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Le triomphe de la vérité

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Edito: Grève et entreprise privée


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Le verdict de la Cour Constitutionnelle laisse planer un double régime de droits syndicaux au Bénin. D’une part, il y a ceux qui, selon la loi, n’ont pas droit à la grève. C’est la catégorie concernée par la loi 2011-25 du 26 septembre 2011 portant Règles générales applicables aux personnels militaires, des forces de sécurité publique et assimilés. Cette loi jugée conforme à la constitution dispose en son article 9 : « Les personnels militaires des forces de sécurité publique et assimilés sont tenus d’assurer leur mission en toute circonstance et ne peuvent exercer le droit de grève ». Voilà une loi reconnue conforme à la constitution par la Cour Constitutionnelle qui interdit à des citoyens d’ « exercer le droit de grève ».
D’autre part, il y a les autres pour lesquels la cour demande à l’Assemblée nationale de veiller à accorder le droit de grève, quitte à l’encadrer. En attendant d’avoir la teneur même de cette décision prise par la Cour, il faut se demander ce que pourraient faire les militaires, les policiers, les douaniers qui sont privés du droit de grève alors que la cour dit désormais que tous les citoyens devraient en jouir. Que se passerait-il lorsque les militaires, refusant d’être traités comme citoyens de seconde zone, se retrouvent subitement à exiger d’avoir les mêmes droits que tout le monde ? Que se passerait-il lorsque les douaniers, arguant d’avoir été injustement privés de leur liberté en 2011, décidaient d’aller en grève, en défiant la loi et surtout en respectant la nouvelle jurisprudence de la Cour qui leur en donne le droit ? L’autorité pourra-t-elle légalement les sanctionner, étant entendu que subitement la loi qui les concerne est devenue anticonstitutionnelle après avoir été conforme à la constitution depuis sept ans ? La décision de la cour crée une insécurité juridique dont les conséquences sont encore imprévisibles.
La cour des miracles avait, par le passé, déjà trouvé une subtilité absconse pour déclarer de quarante ans toute personne ayant 39 ans plus une seconde. Elle a trouvé le moyen de dire une chose et son contraire, concernant les travailleurs de la même fonction publique. J’attends de voir ce qu’elle dira pour justifier sa nouvelle jurisprudence.
C’est qu’elle ouvre en fait une boîte de Pandore que peu de gens voient. Dans le secteur privé, le nombre relativement restreint de véritables entreprises permet à la loi de n’avoir aujourd’hui qu’un écho limité. Mais imaginons un seul instant qu’on permette aux employés de se rebeller à tout propos et d’être au surplus protégés par la loi. Ce qui se passera, c’est bien sûr la fermeture de l’entreprise ou l’abandon des chantiers.
Nous en voyons l’illustration quotidienne lorsque les entreprises chinoises viennent à prendre des chantiers d’infrastructures chez nous. Plus d’une fois, les Béninois se révoltent contre les conditions pour lesquelles ils se sont pourtant engagés. Le Béninois, connu pour sa propension à se révolter à tout propos, étonne les Chinois qui sont prêts à tout pour avoir les meilleurs résultats, y compris à sacrifier leur confort. Ce qui chez nous est perçu comme un esclavage intolérable est vu comme une preuve de qualité et de professionnalisme en Chine. On n’est donc pas étonné que les produits chinois inondent le marché béninois. Et c’est bien pourquoi aussi, presque tous les jours, des commerçants béninois vont s’approvisionner en Chine en produits bon marché qui sont écoulés ici même. On construit en Chine un échangeur en moins de trois mois, alors qu’il a fallu plus de deux ans pour finaliser celui de Godomey, avec l’aide des ouvriers béninois. Tout le monde peut voir que les Chinois emploient, à juste titre, peu de travailleurs béninois sur nos chantiers.
Il en est des chantiers routiers comme des autres entreprises privées. Celles-ci sont exigeantes en termes d’engagement au travail, de sacrifice de soi et de professionnalisme. Tout chef d’entreprise vous dira que le droit de grève, tel qu’il est brandi et galvaudé dans la fonction publique, constitue un poison pour le secteur privé.
Au vrai, aucun chef d’entreprise ne peut l’accepter s’il veut réellement aller de l’avant, sauf à conclure avec son personnel des arrangements particuliers, en priant que la béninoiserie n’éveille pas les démons de la méchanceté chez ses collaborateurs. Il n’y a rien de plus dangereux pour une entreprise privée que cette culture béninoise de la fronde et de la paresse.

Par Olivier ALLOCHEME

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