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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec le directeur Alexandre Alovokpinhou: « Le Centre médical St Joseph Sô- Tchanhoué est dans l’agonie »


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Alexandre Alovokpinhou, Directeur du Centre médical St Joseph Sô-Tchanhoué.

Le directeur du centre médical St Joseph de Sô-Tchanhoué, Alexandre Alovokpinhou,nous a accordé un entretien dans lequel il lance un appel aux bonnes volontés à venir au chevet de ce centre au service des 118.547 habitants de la commune lacustre de Sô-Ava. L’administrateur- gestionnaire des hôpitaux qui, depuis le 1er octobre 2015, dirige ce centre dépourvu de tout et au bord de l’agonie, revient en détail sur les difficultés que bravent les femmes et hommesqui y travaillent pour sauver des populations en situation d’urgence permanente.

L’Evénement Précis: Alexandre Alovokpinhou, comment est né le Centre médical Saint Joseph de Sô-Tchanhouédont vous assurez la direction ?

Alexandre Alovokpinhou: C’est un centre confessionnel créé par l’archidiocèse de Cotonou depuis plus de 32ans. Ce centre est une volonté de la population lacustre et de l’Eglise représentée par Mgr de Souza, qui ont vu le besoin des populations qui mouraient d’épidémies, surtout du choléra. Cette population souffrait du manque d’eau potable, de centre de santé, d’éducation. L’option de l’église étant de secourir les plus pauvres, Mgr de Souza a priorisé cette population vulnérable. La volonté du peuple a fait que l’Assemblée révolutionnaire a décidé d’octroyer un terrain de près d’un hectare à l’église catholique pour l’installation d’un complexe sanitaire pour desservir les populations lacustres, depuis le lac Nokoué jusqu’à la vallée de l’Ouémé. Les populations se sont mobilisées autour de ce projet avec Mgr de Souza. Ainsi la construction de l’hôpitaln’a pas nécessité de débourser de l’argent pour le sable et l’eau. Le centre médical St Joseph de Sô-Tchanhoué a été mis en place avec le financement des partenaires que Mgr de Souza a trouvés en France et en Hollande. Des volontaires français y ont aussi participé énormément. L’édifice a été inauguré, le 19 mars 1985, en présence de Mgr de Souza et de plusieurs personnalités politico-administratives d’alors.

Quels services étaient alors disponibles ?
A la création, c’était beaucoup plus la médecine parce que la médecine était la priorité. C’est après que la maternité a suivi. Vous savez, l’impact de l’environnement sur la santé de la population, c’est beaucoupplus les problèmes de santé liés à l’anémie, aux infections pulmonaires et au paludisme. Lorsqu’on l’a créé, Mgr de Souza a su mobiliser autour de ce centre des partenaires. Il y a une association appelée l’association de soutien de Nantes qui s’est formée sur demande de Mgr de Souza, parce que la population n’avait pas les moyens de payer les soins. Il a donc mobilisé autour de ce centre, ces partenaires. Le centre s’est imposé et les populations l’appellent le Cnhu du lac. Aujourd’hui, je puis vous dire que ce centre a eu d’autres services. Il y a la maternité qui a suivi le dispensaire, la création d’un laboratoire pluridisciplinaire, nous avons eu la vaccination, la pharmacie et tout ce qui est service et permet à un centre de fonctionner. Il s’agit de la gestion des dossiers, la barque, un groupe électrogène, etc. Tout ce système a été mis en place pour aider la population. Même pour laprise en charge des malades, à l’origine, la population allait chercher de l’eau pour que les agents de santé se lavent. Même s’ils n’ont pas les moyens, ils vont chercher du sable pour remblayer en contrepartie. C’est l’aspect original de ce centre qui m’a touché énormément.

Dans quel état était le centre lorsque vous l’avez pris en main ?
Après 30 ans de vie, ce centre, faute d’accompagnement, était dans un état comateux. Mgr Antoine Ganyé, soucieux des problèmes de santé publique qu’engendrerait la fermeture de ce centre et dans le but de pérenniserles œuvres de son prédécesseur Mgr de Souza, m’a fait appel. Ma mission, c’est restaurer le centre médical St Joseph de SôTchanhoué dans son esprit originel communautaire, et de servir les populations. J’ai reçu l’appel, et étant fils de l’Eglise, j’ai accepté aller sur le lac pour réhabiliter cette maison et la redimensionner pour qu’il serve les plus pauvres, et parvenir à ce que l’Etat prenne ses responsabilités, parce que c’est son rôle. C’est la mission que j’ai reçue et c’est ce que je m’attelle à faire depuis mon arrivée.

