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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec l’ancien président Nicéphore Dieudonné Soglo: « Il est normal que Sasakawa vienne au secours du Bénin »


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Nicéphore Soglo epLa vision du chef de l’Etat Patrice Talon de faire du secteur agricole le pôle du développement économique a de belles perspectives devant amener à sa concrétisation. L’Association Sasakawa pour l’Afrique, reconnue pour ses nombreuses prouesses dans ce secteur, s’est engagée dans la relance du secteur pour le bien-être des petits producteurs. L’initiateur de l’arrivée de cette délégation Sasakawa au Bénin est le président Nicéphore Dieudonné Soglo, membre du Conseil d’administration de l’Association, a réaffirmé toute sa confiance à l’engagement de cette association bienfaitrice. Au détour d’une interview, le président Soglo soutient l’apport de l’Association au développement du secteur agricole et à l’application des projets de ce secteur avec le Programme d’actions de son gouvernement.

L’Evénement Précis : Monsieur le Président, vous avez reçu la présidente du Conseil d’administration de Sasakawa, Ruth Oniang’o. Quel est pour vous l’intérêt de cette visite, en tant que membre de cette association ?

Nicéphore Dieudonné Soglo : J’ai eu la chance d’être membre du Conseil d’administration Sasakawa qui est une organisation créée par le milliardaire japonais du nom de Sasakawa. C’était au moment de la grande sécheresse, ce dernier a créé cette association en 1984, à l’époque, quand il y avait des millions de victimes dans le Sahel et des milliers de victimes en Ethiopie. Le monde entier assistait ces morts. Les plus grands artistes américains ont créé une chanson « We are the world », qui a fait le tour du monde. A Tokyo, quand le milliardaire japonais voyait cette chanson passer à la télévision. Il s’est dit que tout l’argent qu’il va envoyer et nourritures risquent d’aller dans les poches de quelques individus. Moi, par contre, je sais que pendant la guerre froide, le plus grand savant agricole que le monde ait  jamais connu, c’était  Norman Borlaug. Il a reçu le prix Nobel de la paix et Nobel n’ayant pas créé de prix Nobel de l’agriculture, c’est lui qui l’a fait. Les américains craignaient que l’Inde ne  tombe pas du côté de la Chine ou de l’Union Soviétique. Il faut qu’un savant hors du commun puisse sauver ces milliards d’habitants de la misère. Norman Borlaug, qui est un génie hors pair, a mis au point des variétés à haut rendement de blé, de maïs, de manioc, de riz, de pommes de terre, etc. C’est à partir de là qu’il a sauvé l’Inde de la terrible misère et de la famine qui avait tué des milliers de personnes en Ethiopie et dans le Sahel. Il a fait la même chose au Mexique qui est en frontière avec les Etats-Unis. Mais, quand ce milliardaire a vu ces morts en Afrique, au lieu d’envoyer de l’argent qui finira dans des poches et des comptes en banque en Suisse, il a dit qu’il préfère appliquer le proverbe chinois. « Apprendre à pêcher le poisson au paysan africain plutôt que de lui en donner tous les jours ». Et ce savant qui a réalisé ce miracle était encore vivant, même s’il est âgé. Il s’agit du plus grand savant que le monde agricole ait connu et que le congrès américain a mis au piédestal en disant qu’il est l’homme qui a sauvé le plus de vivants depuis que l’humanité existe en permettant aux gens de manger à leur faim. Le japonais lui a dit d’aider l’Afrique puisqu’il était trop vieux avec ses 72 ans. Borlaug en avait 85 et c’est ainsi qu’ils ont commencé  à travailler ensemble. L’argent et le génie se sont mis ensemble mais il manquait un troisième pour s’occuper de l’organisation. C’est là qu’on a fait intervenir un grand homme, Jimmy Carter, l’ancien président des Etats-Unis. Un trio magique constituant  la base de l’association Sasakawa. J’ai eu la chance d’avoir été élu après la Conférence des forces vives et d’avoir essayé de sortir notre pays de la terrible misère de l’indignité qui a induit un compatriote qui a pris 35 millions pour renverser le gouvernement légal de son pays. Cet homme, il ne faut jamais l’oublier, il s’appelle Mathieu Kérékou. Et c’est ce qui m’a apporté Adrien Houngbédji et dont un monsieur de la Radio Planète a appelé les vraies couleurs du Caméléon. Voici l’écriture du président Mathieu Kérékou (en montrant un livre) qui  avait reçu de l’argent pour faire renverser le gouvernement légal de son pays. Pendant ce temps, j’ai eu la chance de faire venir ici au Bénin ce trio magique. A cette époque, il n’y avait plus aucune banque parce qu’elles devaient un milliard de dollar de dettes. On avait jeté dans la rue tous les fonctionnaires. C’est le cadeau que j’ai eu à la conférence nationale. Ma solution a été de m’adresser à ce trio magique et c’est tout à fait normal que je les fasse revenir ici aujourd’hui. Est-ce qu’on n’a pas accompli des miracles dans ce pays ? Si. On pouvait payer les fonctionnaires. A l’époque où j’ai été empoisonné, les instituteurs et certains fonctionnaires ne percevaient plus leurs  salaires qui leurs étaient payés chaque trimestre. Notre économie était  dans un état abominable après le passage du mercenaire et celui qui a précédé l’actuel président, qui était  à la tête de l’Etat. Alors, le réflexe normal c’est de s’adresser et aller vers les personnes qui ont permis de survivre et il est tout à fait normal que Sasakawa soit notre secours. Avec Sasakawa, nous avons organisé tous les ans, la fête des paysans. Les six meilleurs paysans de chaque département étaient distingués chaque année. On les remerciait et quand ils venaient à Cotonou, ils avaient leur premier baptême de l’air, ils allaient sur la mer pour la première fois, on les honorait et leur donnait des prix.

