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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec Marcel De Souza, Président de la Commission de la CEDEAO: « Nous devons nous battre pour des élections crédibles et transparentes »


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Commission de la CEDEAO, Marcel Alain de SouzaDans le cadre de l’atelier international de la CEDEAO sur les dix ans d’expériences en matière électorale suivi de l’atelier général biennal du Resao, le président de la Commission de la CEDEAO, Marcel Alain de Souza est revenu sur les défis liés à l’organisation des élections dans les pays de la sous-région et du rôle joué par la CEDEAO pour une élection pacifique dans ces pays. Le président n’a pas occulté les défis qui restent à relever après une année passée à la tête de la commission.  

 

L’Evénement Précis : Que pouvez-vous dire par rapport à la centralisation des résultats qui occasionnent des défaillances au niveau de la proclamation des résultats provisoires et définitifs et aussi au niveau des bureaux de vote pour rassurer les populations ?

Marcel Alain de Souza : Nous sommes au XXIème siècle et nous ne pouvons plus continuer comme avant.  Nous devons attendre que des convois envoient de très loin des bulletins qui, entre temps, peuvent changer de mains. Avec l’outil informatique, nous allons partager des tablettes à tous les bureaux de vote. Il faut que ceux qui vont les manipuler soient formés, que nous ayons l’énergie pour charger et qu’en 72 heures, on puisse donner les résultats sur une base d’estimation de 92 à 98%. Le Cap vert, avec l’appui du gouvernement italien, a créé un système informatique très avancé appelé la LOSI et ce centre peut servir pour les 15 pays membres de la CEDEAO. Il y aura des suspicions Mais, que faire pour qu’après la fermeture des bureaux de vote, on puisse avoir les résultats en deux ou trois heures ? Le second élément est de savoir comment superviser les élections pour qu’il y ait moins de contestations.  Au Bénin, on dit parfois qu’on a transité par le maire avant d’aller dans les bureaux de vote, les bulletins changent, mais la Cena a trouvé un bon moyen de porter ses résultats à la place publique. Mais, on peut déjà capitaliser ces résultats et les mettre sur internet le jour de vote. Plus on traine, plus on craint les tentatives de fraude. Il y a aussi le problème lié au professionnalisme. Avec les dispositions qui sont prises, nous allons travailler au renforcement des capacités puisqu’on a une idée du nombre de votants par bureau. On doit alors travailler à ce qu’on ait assez de bulletins même de façon additionnelle pour qu’il n’y ait pas de rupture. Au cas où cela arriverait, on doit avoir un stock pour se rattraper, prolonger le temps de vote et permettre aux populations de pouvoir voter. Voila ce sur quoi nous allons travailler et le ciel nous aidera à avoir des élections transparentes,  crédibles et surtout apaisées. Nous avançons dans notre sous-région. En 2016, nous avons eu 6 élections et en 2017, nous n’en avons eu qu’une seule. En 2018, les élections vont reprendre dans plusieurs pays. L’essentiel est qu’on évite les conflits sur toutes les formes. Au niveau de la Cedeao, nous avons créé un système qui est le « Early worning » qui est « alerte précoce, réponse rapide ». L’USAID et l’Union africaine m’appuient dans ce projet pour que j’installe dans tous les pays de la CEDEAO un  système d’observation qui consiste à gérer la sécurité humaine. Il est déjà présent dans 5 pays et nous comptons l’étendre dans les 10 autres pays restants. Nous allons prévenir point par point les différentes sources de conflits mais lorsqu’il atteint un niveau élevé, alors on envoie un médiateur qui est un ancien chef d’Etat de bonne renommée. Nous n’avons pas que ce problème politique. Il y a aussi Ebola. Si avec ce système, on avait pu vite détecter le virus Ebola, nous allons former les casques blancs et les envoyer dans tous les pays pour éviter qu’il y ait tant de morts. Ce système précoce va aussi prendre en compte les problèmes sanitaires afin de prévenir les épidémies. Nous avons aussi ajouté la sécurité alimentaire car dans les pays du sahel comme le Niger, le Burkina et le Mali, il y a pénurie de céréales. Nous pouvons y faire face. Lorsque dans ces pays la pluviométrie n’atteint pas un certain niveau, il faut convoyer les pays dans lesquels il y a des compléments. Mais à ce niveau, le problème d’infrastructure routière, ferroviaire, maritime et aéroportuaire va se poser. C’est pour cette raison que j’ai pris à bras le corps le projet Abidjan-Lagos qui fait 1028 kilomètres et sur lequel on enregistre 70% des échanges entre les pays. Il y a plus de 20 ans que ce projet existe et j’ai pu négocier avec la BAD ET l’Union européenne qui ont donné 22,10 milliards pour finaliser l’étude. D’ici un an, nous allons pouvoir démarrer le projet avec un partenariat public-privé. L’ancien président Obasanjo a promis nous appuyer grâce au privé et nous avons, dans les tous prochains jours, une rencontre à Lomé pour voir au niveau de la Fédération des chambres de commerce et d’industrie, comment cibler les privés qui sont à même d’assurer le financement de cette route. Il y a tout un financement qui intervient dans la construction de cette route à savoir, les paillages, lever les problèmes de corruption. J’ai fait réaliser un film « Taxi Cedeao » avec un quidam qui, avec une caméra cachée, a quitté Abidjan pour Lagos. Je peux vous dire que nos concitoyens souffrent avec le personnel habillé. Il faut payer 2000 francs en quittant Abidjan pour la frontière ghanéenne, 2000 cedis en quittant la frontière ghanéenne pour Lomé, 2000 francs de Lomé au Bénin et 2000 francs de Cotonou à Lagos. C’est comme s’il y avait une entente entre les membres du personnel habillés. Le film est vraiment épatent. La corruption gangrène la libre circulation des personnes et des biens.

