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Le triomphe de la vérité

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Rencontre entre le Chef de l’Etat et le Pape François: Talon parle de sa foi catholique, de ses réformes, des opposants, de l’église de Banamè et autres


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Patrice Talon sur Radio Vatican

A la faveur de sa récente visite d’Etat au Vatican, le Chef de l’Etat, Patrice Talon, a accordé une interview à Radio Vatican, au cours de laquelle il a abordé plusieurs questions dont l’église de Banamè, les réformes qu’il a entreprises au sommet de l’Etat, sa vision sur la gestion du Bénin et autres.

Radio Vatican : Vous êtes le président du Bénin, vous venez pour la première fois au Vatican. Vous avez rencontré le Pape. Comment ça s’est passé ?

Patrice Talon : J’ai eu le bonheur et la grâce de rencontrer le Pape, aujourd’hui, en tant que président de la République du Bénin, puis en tant que chrétien. Ça a été un jour de grâce. Et ça s’est très bien passé. J’ai eu le grand plaisir de découvrir la richesse du Vatican, la grandeur et la beauté des lieux sans oublier la grandeur de notre Pape. Ça a été pour moi, un plaisir énorme. Comme je vous le disais, ça s’est très bien passé. C’est vrai que j’ai eu le cœur qui battait fort. Parce que vous imaginez, dans nos rêves les plus lointains, on ne pense pas avoir l’occasion, un jour, de se retrouver au Vatican, en face du Pape. Surtout pour un chrétien né, parce que j’ai été baptisé depuis mon enfance. C’est donc pour ma foi, ma partie religieuse, un jour de grâce. Et surtout, en tant que président de la République, et vous savez que le Bénin est un pays très religieux. Nous avons trois grandes religions qui cohabitent pacifiquement (le catholicisme, l’islam et les religions endogènes). Nous avons tous l’esprit chrétien dans le pays. Les valeurs de l’Eglise Catholique sont partagées par tout le monde. En cela, la visite du président chez le Pape est un évènement national. Ça s’est passé dans les conditions les meilleures. Je ne m’attendais pas à mieux que ça. Et nos échanges ont eu lieu dans une grande convivialité. Nous avons parlé, religions, philosophie et nous avons aussi parlé réforme. Vous savez le Pape est un réformateur. Et il nous a invités à travailler pour le changement de paradigme de la mutation de nos pays afin que le développement social, économique et humain soit une réalité.

Votre pays le Bénin et le Saint Siège avaient signé en octobre 2016, un accord cadre. Où en est-on avec cet accord ?
L’accord cadre a été effectivement signé, depuis bientôt deux ans. Il reste à échanger l’instrument afin que cet accord entre en vigueur. Je crois que nos deux parties ont traîné un tout petit peu pour procéder à cet échange. Et ça va se faire dans les tout prochains jours. Donc cet accord entre en vigueur dans quelques semaines.

Votre visite entre-t-elle dans le cadre de la commémoration des 10ans de décès du cardinal Gantin, un digne fils du Bénin, du continent africain et de l’église ?
Oui. La visite se tient fort heureusement, dans cette période, où nous commémorons les 10ans du départ du Cardinal. Cette date a été fixée par le Vatican. Je ne sais pas si, c’est à dessein. Mais j’ai le bonheur de constater que c’est dans cette période où nous célébrons un fils du Bénin. Et je dois avouer notre fierté d’avoir eu ce grand homme qui a servi l’église et qui a servi le monde.

Il y a toujours cette cohabitation pacifique, au Bénin, entre les religions et l’État. Mais ces dernières années, il y a des nouvelles religions qui dupliquent. Par exemple la religion catholique avec notamment l’élection des papes au Bénin (pape Christophe 18), la nomination des évêques et des cardinaux. Cela n’entraîne-t-il pas une certaine confusion et amène par exemple des confrontations, des conflits ouverts pour déranger un peu la paix sociale dans votre pays ?
Oui. En tant que chrétien catholique, je peux déplorer l’évolution des églises qui peuvent entraîner certaines confusions. Mais en tant que président de la République, j’ai le devoir de protéger toutes les confessions religieuses, tous les courants religieux et j’essaie de satisfaire cette mission en faisant abstraction de mes propres intérêts d’appartenance à une religion. Ce n’est pas facile. Mais nous agissons pour éviter les conflits, les affrontements, de sorte que chacun puisse vivre sa foi en respectant l’autre. Je sais bien de quoi vous parlez. Ce schisme est apparu au sein de l’église catholique béninoise, parce que ceux dont vous parlez viennent de l’église catholique. Ce sont des choses qui relèvent de l’histoire des religions. C’est l’histoire du monde. Notre rôle est de veiller à ce que cela n’entraîne pas des affrontements. Nous y veillons.

