres ruraux. Ces ouvrages ont été délégués au secteur privé sous forme d’affermage.

En revanche, il n’existe pas d’informations consolidées au niveau national sur la performance des services d’eau. Même si les informations sur les actifs et la performance de 150 réseaux ruraux d’adduction d’eau sont collectées via une plateforme en ligne qui permet aux opérateurs privés de préparer des rapports de gestion à soumettre aux communes notamment. Pour le petit échantillon de systèmes inclus dans la base de données, le taux moyen de perte d’eau était de 33% (dans une fourchette de 20% à 55%). Le nombre moyen d’heures de service était de 5 heures par jour et 21% des systèmes n’avaient pas de système de chloration. Le programme d’investissement prévu par le gouvernement devrait permettre d’améliorer de manière considérable la situation actuelle de ces systèmes et bien entendu d’accroitre l’accès à l’eau.

Pour que le programme du Gouvernement soit un succès, il est évidemment important que la population puisse avoir accès à l’eau mais que cela puisse se faire de manière durable. Il est donc primordial que les opérateurs privés locaux soient en mesure d’exploiter les systèmes d’eau de manière professionnelle ce qui n’est pas encore tout à fait le cas aujourd’hui. Le programme que le gouvernement s’apprête à lancer avec ses partenaires au développement (notamment le Groupe de Banque mondiale) devrait permettre de remédier à cette situation. Le gouvernement prévoit notamment un programme de formation et d’accompagnement des opérateurs privés qui leur permettra de mieux se professionnaliser.

 

Quels sont selon vous les défis à relever ?

 

Comme indiqué précédemment, le Gouvernement du Bénin a débuté les réformes dans le secteur de l’eau en milieu rural en 2006 (participation du secteur privé en particulier). Cependant les efforts n’ont pas produit la totalité des avantages attendus en termes d’élargissement de l’accès, d’amélioration des services et de garantie de pérennité. Cela est particulièrement dû aux difficultés rencontrées par les communes lors de la conception, des appels d’offres et de la gestion des contrats basés sur la performance ainsi que de l’accomplissement de leurs obligations financières en termes d’investissement dans la réhabilitation et l’élargissement des systèmes d’approvisionnement en eau. De plus, la professionnalisation des services est restée limitée étant donné que les opérateurs privés existants et les autres fournisseurs de services travaillent à petite échelle et ont un accès limité aux financements que pourraient apporter les banques locales.

 

Quelle est la contribution de la Banque Mondiale pour le Bénin et quels sont les principaux résultats que vous attendez?

 

Le coût total du Programme est estimé à 240 millions USD. La Banque mondiale fournira la majorité du financement (prêt de 220 millions USD) tandis que le Gouvernement fournira 20 millions USD de ses propres ressources. Par ailleurs, la SFI, à travers le département spécialisé dans les PPP pour lequel je travaille, accompagnera le gouvernement dans l’identification d’opérateurs privés locaux qui permettront de mobiliser des fonds supplémentaires pour autofinancer une partie des investissements dans le renouvellement et la réhabilitation dans le cadre de leurs obligations contractuelles au titre de contrats de PPP par ailleurs.

Le projet pilote de mise en concession de 10 systèmes d’adduction d’eau sur lequel le Groupe de la Banque mondiale a travaillé entre 2012 et 2014 avec le Gouvernement du Benin, présente des résultats globalement satisfaisants en termes de service aux usagers et sera donc répliqué sur 60 sites au total.

En revanche, les résultats de la toute récente contribution du Groupe de la Banque mondiale ($220 million de prêt et accompagnement du Gouvernement dans la sélection d’opérateurs privés) que je viens de présenter, ne pourront se voir qu’après 2021. Après cette date, le Gouvernement devrait avoir atteint ses objectifs de couverture universelle.

Propos recueillis par Olivier ALLOCHEME

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