Et pourtant, il y a eu plusieurs recommandations de la CEDEAO dans ce sens

Oui mais nous avons pris trois initiatives. Pour la première, nous avons présenté le « Taxi-Cedeao » aux chefs d’Etat qui ont promis prendre des mesures. Nous leur avons dit qu’on veut prendre d’abord par la persuasion pour moraliser les forces et non les sanctionner. Dans ce sens, nous avons soutenu avec mille dollars une sœur à travers un film « Frontière » qui a ouvert le bal du dernier Fespaco, dans le but de persuader. Les chefs d’Etat se sont réunis pour dire que la libre circulation n’aura de conotation réelle que si on lutte contre la corruption. Ils ont créé une commission « Taxe Force » dirigée par l’ancien président Samou Djibo, qui va se rendre sur toutes les routes et noter les contrôles, les barrières tarifaires, les douaniers. Nous avons ensuite la liberté de résidence et d’établissement qui donne au citoyen nigérian les mêmes droits de s’installer au Togo que le citoyen togolais. Mais, il y a des pays qui exigent des sommes allant de 250.000 à un million pour ceux qui doivent s’installer chez eux. J’ai reçu l’accord des chefs d’Etat d’installer un bureau du président de la commission dans tous les pays qui aura pour rôle de suivre la mise en œuvre de ces protocoles. Il s’agit de la liberté d’établissement et de création d’entreprise, la liberté de résidence et autres, pour créer un marché unique pour les jeunes.

Votre objectif majeur est la création d’une monnaie unique. Qu’est-ce qui bloque ?