Justement, vous déclarez ouvertement votre appartenance à l’église Catholique. Je suis très ravi. Vous dites aussi qu’au départ, il y a avait trois grandes tendances religieuses. Dans une vidéo qui circule sur le net, il y a une église ou une secte, excusez-moi pour le terme, qui réclame être à la base de votre élection à la présidence et qui dit que l’église Catholique par exemple, cherche à « récupérer notre fils ». Et cela ne vous a pas dérangé …
Oh non… Je m’en réjouis. Je veux bien être le fils de tous les Béninois, de tous les courants religieux, de toutes les pensées religieuses y compris même celles qui vont en compétition. Je suis né catholique et je suis Béninois. J’ai été soutenu par les Béninois et je veux bien que chaque Béninois s’identifie en moi parce que je m’identifie en chaque Béninois.

Vous avez dit que vous ne vouliez pas le culte de personnalité….
Je reste dans la même dynamique. J’ai voulu faire une révision constitutionnelle pour instaurer ce souhait que le peuple ou la rue ne soit pas instrumentalisé au profit du président, pour sa gloire et ses louanges. Je trouve que ça n’apporte rien au développement que de soutenir publiquement le président. Mais on ne peut pas empêcher de se manifester, d’exprimer leur sentiment surtout si aucun texte ne l’interdit.

Ces derniers temps, il y a eu des manifestations de soutien. Ça vous dérange ?
Je peux vous l’avouer. J’aurais bien voulu que ce ne soit pas le cas. Et c’est pour cela que j’ai souhaité que cela soit réglementé ou interdit carrément, de sorte que, même quand on a envie de le faire, on ne puisse le faire. Mais rien ne l’interdisant, vous comprenez combien il m’est difficile, de mes amis, des partisans qui se reconnaissent en moi, qui approuvent mes actions, de leur interdire à chacun, de se manifester. Je laisse faire parce que rien ne l’interdit désormais.

Que représente pour vous Nelson Mandela ?
C’est notre icône. C’est un modèle pour tous les Béninois, tous les Africains; j’allais même dire pour tous les hommes. Pour la qualité de l’homme, pour la grandeur de l’homme et pour ce qu’il a pu incarner pour nous les Africains. C’est notre icône qu’on reconnaît à travers sa personnalité et ses valeurs.

Comme lui, vous souhaitez faire mandat unique…
Je n’ai pas souhaité le mandat unique, je n’ai pas voulu la promotion de ce modèle de mandat unique pour imiter Nelson Mandela. Mais j’ai estimé en observant la vie politique de mon pays, en observant l’État de développement de mon pays, l’état de la gouvernance, la nécessité de faire des réformes difficiles voire impopulaires. C’est tout cela qui a motivé ce choix que j’ai proposé aux Béninois de mandat unique pour débarrasser nos gouvernants de toute tentation de populisme. Parce que quand on est dans la gouvernance et qu’on vise un second mandat, tous les paramètres de décisions sont fonction de cela. Souvent, ce n’est pas de nature à performer.

Est-ce pour répondre aux chefs d’Etats africains qui s’accrochent souvent au pouvoir ?
Je n’ai pas vocation à donner des leçons aux gens. Si ce que je fais peut servir de leçon, tant mieux. Le fait de faire plusieurs mandats, n’est pas en soi une mauvaise chose. Il y a bien des pays en Europe (Allemagne par exemple avec la chancelière Angela Merkel qui est dans son 4e mandat). Mais ce n’est pas pour autant que son action est négative pour le pays. Donc, ce n’est pas par principe. Chaque génération, chaque communauté par période, peut identifier ce qui est convenable pour son développement et réparer ses tares. Moi, j’ai estimé que dans l’état actuel de mon pays, compte tenu de ce que le populisme est devenu le seul mode de gestion du pays, pour ne pas compter que sur la bonne volonté du gouvernant, ce qui peut évoluer dans le temps, j’ai souhaité que la constitution limite le mandat à un pour les réformes nécessaires à l’étape actuelle à laquelle nous sommes.

«C’est ma volonté de reformer qui irrite la classe politique»… Je vous cite.
Je continue d’y penser.

Expliquez-nous un peu…
Vous savez, reformer la vie politique sans toucher à l’intérêt des acteurs politiques, ce serait de l’utopie. Donc, je comprends que les acteurs politiques soient irrités par certaines réformes que je souhaite instaurer mais qui ont tendance à gêner le confort de la classe politique de mon pays.
Au Bénin, on peut exercer le pouvoir et quelles que soient les erreurs, les actes qu’on a pu commettre, on est impuni à jamais. On ne rend compte de rien. C’est quelque chose qui n’est pas favorable à la bonne gouvernance. Aujourd’hui, je m’attaque aux travers de notre société, de la gouvernance, afin que les gens répondent de leurs actes et cela me génère quelques remous. Ce qui est normal.

Il y a des remous, des manifestations. Cela ne vous dérange pas non plus?
Ça veut dire que nous agissons. Si malgré notre situation où rien ne va, tout nous manque, une situation dans laquelle nous savons que nous sommes les seuls responsables de notre sous-développement, de notre pauvreté, et que nous agissons sans que nous ne sentions que nous sommes dans l’effort, cela veut dire que nous ne faisons rien. On ne peut pas faire d’effort sans le sentir.