Dites-nous ce que Patrice Talon attend de Sasakawa ?
Sasakawa est historique et mondialement connu. Patrice Talon était parmi les jeunes que j’ai lancés à l’époque dans l’agriculture. Il est tout à fait normal qu’ayant bénéficié du conseil et du savoir-faire de Sasakawa, qu’il le fasse. Quand nous étions en conseil d’administration à Nairobi, c’est lui-même qui a demandé à rencontrer les gens de Sasakawa. Je les ai invités. C’est pour ça qu’il a cru au programme et que notre pays veut l’expérience et le programme de Sasakawa. Le savant étant mort, une dame exceptionnelle, Madame Ruth Oniang’o. Sasakawa était un oiseau rare et il était normal que je l’invite ici. Ils n’ont pas eu grand-chose à se dire puisqu’au fond, ils s’étaient déjà rencontrés à Nairobi. Ils ont juste continué une conversation qui avait commencé au Kenya, en Afrique orientale, et qui s’est poursuivie ici. Il y a un programme et c’est d’apporter tout ce qu’il y a d’utile puisqu’il faut nourrir la population. On faisait du coton pour payer nos dettes mais il fallait du maïs qu’on appelle le QPM. Après les travaux de ce génie agricole, ce maïs contient les protéines tout comme  le  soja. Je crois que c’est de vieilles connaissances qui se sont retrouvées.

Comment Sasakawa peut-il œuvrer à la relance de la filière agricole au Bénin ?
Ça dépend de la volonté du gouvernement. Il n’y a pas de miracles sans l’implication totale et cela dépend de la volonté  du chef de l’Etat et  son ministre de l’agriculture. C’est la même chose qui est arrivée au Pakistan avec Ayub Khan et son ministre de l’agriculture, en Ethiopie qui exporte maintenant  la nourriture ainsi que 14 pays africains dont John Rawlings de  Ghana, Musévéni en Ouganda, le Mali, la Guinée, le Malawi et le Nigéria dont le ministre de l’agriculture est l’actuel Directeur de la Banque africaine de développement. Si nous avons un programme qui est bon et soutenu, l’argent n’est plus un problème. Ces fonds  n’iront plus  dans les banques en Suisse, mais plutôt vers les paysans les plus pauvres de la société actuelle. C’est ce que fait notre frère de Porto-Novo, Samoudjo, avec Songhaï. On a tout dans notre pays et il faut changer la face de toute l’Afrique de l’ouest et de toute l’Afrique en général. Il y a d’autres pays qui sont déjà en avant et les autres peuvent les rattraper facilement.

Quelles sont les retombées de cette mission Sasakawa à Cotonou ?
Les retombées c’est Sasakawa, une grande association avec beaucoup d’expérience dont notre pays a besoin. Si vous voyez des gens qui font du bien comme Samoudjo, ne leur demandez pas ce qu’il y a comme retombées.  Il suffit de voir les résultats obtenus, qui est le plus important. Comme le dit Norman Borlaug, « Take it to the farmers », tout ce que peut faire la recherche dans les grandes universités et dans tous les secteurs de l’agriculture, il faut le donner aux paysans. C’est ce qu’on appelle les vulgarisateurs et c’est capital. Aujourd’hui, les vulgarisateurs sont devenus des conducteurs de taxi-motos et ce n’est pas sérieux. Or, quand quelqu’un connait ce qu’un savant a fait et veut le mettre à la disposition du paysan, il faut un programme pour l’exécuter.Ce programme appartient à notre président Talon le seul qui a le dernier mot peut décider pour booster sa politique de l’autosuffisance alimentaire qui est l’un de ces soucis majeurs, je vous remercie.

Entretien réalisé par Gérard AGOGNON et  Rastel DAN

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