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Le triomphe de la vérité

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Reportage exclusif sur le Drame d’Avamè/ Tori-Bossito: Désolation et résistance, la litanie des morts continue


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brulerAvamè, le mardi 13 septembre 2016. Nous sommes sur le site de Matokponou, théâtre, cinq jours plus tôt, d’une tragédie au cours de laquelle des dizaines de Béninois ont subi les affres du feu. Le site est vaste et comprend plusieurs fosses dont quatre, bien grandes. Y sont souvent déversés divers produits avariés, des produits alimentaires aux cosmétiques, en passant par les produits pharmaceutiques. Cinq jours après le drame, la fosse meurtrière continue de déverser dans  la nature, une fumée âcre. Des centaines de sacs de farine de blé avariée déversés dans la fosse avant d’être incinérés, il ne reste pas grand-chose. Autour de la fosse, certains détails témoignent de la panique qui a dû être celle des hommes et des femmes prisonniers et prisonnières des flammes, jeudi dernier. Çà et là, des chaussures perdues dans la panique. Eparpillés dans le champ d’ananas contigu à la fosse, un pagne, un foulard, un tee-shirt en nylon. Plusieurs jours après le drame, nombreuses sont les personnes à se poser des questions, à chercher à comprendre  ce qui s’est réellement passé ce jour-là. Selon les témoignages recueillis sur place, le feu a été mis deux fois à la fosse. La première fois, les populations ont bravé les flammes. Un mélange de pétrole et d’essence a ensuite été versé dans la fosse. Ajouté à l’essence versée sur les sacs déversés en premier dans la fosse, le mélange s’est révélé meurtrier.  « Ceux qui voulaient échapper aux flammes et ont marché sur la farine ont été brûlés. Il suffisait qu’ils mettent leur pied sur la farine pour que les sacs en dessous explosent », raconte un témoin de la scène. Egalement dans la fosse avant qu’elle ne se transforme en brasier, ce jeune homme raconte  avoir vu une femme sans peau le supplier de lui sauver la vie. Il explique aussi avoir vu, avant que la population ne se rue dans la fosse et avant que ne survienne l’hécatombe, certaines personnes « transporter des sacs de farine sur leur tête et les mettre de côté  avant de les emporter sur des motos, ou dans un véhicule». Des dires confirmés par plusieurs personnes. Depuis, le bilan du sinistre ne cesse de s’alourdir. De huit morts dimanche dernier, il est passé à 16 mardi. Un bilan déjà lourd qui pourrait s’alourdir encore, certaines familles ayant catégoriquement rejeté la prise en charge du gouvernement, préférant confier le sort des leurs à des formations sanitaires de leur choix. Informés de certains cas pris en charge dans un cabinet de soins infirmiers, nous nous y sommes rendus et avons constaté que deux victimes du drame s’y trouvent effectivement. Le corps presqu’entièrement brûlé, la main droite très enflée, Apollinaire, un jeune menuisier âgé d’une vingtaine d’années y occupe une chambre. Il souffre et pousse des plaintes. Allongée sur un deuxième lit, sa mère veille sur lui et ne veut pas entendre parler de prise en charge gratuite. Dans une autre pièce se trouve Richard. Le visage et les deux bras brûlés, il est veillé par quelques femmes. Elles aussi refusent la prise en charge. Raison invoquée par les deux familles, la peur de voir leur parent délaissé par les agents de santé. La sensibilisation des deux familles improvisée par Christian et un de ses amis, deux jeunes natifs de la commune ne les fera pas changer d’avis. Aux dernières nouvelles, ils seraient toujours dans ce cabinet dépourvu de presque tout.

Touché en plein cœur, Gansa entre amertume et désolation

53 hommes, femmes, jeunes et moins jeunes de ce hameau du village dénommé Houngo comptent  parmi les victimes du drame. Hilaire Touko, le chef du village ne sait plus où donner de la tête. Les morts se succèdent. « Ceux que j’ai perdus dans ce drame sont  nombreux. Ma femme est morte avec une grossesse. Mes frères sont morts. Une cousine également», lâche-t-il dans un souffle, le regard perdu. Dans une des maisons de la concession familiale repose son frère dont la dépouille a été ramenée de l’hôpital de Suru Léré au petit matin de ce mardi. Hagard, émotionnellement amoché, Hilaire, la trentaine, ne comprend toujours pas pourquoi un tel malheur s’est abattu sur sa lignée le 8 septembre dernier. « J’étais à Cococodji ce jour-là, quand le drame est arrivé. On m’a appelé pour me dire que de la farine a été déversée et que les gens ont été brûlés en essayant de la récupérer. Moi-même , j’ai été très étonné et je me suis demandé comment cela a pu arriver. Quand je suis rentré, j’ai vu de nombreuses personnes avec des brûlures sur tout leur corps. Je ne saurai vous dire ce qui s’est passé. Les incinérations se sont toujours déroulées sans qu’on n’enregistre un tel sinistre. Ce qui vient de se passer m’étonne vraiment. Seuls ceux qui ont mené l’opération ce jour-là  peuvent nous dire ce qui s’est réellement passé. Ils doivent le dire », lâche-t-il dans un souffle. Issu de la famille qui a vendu les terres sur lesquelles le site est érigé, Hilaire est très amer. « Le promoteur du site a acheté nos terres et tué nos populations. Si ça ne tenait qu’à moi, je lui interdirai de remettre pieds sur le site mais voilà qu’il a acheté le terrain. On ne veut plus de lui ici parce qu’on ne veut pas qu’un drame encore plus grand survienne.  De tous ceux qui sont à l’hôpital on ne sait pas qui va s’en sortir. Où allons-nous revoir encore ceux qui sont morts ?  Que vais-je dire encore à part demander que justice soit faite », se lamente celui qui se résout à organiser obsèques sur obsèques depuis quelques jours. Un véritable casse-tête. Les défunts et défuntes ayant péri par le feu, « Zo-Kou » en langue fon,  les rites funéraires précédant l’inhumation sont particuliers. Ils ne peuvent être exécutés par n’importe qui et durent de plusieurs heures à une journée. Les seuls spécialistes de toute la commune se trouvent débordés à cause du nombre de morts. Et les choses se compliquent pour certaines familles. En effet, les enchères montent et l’enveloppe de 50.000francs CFA octroyée par décès aux familles pour faire face aux obsèques est vite épuisée. Après en avoir fini avec les morts, Hilaire Touko devra faire face à une autre situation autrement difficile à gérer, celle des enfants devenus orphelins à quelques semaines de la rentrée scolaire.

Flore S. NOBIME

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