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Le triomphe de la vérité

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Edito: La pauvreté villageoise


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La tragédie de Tori-Avamè est révélatrice de la paupérisation des masses paysannes. Elles ne perçoivent que très difficilement les fruits de la croissance, malgré les nombreuses initiatives et projets initiés en leur faveur.

Contrairement à ce qu’on pensait, la croissance économique ne s’accompagne pas toujours d’une sortie de la pauvreté. Les mécanismes de calcul de la croissance sont tels que le niveau de pauvreté peut continuer à croître quand bien même la production de richesse augmente. Cette évolution presque contrastée est visible dans un pays comme le Nigeria où, malgré la croissance soutenue de ces dernières années, des millions de personnes croupissent dans la pauvreté. C’est aussi ce que révèle un rapport commandité par le Fonds international de développement agricole (FIDA) et rendu public cette semaine. Il faut, selon le FIDA, une véritable politique de transformation des zones rurales qui sont trop souvent les laissés-pour-compte de la croissance.Dénommé « Rapport sur le développement rural 2016 », cette étude souligne qu’«il est impératif d’axer les efforts sur le développement rural et agricole, étant donné, qu’à l’échelle mondiale, 2,5 milliards de personnes tirent directement leurs revenus de petites exploitations rurales qui produisent 80% de la nourriture consommée en Asie et en Afrique subsaharienne».

On ne saurait être plus clair. C’est en pensant surtout aux communautés rurales qui forment la majeure partie de la population béninoise, que la décentralisation a été mise en œuvre. Mais si la loi n°1998-007 du 15 janvier 1999 portant régime financier en République du Bénin,donne les moyens juridiques à la commune de pouvoir mobiliser des ressources pour le développement local, à travers des taxes et impôts prélevés directement ou indirectement, elle fait peu cas des investissements qui doivent soutenir la croissance économique au sein des communautés rurales elles-mêmes. Trop souvent, les ressources collectées servent au fonctionnement des administrations municipales, et pas assez à des solutions concrètes aux problèmes essentiels comme la sécurité alimentaire, la santé, l’éducation, etc. Faites un tour dans nos villages et observez ceux qui étaient riches il y a 20 ans. Ils sont toujours là, dans la même pauvreté. Leurs enfants s’en sortent peut-être avec les progrès de l’école ou grâce à leur dynamisme personnel, mais vous observerez toujours que la majorité des gens croupit dans la pauvreté voire la misère crasse.

De ce point de vue, je partage l’avis de l’ancien ministre Luc Gnancadja qui a récemment signé une opinion dans la presse, sur l’incapacité de la démocratie béninoise à répondre aux impératifs de développement de nos communes. La gouvernance de ce pays, dit-il, «est devenue par son fonctionnement source de corruption, d’impunité, d’irresponsabilité ; elle véhicule des contre-valeurs citoyennes. »Et de remarquer que la source du problème est l’absence d’une décentralisation touchant réellement les communes et les communautés villageoises. Luc Gnancadja s’appuie alors sur l’allocation des ressources financières de l’État aux communes, pour constater que quoi qu’ayant plus que doublé entre 2012 et 2015, ces ressources ne représentent« que 5,53% des recettes de l’État en 2015. Autant dire une misère compte tenu de l’étendue de la mission et des attributions de ces communes. »Comparaison n’est pas raison, mais comparons quand même cette situation à celle du Rwanda où rien que les ressources destinées au fonctionnement des communes s’élèvent à 5% des recettes de l’Etat, pendant que les ressources d’investissement issues du budget national aux investissements des collectivités territoriales font 10% des recettes de l’Etat. Autrement dit, au Rwanda, l’Etat consacre une dotation globale annuelle de 15% de ses recettes aux communes. Les résultats sont là : le pays est, en Afrique, celui qui a réalisé les plus grands progrès en matière de développement humain au cours des dernières années.Bien entendu, en allouant ces ressources à la base, l’Etat prend des dispositions pour éviter une explosion de la corruption au sein les communautés villageoises, à travers des mécanismes de contrôle et de sanction bien connus.

Il est aujourd’hui nécessaire d’adapter ce modèle rwandais à la situation du Bénin. Il ne s’agit pas seulement d’investissement public, mais d’un écosystème à mettre en place pour accroitre sur place la production de richesse par le privé et des initiatives volontaires, au sein de nos communautés villageoises.Si nous ne regardons pas nos villages comme priorités absolues de nos politiques de développement, la pauvreté continuera de dicter sa loi dans notre pays.

Par Olivier ALLOCHEME

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