Vous avez dit être fatigué de voir les Béninois aller se soigner hors du pays et souhaitez doter le Bénin d’infrastructures sanitaires capables de soigner ses propres fils. Où est-ce qu’on en est avec le projet ?
Oui. Notre offre sanitaire au profit de notre population n’est pas à la hauteur des attentes. Nous avons une carte sanitaire qui n’est pas mal. Notre pays ne manque pas d’infrastructures. Il faut l’avouer. Mais les hôpitaux et centres de santé ne fonctionnent pas bien. De sorte que l’offre de soins n’est pas de qualité. Et dans cette situation, ceux qui ont les moyens de se faire soigner hors du Bénin se retrouvent être les privilégiés de ce système. Le président de la République, les membres du gouvernement, leurs proches, leurs parents, les fonctionnaires y ont droit et bénéficient des évacuations pour le moindre bobo et cela ne concerne qu’une très petite minorité. Alors que le grand nombre est sujet, même une simple maladie est sans soins et le palu fait beaucoup de dégâts. Pour peu que nous parvenons à consacrer nos ressources pour améliorer l’offre de santé, nous allons résoudre les problèmes de santé pour un grand nombre. C’est en cela que j’ai décidé de réduire les fonds consacrés aux évacuations pour les consacrer à l’amélioration de notre système de santé.

Et ça marche?
C’est en train. Nous avons déjà, en deux ans, réduit de plus de la moitié notre budget consacré aux évacuations. Et cela, nous investissons dans l’amélioration de l’existant.

Monsieur le président, je vois l’Afrique à partir du Bénin. Pas d’opposants en prison, pas d’opposants en exil depuis que vous êtes devenu président ?
Non. A ce que je sache, il n’y a pas d’opposants en prison, il n’y a pas de prisonniers politique au Bénin. Ça fait longtemps que nous avons rompu avec cela.

Dans quel habit, entre celui du business man ou du politicien, vous sentez-vous à l’aise ?
Président de la République du Bénin pour l’heure. J’ai changé de vie depuis. Je fais tout avec passion et détermination. J’ai été opérateur économique avec une grande volonté de réussir. Ce qui me motive, c’est le succès. Et cette motivation est la même, aujourd’hui, dans ma fonction. Je veux réussir. Et je fais tout pour. Réussir, c’est transformer mon pays, réussir à donner une nouvelle dynamique, vaincre la pauvreté… En tout cas, lancer mon pays sur la voie du développement. Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on peut transformer tous les Béninois. On ne peut changer le sort de tout le monde, passer de la pauvreté à l’aisance. Non. Mais nous pouvons aborder une autre phase de la vie du Bénin. C’est à dire, cette vie à laquelle le Bénin peut espérer pour chacun de ses enfants et sortir de la pauvreté. Je m’y emploie.

Votre exemple personnel par rapport à la jeunesse. Que ce soit la jeunesse béninoise ou africaine….
Moi, j’ai eu une enfance et une jeunesse heureuses. Parce que de notre temps l’espoir était permis. Et c’est cela qui fait défaut aujourd’hui. Mais jeune, on est plein de volonté, de talent et on n’apprécie pas beaucoup le risque. Autant de choses qui permettent l’excellence. Il faut donc que le Bénin redonne espoir à la jeunesse afin que celle-ci s’exprime sans limite dans tout ce qui relève de son potentiel. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Mais nous, nous œuvrons à redonner espoir à la jeunesse. Afin qu’elle s’exprime et qu’elle conduise le développement du pays comme c’est le cas partout dans le monde.

Que diriez-vous pour conclure cet entretien ?
Le besoin de réforme. Je parle de cela sans me lasser. Parce que c’est la seule chose qui permettra aux pays africains de sortir de la pauvreté et d’amorcer enfin une phase de développement et de prospérité socioéconomique. Vous savez, j’aime bien le dire, les Africains, nous sommes pareils aux autres. Nous pouvons donner le meilleur de nous-mêmes, nous pouvons être meilleurs que les autres. Mais il se fait que c’est seulement hors du continent, hors de nos pays que cela se constate. La raison est très simple. Dans nos pays, la gouvernance est le seul facteur négatif de l’état dans lequel sont nos pays. Ce n’est pas la qualité des uns et des autres pris individuellement. Il faut donc réformer nos pays, mais en réformant la gouvernance. Et cela, je ne manque aucune occasion pour parler du bien-fondé des réformes. D’ailleurs, le monde progresse par les réformes. Nous sommes au Vatican. Le peuple de Dieu aussi a progressé dans le temps avec les réformes. Jésus était un réformateur. Il a remis en cause les concepts de l’ancien testament. Et cela, il faut que les chrétiens fassent, de ce fait aussi, la promotion des réformes dans leur pays. Parce que l’église catholique n’était pas telle qu’elle est aujourd’hui. On voit bien que ce n’est pas exactement ce qu’elle était au début. Donc, les réformes concourent au progrès de l’humanité, au progrès de la foi et au progrès de la créature de Dieu que nous sommes.

C’est tout honneur pour moi de m’exprimer sur Radio Vatican. Merci et à très bientôt.

Transcription : Anselme HOUENOUKPO

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