La question de la monnaie unique est un véritable problème. J’ai récemment été convoqué au parlement de la CEDEAO pour faire le point et leur dire que tout le monde n’est pas monétariste. La monnaie est le reflet de ce qui se passe dans notre économie. Tant que nous n’allons pas diversifier notre production, améliorer la mécanisation de l’agriculture, le financement, la pêche, l’élevage, les activités qui créent de la convergence au niveau des économies, il serait grave de créer une monnaie unique. Un dollar qui était à un naira est aujourd’hui à 512 nairas. Nous devons bâtir des infrastructures si nous n’avons pas assez de ressources. Il faudrait aussi que les endettements que nous faisons aillent vers les infrastructures pour constituer le stock qui puisse garantir la croissance économique. Nous avons défini des règles dans lesquelles il ne faut pas s’endetter au delà de son PIB mais il y a des pays qui sont à plus de 70% d’endettement de leur PIB. Un autre critère qui est aussi fixé est la maitrise de l’inflation. Il faut que les critères de la convergence soient respectés pour la création de la monnaie de la Cedeao.  Si nous créons cette monnaie, il faut que nos économies soient convergentes, que les règles soient respectées, éviter de dépenser au-delà des recettes fiscales dont on dispose. Nous devons améliorer notre pression fiscale pour  créer nos infrastructures avant de solliciter l’aide des partenaires techniques et financiers. On a fixé la pression fiscale à 20% jusqu’en 2020 alors que le Bénin est à 14%. Nous avons beaucoup de défis à relever dans ce domaine, nous montrer capable de financer nos projets avant de faire appel aux partenaires externes. Je ne crois pas qu’on puisse décrocher la monnaie unique mais il faut décrocher le CFA. On peut se donner un programme sur 10 ans, se détacher du CFA et aller vers la monnaie unique. Nous avons du pétrole, le gaz, le cacao, le manioc, l’or, et ainsi de suite mais notre problème est lié à la paix et la sécurité. Notre crainte est que les terroristes ne déstabilisent tous notre pays. A force de vouloir maintenir la paix, il faut la créer. Nous voulons des forces capables de faire régner la paix. Nous allons faire notre forum stratégique, la Cedeao va prendre ses responsabilités, se doter d’un bon matériel, nous doter des brigades anti terroristes.

Vous avez accordé beaucoup de facilités à Yayah Djameh avant qu’il ne s’en aille. Cela ne donnera pas l’envie à certains présidents de créer l’incident et négocier ?

Vous me donnez l’opportunité de clarifier cette situation une fois pour toute. Vous ne verrez jamais ma signature donner de privilèges à Yayah Djameh. Au moment où on lui a donné l’ultimatum de partir, le représentant de l’ONU, le représentant de l’Union africaine et de la commission de la Cedeao étaient présents. Il a dit de lui accorder un discours, qu’il parte avec des véhicules et qu’on lui accorde l’amnistie à sa famille, aux membres de son parti politique et aux hauts gradés qui l’ont servi. Nous avons accepté les deux premières demandes mais pas l’amnistier puisque la Cedeao ne délivre pas d’amnistie. C’est une loi et l’amnistie est seulement accordée par le parlement de la commission. Mais, ceux qui étaient là quand il avait fait cette proposition lui ont promis de travailler pour sa mise en œuvre. C’était un piège. L’amnistie s’accorde par la décision du parlement. Quiconque a subi des affres de Yaya Djameh pourra porter plainte et l’intéressé sera suivi partout où il est. Dans aucun texte de la Cedeao, il n’est précisé qu’elle peut accorder l’amnistie et personne ne peut accorder l’amnistie, à  part le parlement.

Bientôt un an passé à la tête de la Commission de la CEDEAO. Quel pourrait être le bilan de vos activités, les difficultés rencontrées ainsi que les défis à relever pour les deux années à venir ?

