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Le triomphe de la vérité

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Edito: Si j’étais Yayi


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Il n’y a pas eu d’hélicoptère dans le ciel de Parakou, ce samedi. N’empêche, le grand monde qui a fait le déplacement de la place Bio Guèra, aura permis à l’ancien président, Boni Yayi, de faire son retour dans l’arène. Et pour un retour, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne fut pas vraiment tonitruant : et c’est un euphémisme.
Contrairement à ce qu’attendaient la plupart des congressistes, l’homme ne s’est nullement lancé dans de grandes démonstrations anti-Talon. Malgré la virulence des discours de ceux qui l’ont précédé à la tribune, l’ancien président est resté dans un registre plutôt courtois, allant jusqu’à professer l’unité nationale. Ce n’est plus le Boni Yayi du 1er août 2012 qui menaçait de faire venir ses « frères du Bénin profond » pour régler leurs comptes à tous les hurluberlus qui tentaient de flétrir sa pratique politique. Ce n’est plus le Boni Yayi qui menaçait de bondir…
Tous ceux qui s’attendaient à une offensive rhétorique pour vilipender le régime Talon ont été déçus. Il n’y a pas eu d’envolées lyriques sur la hausse du chômage, l’aggravation de la mauvaise gouvernance ou les salaires politiques exponentiels. A peine a-t-on pu l’entendre évoquer subrepticement la situation des travailleurs des sociétés publiques licenciés. Au contraire, on l’a vu reconnaître que la gestion d’un Etat n’est pas aisée. Il est allé jusqu’à féliciter le régime pour le projet de loi sur la nouvelle charte des partis, projet que certains de ses partisans avaient déjà commencé à vilipender avant même qu’il ne soit discuté à l’Assemblée nationale.
De fait,on se demande bien pourquoi l’ancien président n’a pas profité de la crise sociale ambiante pour une violente charge anti-Talon. Celle-ci pourrait bien galvaniser les travailleurs dont certains ne manqueraient pas de voir en lui un messie. Il ne l’a pas dit publiquement, mais on serait bien naïf de croire qu’il ne l’a pas pensé, ou qu’il ne l’a pas fait dire et redire à temps et à contretemps par ceux dont c’est le travail.
La vision et l’action politiques de Boni Yayi ne se trouvent pas vraiment là où on les attend.Elles jouent beaucoup plus dans les jeux de couloirs, les feintes allégoriques et souterraines qui ont le mérite de surprendre un adversaire étourdi ou naïf. Yayi n’est pas un tribun ni un grand théoricien mais un pragmatique (j’allais dire un pragmaticien) qui sait user des nombreux réseaux qu’il a construits et qu’il entretient sans relâche, pour se faire entendre. L’homme sait se cacher et jouer le jeu de la finesse. Une certaine tentation de ressembler à Mathieu Kérékou passé maître dans l’art de la dissimulation et de la surprise, mais une véritable incapacité à résister aux appels des arènes.
C’est d’ailleurs à ce niveau que se trouve le problème Yayi. Que cherche-t-il encore en politique ?Il est vrai qu’après avoir goûté aux délices du pouvoir pendant dix ans, il croit finalement être devenu indispensable aux siens. Mais concrètement, tous ceux qui chantent ses louanges veulent exploiter son image pour conquérir un espace politique qui lui a définitivement échappé. Boni Yayi peut bien briguer un fauteuil de député et l’emporter dans la huitième circonscription électorale s’il le veut, ou même dans la dixième où il prend déjà des tentacules en se faisant construire une sorte de maison de campagne à Savè. Mais concrètement, que chercherait-il encore, après avoir dirigé le pays pendant dix ans, à arpenter les allées du Palais des Gouverneurs ? Oui, pour certains, la situation du pays serait si délétère qu’il faudra qu’il vienne nous « sauver ». Et pour d’autres, il doit participer à un hypothétique coup de force destiné à mettre fin au régime actuel, comme cela se murmure dans certains Etats-Majors. On le sait, tout cela n’est qu’une pure farce qui a malheureusement le don de faire croire au taureau de Tchaourou qu’il reste encore incontournable.
La réalité est que Boni Yayi, bien qu’étant au pouvoir n’a pas pu empêcher son pire ennemi de gagner les élections, malgré tous les moyens et toute la fougue qu’il y a mis. Même venant d’exil, Patrice Talon a fait mentir toute sa stratégie politique et conquis une bonne partie de son fief.Et désormais, il détient tous les leviers du pouvoir.
Non, Boni Yayi devra cesser de se faire trop d’illusions. S’il rêve de vengeance, il risque d’être amèrement déçu.Et les Béninois vont bien profiter de ses milliards pour régler leurs problèmes par ces temps de crise.

Par Olivier ALLOCHEME

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