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Le triomphe de la vérité

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Edito: Adopter le Yuan pour sauver le Bénin


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logo journal« Le CFA, une monnaie forte pour des économies faibles ». Tel est le titre d’une tribune signée par  Bruno Tinel  dans le magazine Jeune Afrique,  cette semaine. Bruno Tinel est économiste,  maître de conférences à l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne et surtout coauteur, avec Kako Nubukpo, Martial Ze Belinga et Demba Moussa Dembélé (dir.) de l’ouvrage collectif intitulé Sortir l’Afrique de la servitude monétaire : à qui appartient le franc CFA ? (La Dispute, octobre 2016).  Que dit-il concrètement ?
Il avoue que « étant aussi bon que l’euro, le CFA est une monnaie forte pour des économies faibles. » De ce fait, il  rend les importations en biens manufacturés très peu chères dans les pays ayant en partage cette monnaie. « Si bien qu’il n’est pas profitable de produire ces biens sur place. » Autrement dit, dans la situation actuelle, un pays comme le Bénin ne peut jamais développer une véritable industrie capable de vendre ses productions sur l’extérieur en raison de la trop grande force de notre monnaie actuelle. Notre dépendance vis-à-vis des industries extérieures ira en s’aggravant d’année en année,   tant que nous serons arrimés à l’Euro par un taux de change inamovible.
Avec la conjoncture actuelle, l’économiste voit « le risque d’une nouvelle dévaluation forcée », du fait de la diminution des réserves de change consécutive à la baisse tendancielle des cours des matières premières. Il faut bien exporter quelque chose pour avoir suffisamment de devises afin de pouvoir importer des biens manufacturés. Dans cette quadrature du cercle, les pays de la zone CFA s’adossent à leurs réserves de changes estimées à environ 13.000 milliards de FCFA et gardées depuis des décennies au Trésor français. 13.000 milliards dont une partie aurait dû servir à résoudre nos problèmes d’infrastructure, lancer notre industrialisation afin de  lutter contre le chômage et la paupérisation qui frappent nos pays.
Mais pour un pays comme le Bénin, toutes ces données prennent un relief particulier avec la grave crise que vit le Nigeria et qui a des répercussions tout aussi graves sur notre économie. Répercussions, parce que la dévaluation du Naïra donne des ailes à l’industrie nigériane pour aller sur les marchés concurrents avec des avantages comparatifs indéniables. Notre industrie est en train d’être écrasée par la toute-puissance nigériane. Et si nous ne faisons rien, nous ne ferons que constater les dégâts de notre immobilisme. Cette situation ne touche aucun autre pays de l’UEMOA autant que nous : ni le Togo, ni le Sénégal, ni la Côte-d’Ivoire, encore moins les pays d’Afrique centrale. Malgré cette menace, la situation du FCFA ne changera pas…
Elle ne changera pas, parce que tous les Etats de la zone FCFA savent leur sort lié. Toute réclamation monétaire trop bruyante sera sanctionnée par des mesures de rétorsion politique et économique extrême.
Dans ces conditions, le Bénin devra adopter sa propre politique monétaire, en sachant que l’asphyxie nigériane ne fera que s’accentuer. Il devra sortir de la zone CFA, parce qu’aucun autre Etat de la zone ne bougera le plus petit doigt pour réclamer,  ne serait-ce qu’une flexibilité monétaire qui protège mieux nos économies, face aux manœuvres du Nigeria. Le président tchadien Idriss Déby,  qui a eu le culot en 2015,  de réclamer que le CFA devienne enfin une monnaie que les Africains pourront ajuster au mieux de leurs intérêts, n’en est depuis lors qu’au stade strict du discours. Il n’a posé aucun acte officiel en cohérence avec ses commentaires de 2015.
Or, depuis le  1er octobre 2016, le Conseil d’administration du FMI, a approuvé le yuan renminbi comme une monnaie librement utilisable. La monnaie chinoise est  désormais la cinquième monnaie internationale, au même titre que le  dollar américain, l’Euro, du Yen et la Livre Sterling. La chance ici, c’est que la monnaie chinoise est réputée faible. Elle appartient à une économie en pleine expansion et dont l’industrie est en besoin de conquête internationale. C’est d’elle que nous avons besoin pour lancer notre propre industrie face aux menaces d’asphyxie qui nous viennent d’Abuja.
Pékin a plus que jamais besoin que l’Afrique renforce sa posture internationale, notamment la nouvelle notoriété prise par sa monnaie. En sortant du FCFA, nous faisons d’une pierre trois coups : sortir de la servitude d’une monnaie trop forte et dangereuse, résister à l’envahissement du Nigeria et ouvrir nos frontières aux investissements chinois. C’est une occasion historique qui nous est donnée de ne pas continuer à accepter un statut quo qui nous régresse depuis des décennies.

Par Olivier ALLOCHEME

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