Qu’est-ce qui s’est passé depuis lors ?
Quand j’ai pris ce centre, d’abord nous avons restauré la qualité parce que le lac n’est pas différent de la terre ferme. Ce n’est pas une autre république. Nous avons mis en place un système de qualité qui permet d’avoir des agents qualifiés, disponibles et qui sont prêts à faire face aux épidémies, aux maladies les plus courantes du milieu lacustre, mais aussi à faire face à cette porte largement ouverte sur le Nigéria, parce que les trafics se font par le Nigéria, et que la majorité des habitants ont leurs activités sur le Nigéria. Pour faire face à ces défis, il faut mettre en place une équipe non seulement compétente, mais aussi proactive. Nous nous sommes attelés à faire cela, à rendre le laboratoire fonctionnel 24h sur 24, à rendre la vaccination disponible tous les jours parce que ça se faisait deux jours par semaines avant mon arrivée. Nous avons médicalisé les gardes. Nous avons trouvé des médecins qui travaillent la nuit. Nous nous sommes arrangés pour avoir une sage-femme, la nuit, à la maternité. Parce que, l’Etat ayant fait des recrutements massifs, tous ceux qui travaillaient-là ont décidé de partir. Le centre était vide de compétences. L’équipe qui est là actuellement est dévouée à faire le travail.

En dehors du choléra, cyclique dans la zone, à quelles autres affections sont confrontées les populations ?
La prestation étant continue à Sô-Tchanhoué, l’Etat a vu juste d’y installer ses programmes pour le bien-être des populations. Depuis 1995, nous sommes le centre de dépistage et de traitement de tuberculose de tout le lac Nokoué. Nous sommes un site de prise en charge des personnes vivant avec le VIH. Nous sommes une banque de sang.Nous sommes la compétence pour la prise en charge desurgences liées au paludisme et à l’anémie graves. Etant donné que nous sommes un centre du genre, l’une des maladies les plus courantes que nous avons est le paludisme grave. Malgré tous les programmes de l’Etat à distribuer les CTA, les moustiquaires, les moyens énormes que l’Etat déploie, il y a énormément de cas de palu, d’anémie. Nous transfusons en moyenne une vingtaine d’enfants par semaine. Il ya des week-ends où on transfuse dix enfants.

Avez-vous un grand nombre de décès maternels et infantiles ?
Les décès maternels dans le centre, non mais sur le lac, oui en allant vers un centre de référence sur la terre ferme. Les causes principales sont l’absence de barque ambulance et l’absence de bloc opératoire. A ce jour, cette population de près de 120.000 habitants ne dispose pas de bloc opératoire dans son centre de référence. Les décès infantiles sont nombreux dans les maisons, le centre mais aussi sur le lac après évacuation. Nous ne disposons pas d’un service de néonatologie et pédiatrique digne pour la prise en charge optimale des enfants sur le lac. Imaginez un enfant né de faible poids, un enfantoxygéno-dépendant, un enfant ayant un neuro-paludisme ou une anémie palustre qui arrive tardivement dans le centre après avoir parcouru les cabinets illégaux du lac et par la suite est évacué sur Cotonou sans une barque ambulance. A vous d’apprécier.

De quels accompagnements bénéficiez-vous du ministère de la santé ?
Le ministère de la santé fait un appui technique surtout les supervisions, et les formations. Sur le plan médico-technique et financier, c’est comparable à une goutte d’eau dans la mer.

De quoi avez-vous le plus besoin aujourd’hui pour améliorer les performances du centre au profit des populations ?
Pour être plus précis, nous avons besoin d’un appui médico-technique, d’une part puisque la majorité des matériels sont amortis et d’un appui financier, d’autre part. Les partenaires techniques et financiers de notre pays, surtout l’Unicef, peuvent se pencher particulièrementsur notre cas en nous aidant dans la prise en charge des activités essentiellement gratuites(vaccination, tuberculose et VIH sida). Je précise que tous les agents du centre sont payés sur fonds propres et rendent des services essentiellement gratuits. C’est paradoxal.

De quels autres types d’appuis a besoin ce centre?
Ce centre sans subventions ne peut, sur la base de ses recettes, payer les agents, surtout les agents qualifiés, encore moins acheter les médicaments. Ce n’est pas possible. Les agents de l’Etat sont payés mais malgré cela, ils bénéficient de l’appui del’Etat. Un bilan prénatal coûte 3200 à Sô-Tchanhoué. L’échographie, que moi-même je fais coûte 4.000 francs CFA.Il y a une urgence de réhabilitation de ce centre. Les bâtiments ont été construits sur pilotis depuis une trentaine d’années. L’Etat devrait s’approprier ce centre dans un partenariat public-privé avec l’archidiocèse de Cotonou pour booster l’existant. Parce que l’expérience existe déjà, les bâtiments existent, les programmes de santé aussi. Ce qu’il reste, c’est réhabiliter ce centre et le doter des moyens et équipements nécessaires pour faire face à cette population qui, d’ici à là, va doubler, puisqu’une femme en moyenne a 8 à 10 enfants.

