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Le triomphe de la vérité

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Le Professeur Amouzouvi au sujet de la crise à l’UAC: « Les étudiants viennent de noircir le tableau»


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Dodji Amouzouvi okLe rectorat de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac) et les responsables étudiants observent depuis quelques jours,  un bras de fer historique, dont les dégâts restent déjà funestes.  Pour mieux apprécier les comportements des étudiants, futurs cadres de la République, votre rubrique ‘’Invité du Lundi’’ a reçu un analyste de faits, un sociologue. Il s’agit du Professeur Dodji Amouzouvi, qui dans une analyse, a apprécié les formes de violence qui s’observent dans ce cadre. Dans d’une impartialité, et loin d’encourager  les uns et les autres acteurs  impliqués dans cette crise, lorsqu’il devrait analyser les deux décisions du conseil pédagogique, l’invité a préféré exposer les leçons de la lutte. A la lecture de son intervention, les étudiants qui continuent d’aggraver leur cas pas des actes ignobles, seraient finalement les grands perdants. C’est à ce titre qu’il a prodigué quelques conseils à ses derniers, qui selon lui, sont en réalité leurs enfants, et ne doivent pas être jetés avec l’eau de bain.

L’EVENEMENT PRECIS : Quel est le regard du sociologue que vous êtes sur les violences et la crise actuellement en cours sur le campus d’Abomey-Calavi ?

Professeur Dodji Amouzouvi : Les violences constituent un fait de la société que je n’ose qualifier de normal mais existentiel, qui permettent à toutes institutions et donc l’institution universitaire, de se jogger, de se juger, de s’informer  sur elle-même et de repartir sur de bonnes bases. Beaucoup de théories en sociologie ont étudié les fonctions d’une crise et des conflits. Dans ce sens, il n’est pas surprenant que des crises surviennent déjà à partir du moment où plusieurs composantes sont ensemble et doivent fonctionner harmonieusement. C’est donc pour dire que la  communauté universitaire est composée de plusieurs composantes à savoir les étudiants, les enseignants, l’administration, même la composante des biens et services à l’intérieur de l’université. Et pour que l’université fonctionne, chacun à son niveau doit respecter les règles qui régissent la communauté. Et pour que l’université fonctionne, chacun à son niveau doit savoir où s’arrête  sa liberté pour laisser place à celle de l’autre, afin que la rencontre se fasse, non pas de manière conceptuelle, mais de manière harmonieuse.  Et que les quelques frustrations qu’il y aura, puissent être gérées, surtout que nous sommes dans un milieu universitaire. Le premier paramètre qui doit guider nos aspirations, nos pensées, nos sentiments, c’est quand même l’intelligence. Si l’intelligence déserte le forum, nous pouvons tout revendiquer mais nous ne pouvons plus revendiquer notre présence dans l’espace universitaire.

Et cela nous conduit à un bras de fer dont la fin est incertaine. Avez vous le même avis ?

