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Le triomphe de la vérité

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Edito: Macron, du mythe à la désillusion


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Le 07 mai dernier, les Français ont choisi Emmanuel Macron comme leur Président. Sa victoire, bientôt suivie de la victoire aux législatives de son parti, La République En Marche (REM), avait semblé présager un renouvellement et même une révolution de la politique, de la société et de l’économie française. C’était du moins la promesse du candidat inscrite dans son livre de campagne intitulé « Révolution ». Il y affirmait justement que les Français aspiraient au changement, sans vraiment le vouloir.
Trois mois plus tard, les fruits n’ont pas vraiment tenu les promesses des fleurs. En fait, les sondages montrent que les pétales sont en train de se faner. D’après l’Institut français de l’opinion publique (IFOP), en juillet, le nouveau président est tombé de 64% d’opinion favorable à 54% avant que d’autres sondages, plus récents, ne le situeent à 43% puis à 36%. Si la lune de miel d’un Chef d’Etat s’achève tôt ou tard, celle de Macron s’est arrêtée très tôt avec plus de bruit que d’ordinaire. Comme l’a noté Jérôme Fourquet, directeur de l’IFOP, cette chute a été la plus dramatique depuis 20 ans, pour un président français. Il y a un sentiment de suspicion autour de la véritable nature de la révolution promise par Macron.
La source de la révolution démocratique vantée par le président français, était la société civile. Les Français, avait-il déclaré, étaient fatigués des partis traditionnels, de gauche ou de droite. Comme ses adversaires d’extrême droite Marine Le Pen et d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon, Macron a proposé une espèce de « dégagisme », qui permettrait de jeter dehors l’ancienne classe politique. Il avait dénoncé dans son ouvrage « les mêmes visages et les mêmes hommes » qui continuent à appliquer « les recettes du siècle passé » pour régler les grandes difficultés de notre époque. En votant pour son parti fraichement créé, les électeurs voulaient envoyer un message aux politiciens professionnels dont les places ont été prises désormais par des amateurs venant pour la plupart de la société civile.
Mais depuis qu’ils sont en place, les Macronistes ont soulevé des doutes profonds sur les vertus de l’amateurisme en politique. Durant la session d’été qui s’est achevée le 9 août dernier, les députés REM se sont plus fait remarquer par leurs couacs que par leurs réalisations réelles. Entre autres balourdises, on peut noter par exemple le cas de ces députés arrivés en retard au parlement et qui votent sans comprendre contre les propositions de leur propre parti. Sans compter les balourdises de François de Rugy, 45 ans et Président de l’Assemblée nationale qui, s’il ne se paie pas la tête des députés de son propres camp, s’en prend à ses collègues communistes qualifiés de « chiants ».
En dehors de ces erreurs de débutants et de la mauvaise compréhension des procédures parlementaires, le règne de la société civile au sein du parlement pose problème. Dans une récente étude, Luc Rouban, spécialiste de sciences politiques, a minutieusement disséqué la composition des députés En Marche. D’un âge moyen de 46 ans, ils sont dramatiquement plus jeunes que les députés provenant des partis traditionnels. L’âge moyen des représentants socialistes est d’environ 55 ans, dépassant de deux ans celui des députés du centre droit ou de l’extrême droite. Plus de la moitié des députés En Marche sont novices au Parlement, contrairement aux socialistes par exemple dont seulement 7% sont des nouveaux venus, pour 2% au niveau de la droite traditionnelle. Il en est de même au niveau de la répartition des genres. Les femmes constituent 47% des députés En marche, contre 40% pour les socialistes et 23% pour la droite et le Front National. Mais le plus grand séisme est ailleurs. Alors que depuis les années 1980, le parlement français est dominé par la classe moyenne, l’écrasante majorité des députés En Marche (qui font 70% de l’assemblée nationale française) viennent de la haute classe moyenne française, avec des CV hérissés de masters et d’expériences de start-up. C’est ce que Luc Rouban a pu appeler « une démocratie sans le peuple ». L’ironie du sort, c’est qu’on a semblé dire que le bas peuple a été le moteur de la montée en puissance de la REM. Il fallait aussi remarquer qu’aux législatives, remportées par Macron avec 308 des 470 sièges de l’assemblée, l’abstention avait atteint un record historique de 57%.
En clair, l’élite des entrepreneurs et autres professions libérales, a pris le contrôle de l’assemblée nationale autrefois peuplée de fonctionnaires. Il ne faut donc pas s’étonner qu’elle prépare pour le pays une rupture avec la « France d’en bas », comme disait l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Une désillusion en perspective.

Par Olivier ALLOCHEME

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