Un des problèmes du lac, c’est la malnutrition qui y sévit. Parlez-nous-en
Au lieu de reculer, la malnutrition sur le lac est en train de prendre de l’essor. Parce qu’il y a de moins en moins de poissons dans le lac. Le peu qu’ils trouvent, vous allez les voir le vendre à Sô-Ava, Akassato, Calavi, Cotonou pour se procurer du poisson importé. Il y a plusieurs cas dans l’hôpital où nous les agents, nous mettons la main à la poche pour pouvoir sauver les enfants. La fois dernière, nous avons eu un cas de méningite. On est allé jusqu’à l’archevêché à Cotonou pour prendre de l’argent pour sauver l’enfant. L’absence de barque-ambulance pour référer le malade en cas d’urgences, engendre beaucoup de perte en vies humaines sur le lac. Tous les agents peuvent vous dire ce qu’ils endurent. Ils préfèrent rester affamés pour sauver la population. Il y a vraiment la souffrance et il y a l’urgence d’aller au secours de cette population. La mairie en est consciente mais n’a pas de moyens. A part ça, le centre de santé de Sô-Tchanhoué a pour ambition aujourd’hui d’être l’hôpital qui dessert les populations lacustres dans tous les services. Le lacustre a de la peine à prendre sa barque pour aller se soigner à Cotonou. Nous avons eu des cas que nous avons référés mais qui ont préféré prendre leur pirogue pour rentrer mourir chez eux, parce qu’ils sont choqués par la prise en charge dans ces structures sanitaires sur terre ferme. Parce que celui qui vit leur souffrance a une manière de les prendre en charge. Nous avons intégré les populations pour pouvoir les prendre en charge. Et pour mieux prendre en charge cette population, je pense que les services doivent être rapprochés d’elles. C’est cet appel que je lance. Le conseil des ministres a décidé en procédure d’urgence de sauver le Chumel parce qu’ils ont crié haut et fort. Moi, directeur du centre de santé de Sô-Tchanhoué, je dis au gouvernement qu’il y a urgence pour une population de 120.000 habitants qui vit sur le lac et qui fait avec ce qu’elle a. L’urgence est aussi sur le lac et j’invite les autorités à venir sur le lac faire une évaluation médicotechniquede ce centre pour pouvoir accompagner le diocèse.

Quelles autres difficultés vivez-vous ?
J’ai eu l’occasion de recevoir le directeur général de la Sbee qui était étonné de voir ce patrimoine fonctionner grâce à l’énergie solaire pour lequel l’archevêché est obligé de débourser de l’argent, parce qu’on ne peut pas prendre les gens en charge dans la nuit noire. Nous avons un groupe électrogène et nous avons l’énergie solaire, mais c’est très coûteux. En plus de cela, nous avons des difficultés liées à l’eau. Nous avons un château dont l’eau n’est pas potable. Nous utilisons cette eau mais sa qualité ne nous permet pas de faire certaines choses. Nous buvons de l’eau en bouteille et de l’eau en sachet plastique communément appelée ‘’pure water’’. Nous nous lavons les mains avec. Ça pose un véritable problème et je lance un appel aux services de l’eau de l’Etat qui devraient s’assurer que les hôpitaux ont de l’eau potable. Il y a ces services de base qui doivent être pris en charge. La gestion des ordures et des déchets médicaux doit être une priorité, surtout dans ce milieu. Il faut déplacer les déchets jusqu’à Sô-Ava pour les incinérer. Nous n’avons pas d’incinérateur dans cet hôpital. Ce n’est pas normal.

Auriez-vous un appel à lancer ?
Je vous remercie pour l’entretien que vous m’accordez pour donner plus de visibilité au centre médical St Joseph de SôTchahoué. Je remercie également l’archidiocèse de Cotonou,plus particulièrement Son Excellence Mgr Roger Houngbédji et son équipe pour l’engagement au service des pauvres. Je remercie aussi tous mes collaborateurs pour leur dévouement et engagement au travail. Je vous dis courage et bravo, vos peines ne seront pas sans récompenses, il y a toujours de l’espoir.Je ne saurai finir sans lancer un appel à toutes les filles et tous les fils Toffin d’ici et d’ailleurs à se mobiliser pour soutenir le centre médical Saint Joseph de SôTchanhoué, votre centre « AGUEGBODJI ». A l’endroit des ONG et des fondations soucieuses de la vie de la mère et de l’enfant, venez à notre secours.Aux autorités politico-administratives de notre pays, particulièrement le chef de l’Etat Patrice Talon et son gouvernement : je vous invite à vous pencher à titre exceptionnel sur le cas du CM ST Joseph de SôTchanhoué, unique centre de référence du lac.

 

Entretien enregistré par Flore S. NOBIME

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