Non. Moi, je ne parlerai pas de bras de fer. Je parlerai  de conflit violent, malheureux dans tous les sens. Il y a une situation d’incompréhension, une rupture de communication entre enseignants et étudiants de la FLASH et  qui malheureusement prend des tournures difficiles. Mon premier sentiment, c’est que les amis étudiants qui sont nos éduqués, les personnes que  nous formons ne doivent jamais oublier cette affaire. Entre enseignants et étudiants, le respect doit être mutuel. Le  respect doit être avant tout, celui d’un enseignant vers un enseigné. Dans les prises de décisions, la communauté estudiantine, à travers certains responsables, se positionne  comme si nous sommes dans une relation d’égalité.  On ne sera jamais dans une relation d’égalité. De ce point de vue, je regrette ceux qui parlent de syndicats d’étudiants. Nous ne sommes  pas dans une relation professionnelle avec les étudiants. Nous sommes dans une relation de formation et ils doivent se mirer en nous.  A  la limite, on doit parler de relation de disciple et de maitre. Ils doivent comprendre que c’est la philosophie première. A partir de ce moment, il y a des choses qu’on ne peut  dire ni faire. Tant que c’est dit et fait, ça va biaiser tous les repères et on ne pourra pas fonctionner. Malheureusement, les amis étudiants ont atteint ce niveau-là faisant de leur cas, des cas complètement indéfendables. De quoi parlons-nous en réalité aujourd’hui ? Avant de revenir sur la question, je voudrais parler des actes. Nous sommes dans une position aujourd’hui, où les derniers actes des étudiants viennent noircir le tableau. Leurs actions ont amené à un certain pourrissement de la situation à l’université. Lequel pourrissement a entrainé qu’aujourd’hui, tout le monde est devant le fait accompli, lorsque nous voyons tout le processus et que nous regardons les résultats que ce processus a donnés (invalidation de l’année et punition de part et d’autre). Mais que faire ? A partir de ce moment-là, les acteurs  majeurs rentrent dans une sorte de médiation, de discussion et de négociation. Ce n’est donc pas à cette phase qu’il faut poser les actes  que les amis étudiants ont posés. Ce n’est défendable nulle part d’entendre qu’il y  a détérioration.  Nous ne pouvons pas être en grève et tenter de brûler la bibliothèque, endommager les infrastructures, jeter des excréments humains dans les salles de composition. Il y a qu’une nouvelle ligne a été franchie. Il y a une étape qui est dépassée et qui sort de l’obédience éducative et qui remet  en cause le statut de l’étudiant qu’ils sont. Ils constituent la jeunesse qui va gérer demain ce pays. Ils  ont manqué d’intelligence et il faut oser le dire. Ce n’est pas les moyens de lutte qu’on utilise quand on est à l’université. Ce n’est pas les moyens par lesquels il faut se faire entendre. Qui pourrait honnêtement  défendre le cas de quelqu’un qui pose ces actes ? Déjà qu’il y a très peu de chose et qu’il faut chercher à demander pardon et accompagnement puisque, on veuille ou non, ce sont nos enfants. Si c’est dans le sens  d’un jusqu’auboutisme, je dis qu’on se trompe de lieu, d’époque et de combat. Ce n’est pas à l’université qu’il faut poser de tels actes. Pourquoi d’époque ? Le nouveau départ, avec ses principes et signaux ne sont pas encore perçus par nos enfants étudiants. Je vois qu’ils sont encore nostalgiques d’un passé qui est toujours à leur écoute.

C’est dire que vous n’êtes pas convaincu que des étudiants peuvent commettre de tels actes

Je ne suis pas convaincu que  ce sont des étudiants qui aient commis ces actes. Si c’est quelqu’un qu’on a éduqué à l’université qui cause cet acte, il y a lieu de remettre en cause son statut d’étudiant. Ce n’est pas moral et même, ne s’explique pas. Ce n’est même pas le paramètre  à prendre pour nous servir d’accompagnement dans cette affaire, si on ne veut pas se ramener à leur niveau.

Prenant les décisions dans leur forme, l’une après l’autre, qu’est- ce qui est encore possible aujourd’hui  si on doit aborder la question de l’invalidation de l’année ?

Je veux préciser qu’il n’y a pas de sanction d’invalidation comme le pensent certains. C’est un constat d’invalidation. Tous les acteurs y compris  ont compris, ont manœuvré jusqu’au point où, on se trouve devant le fait accompli. On est actuellement en août et la nouvelle rentrée  est là. Donc on constate que l’année s’invalide d’elle-même en fonction de l’attitude jusqu’auboutiste des uns et des autres. En fonction  du manque de recul de certains. Pour ce qui est possible, je dirai de mon point de vue d’universitaire, plus rien n’est possible. On constate que c’est consommé. Quel que soit le schéma à mettre en place, on va empiéter sur une nouvelle année.

Mais on a été confronté à un même cas, l’année dernière. Pourquoi c’est impossible cette année ?

