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Le triomphe de la vérité

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Edito: Ordures publiques


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logo journalLes propos orduriers sont-ils devenus la marque de fabrique de la parole publique gagnante ? Ainsi posée, la question a l’air savante, mais elle se ramène à ceci : Pour être efficace dans l’arène publique, faut-il tenir des propos orduriers ?

  Malgré son académisme apparent, cette interrogation  prend sa source dans le vécu quotidien. Aujourd’hui plus qu’hier, la parole publique est confisquée par des personnages violents, insultants,   chaotiques et à la limite mal éduqués. Ce vendredi 30 septembre, le quotidien La Nation titrait sur un artiste  que presque aucun média béninois n’a encore osé jouer. Il s’agit de Vano Baby ou Azéto Gbèdé traduit comme « le sorcier vivant ».  Sur le style égo-tripe, Vano est un rappeur si volontairement violent qu’il a suscité cette question de mon confrère de La Nation : « Faut-il arrêter le phénomène «Vano baby» ? Dans le titre «Vano wê» qui l’a vraiment révélé au public, il tance ses aînés : «Vous prétendez que vous chantiez avant moi, que vous avez de l’argent, de la popularité… vous ne valez rien, vous êtes tous des pédés, vous êtes très loin de moi en musique, vous êtes des guêpes, des fourmis vous ne valez…» Dans un autre titre intitulé Adigoué Gboun Gboun, il est  question des postérieurs de la femme, le tout sur un rythme entrainant que le public des amateurs et des connaisseurs reprend à la cantonade. Il n’est pas exagéré de dire que malgré (ou à cause de) cette indécence, Vano Baby connaît un succès phénoménal  sur les réseaux sociaux, dans les bars et autres boîtes de nuit. Bien sûr, aucun média n’oserait diffuser ses tubes plutôt dangereux. Qu’importe ! Sans aucun album à son compteur, le rappeur est déjà un phénomène de société. Et la suite promet.

Ce qui est valable pour l’artiste l’est aussi en politique. La parole blessante a du succès dans l’arène publique. Cette maxime, le président philippin Rodrigo Duterte en a pratiquement fait son viatique. En novembre 2015, il a qualifié le pape François de « fils de p… », avant de s’en prendre,  le mois passé,  à Obama qu’il a affublé du même substantif. Ce vendredi, l’avocat de 71 ans  a établi  un parallèle entre sa sanglante guerre contre la criminalité et l’extermination des juifs par Adolf Hitler, en disant qu’il serait « heureux de massacrer » des millions de drogués.  Sa posture est similaire à celle de Donald Trump, le candidat républicain à la Maison Blanche qui aligne régulièrement injures et attaques insensées contre les femmes, les musulmans, les immigrants et surtout contre Hillary Clinton. Ce vendredi encore, Trump n’a pas hésité à qualifier son challenger démocrate de folle et de malade. Rappelez-vous aussi Boris Johnson,  l’actuel ministre britannique des affaires étrangères, du temps où il faisait une campagne acharnée pour le Brexit. Il appelait régulièrement Trump  «l’idiot » «le bouffon »,     ou encore « l’imbécile ».  Mais le même Johnson ne ménage pas Hillary Clinton non plus, puisqu’il la traitait régulièrement d’ « infirmière sadique dans un hôpital psychiatrique ». Bien sûr, tous ces mots parfumés furent dits quand il n’avait pas encore été nommé ministre. Mais on se rend bien compte que ce langage fleuri lui a donné de la notoriété, au point qu’il a réussi à obtenir le Brexit lors d’une bataille électorale encore mémorable.

Au Bénin, qui a oublié les échanges très animés entre Candide Azanaï et Boni Yayi, le second traitant le premier de « petit bandit de Jonquet » qui, à son tour, recommandait au Chef de l’Etat d’aller se faire soigner à Jacquot ?

En réalité, tout ceci ressort à ce que Jean-Marie Dru appelle communication disruptive, concept qu’il a défini dans son dernier ouvrage paru en janvier 2016 aux éditions Pearson : New : 15 approches disruptives de l’innovation. « Fils de pub » comme il se laisse qualifier lui-même,  Jean-Marie Dru a théorisé la disruption. Il la   définit comme   l’idée qui permet de remettre en question les « conventions » généralement pratiquées sur un marché, pour accoucher d’une « Vision » créatrice de produits et de services radicalement innovants. « L’innovation disruptive est une innovation de rupture, par opposition à l’innovation incrémentale, qui se contente d’optimiser l’existant », insiste Jean-Marie Dru.

Quoi qu’on dise, les pratiques disruptives ont du succès dans l’arène publique où les conventions sont faites pour les fonctionnaires sages. De là à reconnaitre que si l’on a besoin des propos orduriers et repoussants pour  s’affirmer sur la scène publique, il n’y a qu’un pas que peu de politiques et de communicateurs avertis franchissent sans hésiter.

 Par Olivier ALLOCHEME

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