J’ai pris peur lors de ma prise de fonction, au regard des nombreux défis à relever. Le tout premier est lié à la réforme institutionnelle. On a transformé le secrétariat exécutif en commission pour donner plus d’autonomie au président de la commission. Nous avons une cour de justice de la Cedeao composée de 7 magistrats issus de sept différents pays membres de la Cedeao. On se demande s’il ne faut pas le réduire à 5. Nous avons un parlement de 115 membres qui sont des députés élus dans leur pays. Pourquoi ne pas ramener ce nombre à 60 ou 70 ? Nous avons pris un cabinet qui travaille dessus sans que les résultats ne soient probants. Nous devons maîtriser les charges et avoir plus de moyens pour financer les projets devant impacter la vie des populations. Nous avons donné des instructions pour assurer 35% pour le fonctionnement, 65% pour les programmes devant assurer le bien être des populations. Le second défi est lié à la paix et la sécurité. Nous avons Boko Haram qui a impacté plus de 15 millions de personnes au Nigéria et dans d’autres pays de la sous région. Dans l’est de Borno, il y a plus de 2.500 enfants qui souffrent de malnutrition chronique. Nous avons dépensé plus de 1,4 millions de dollars ce qui est insuffisant. Le président Buhari a établi un plan pour soutenir ceux qui souffrent de ces terroristes et finir de façon définitive avec Boko Haram. Son effort est louable et nous avons vu dans une base de Boko Haram, un laboratoire d’explosifs. Aujourd’hui, il faut des ressources pour combattre Boko Haram et sur une centaine de milliards, on n’a obtenu qu’une vingtaine. Il y a eu la réunion d’Osslo et notre cri est entendu pour soutenir ces enfants. L’autre défi est celui de la Guinée Bissau qui a un régime parlementaire où le premier ministre ne dépend pas du chef de l’Etat. Il faut savoir comment contrôler le PAGC car le premier ministre ne s’entend pas avec le président de la république. Nous avons mis une force de 543 personnes là-bas pour 1 milliard pour les deux mois. Le président Alpha Condé nous a aidé à signer les accords de Conakry qui ne sont pas mis en œuvre. Nous tenons à ce pays qui est dominé par les affaires de trafic de drogue. Il faut qu’on arrive à trouver un premier ministre pour recevoir l’assentiment du président et du parti majoritaire qui est le PAGC. Il n’y a pas de budget 2016 et 2017 pour la Guinée Bissau.  Or, nous avons un programme pour faire repartir la Guinée Bissau. Il faut trouver les moyens d’une conférence nationale afin que le président et le ministre s’entendent pour apaiser ce pays. C’est comment contrôler le PAGC qui est préoccupant. La situation de ce pays est très complexe. Nous allons en décider en avril prochain et nous avons déployé des soldats, installé un hôpital là-bas. Le peuple souffre, l’école primaire est en grève Nous avons proposé que les religieux puissent créer les systèmes pour créer l’apaisement. Nous n’allons pas abandonner le pays. Le président Condé a promis prendre les contacts entre les 15 députés décidant et le PADC pour que le traité soit signé le 15 avril prochain. Nous avons aussi le problème du Mali qui fera ses élections l’an prochain. Le président avait promis tout faire pour que le pays retrouve l’intégrité nationale mais les djihadistes traversent le nord alors que l’opération Serval et autres sont là. Nous avons décidé de nettoyer la zone avec des brigardes anti terroristes. Mais si nous n’en faisons rien, nos pays seront menacés par ces djihadistes. Il y a aussi les attaques terroristes au Nigéria, au Niger et autres. Notre sous région est menacée et ceci constitue notre préoccupation majeure. Nous devrons lutter contre la pauvreté et trouver de l’emploi pour les jeunes. Sans la paix, il n’y a pas de développement. Notre région demeure la plus menacée malgré tout, nous avançons. Sur 100 ressortissants de la CEDEAO, 70 restent à la Cedeao. Nous avons noté que la Côte d’Ivoire est le pays qui accueille le plus de migrants. Sur 2400 migrants dans ce pays, 2300 viennent des pays de la Cedeao. Ensuite, c’est le Ghana qui compte  1.800 mille migrants, suivi du Nigéria, et 1 million 700 mille migrants. Pour les 30% qui restent, seuls 15% vont en Europe à la recherche de l’eldorado. Les 15% restants sont en Chine plus principalement au Guandzou et dans les pays de l’Afrique centrale. La bonne circulation des personnes et des biens est d’actualité en Afrique de l’ouest. Mon objectif est de continuer dans ce sens. Nous ne pouvons pas accélérer si nous n’avons pas les infrastructures. Il faut construire la boucle ferroviaire, construire la route Abidjan Lagos, améliorer le transport maritime et autres. Ces projets existent et nous y travaillons. Nous devons construire l’Afrique de l’ouest si non la pauvreté nous dominera.

Entretien réalisé par Rastel DAN

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