Nous étions dans une situation où c’était encore rattrapable. Ici, nous avons déjà empiété sur la nouvelle année. Si on devrait sauver quelque chose, on prendra ce schéma. Le calcul rapide et plus simple  qu’on fait, nous amènerait en juillet 2017. Je rappelle que les cours du second semestre ne sont pas encore faits. S’il faut faire les cours, les évaluer, je crois que c’est difficile. Il y a lieu de constater que la situation nous a amené à un niveau où nous apurons le passé pour démarrer une nouvelle année. Là, on ne parlera pas d’invalidation de l’année mais d’une année qui s’est étirée sur une année civile ou deux. Je préfère communiquer de cette manière que de dire que l’année est invalidée. De toutes les façons, les diplômes que porteront ces étudiants ne porteront plus l’année 2015-2016.  Si ça doit être le cas, on se trouverait en situation de tricherie. Quel que soit ce qu’on fera, on se retrouvera  dans l’année 2016-2017. Donc techniquement, les aménagements sont impossibles. Ce n’est pas la décision d’une seule personne, fût-elle universitaire. Les techniciens de la chose universitaire devront alors se réunir afin qu’on puisse voir ce qui est encore possible.

Revenant à la seconde mesure relative au renvoi des 21 étudiants. Ne pensez-vous pas qu’il y a là au moins quelque chose à corriger ?

Il y a toujours quelque chose à faire. Ce quelque chose à faire peut être d’augmenter les cinq comme de réduire. Mais l’instance  qui a pris la décision et le processus qui a conduit à cette prise de décision doit être reprise pour voir à quel moment les acteurs seront sensibles aux différents signaux lancés par les parents, les étudiants et autres. C’est à ce prix seulement que les  enseignants peuvent accepter d’étudier les sanctions prononcées à l’issue des actes posés. Mais, il faut noter que  l’académique reste l’académique. Toutefois, je voudrais bien plaider pour que tous les éléments soient réunis pour qu’on puisse voir dans quelle mesure, on peut aider.

Quelles seraient alors les conséquences de cette invalidation de l’année pour l’université et les étudiants,  si tant est qu’on ne peut plus rien ?

D’abord ce sont deux semestres qu’on perd dans le  cursus. Et moi qui vous parle, j’en sais quelque chose. J’ai perdu ma première année à l’université. Je veux parler de l’année blanche de 1989-1990. Ensuite, leur parcours universitaire sera long d’une année. Ensuite, l’enregistrement des nouveaux étudiants sera difficile puisqu’on n’a pas libéré l’espace pour recevoir d’autres apprenants. Il y a donc un problème de flux à gérer. A chaque année suffit ses peines, car il faut des ressources financières, matérielles, humaines et autres  pour l’Etat  qui a investi. Nous sommes en train de perdre une jeunesse. Parlant maintenant des bourses des  étudiants, c’est le gouvernement qui décidera des dispositions à prendre sinon techniquement, il s’agit d’un redoublement collectif. En temps normal, on perd sa bourse ; maintenant, l’Etat peut, le recteur l’a dit, dans des mesures  exceptionnelles,  accompagner. Cela sort de l’académie et devient une exclusivité de l’Etat. Rassurez-vous, les enseignants vont  chaque fois s’acquitter de leur devoir.

Quels conseils pourriez-vous prodiguer aux étudiants ?

 Je dirai à mes amis étudiants qui me lisent actuellement de redevenir étudiants. Un étudiant n’est pas un frondeur absolu, ni un contestataire inintelligent. Un étudiant est un cadre de demain, une valeur sur laquelle la République s’appuie. Par rapport tout cela, ses faits, ses gestes et même son silence, doivent contribuer à un Etat prospère.  Je dirai à chaque étudiant où qu’il se trouve, de se démarquer d’un certain nombre de dérives qui se commettent en son nom. Je sais que la grande masse des étudiants n’est pas responsable de ces dérives. Poser la question individuelle aux étudiants sur le fait de répandre des excréments humains dans les salles de composition, dans leur  immense majorité, ils diront que c’est n’est pas bon. C’est eux-mêmes qui vont encore s’asseoir dans ces salles. Comment laver ses salles ? Comment exorciser les salles ? En tant que spécialiste de la religion, je sais ce dont je parle. Une fois qu’on aura lavé à la javel ou autres, il y a une dimension spirituelle d’exorcisme qu’il faut mettre en place parce qu’il s’agit des excréments humains. Je veux savoir les motivations les ayant conduits à l’acte . Je crois qu’il faut tenir un langage de vérité vis-à-vis de nos étudiants. On est à la croisée des chemins et il faut la fermeté. Ils pensent que l’université est le centre de l’univers. Non, c’est une partie de l’université.

Propos recueillis par Emmanuel GBETO

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