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Le triomphe de la vérité

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Simon Compaoré, Ministre de l’administration du territoire, de la décentralisation, de la sécurité intérieure du Burkina Faso: « Nous travaillons à faire du Burkina-Faso un Etat de droit»


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Simon COMPAOREDe l’insurrection populaire au coup d’Etat puis au double attentat du 15 janvier 2016 à Inabao et Ouagadougou, le pays des Hommes intègres retrouve aujourd’hui son statut d’Etat de droit grâce aux réformes mises sur pied par le gouvernement de l’actuel président, Rock Marc Christian Kaboré. Au détour d’une interview, le ministre en charge de l’administration du territoire, de la décentralisation, de la sécurité intérieure du Burkina, Simon Compaoré, revient sur les mesures prises en vue d’assurer la sécurité des personnes et des biens, le décollage économique du Burkina-Faso, la confiance entre les populations et aussi, de prévenir afin d’éviter que de pareils actes terroristes ne secouent encore le pays. Notre reporter l’a rencontré le mardi 14 juin dernier à Ouagadougou en marge de l’atelier sur le thème « Migration, mobilités et développement en Afrique ».

L’événement précis : Depuis les douloureux événements de l’Hôtel « Le splendide », où en êtes-vous avec les attentats ?

Simon Compaoré : Dans l’histoire de notre pays, c’est la première fois quenous avons subi une attaque terroriste dugenre le 15 janvier 2016. Deux attaques simultanées à Ouagadougou et à Inabao, dans une commune rurale appelée Tinakoavec 32 morts dont 30 à Ouagadougou et deux à Inabao.Depuis cette date, nous avons entrepris de nous réorganiser pour faire face à cette nouvelle menace. C’est des choses qui n’avaient pas libre cours au Burkina. Il a fallu voir au niveau des forces qui concourent à la sécurité du Burkina. Cette action n’est pas encore achevée.

 

Vous avez sans doute tiré des leçons de ce type d’attaque qui n’est jamais survenu au Burkina Faso. Pouvez-vous nous dire avec assurance si, aujourd’hui, les dispositions sont prises pour mieux protéger les Burkinabé et leur éviter ce genre de tragédie ?

Ce serait irresponsable de vous dire non. Etant donné que l’Etat est là pour veiller à la sécurité des personnes et de leurs biens, il est bien évident que depuis lors, nous avons pris un certain nombre de dispositions, non seulement dans les grandes villes mais aussi dans les petites, sur les routes nationales, départementales. Je ne sais pas si vous avez fait la route de Lomé ou de Cotonou à Ouagadougou, mais si c’est le cas, vous verrez que ce que je dis n’est pas un vain mot. Il y a des arrêts et des fouilles pour éviter que des objets dangereux ne rentrent sur notre territoire. Ceux qui sont venus avec ces objets ont pris par voie terrestre. Il est alors évident qu’il y ait suffisamment de fouilles sur tout ce qui rentre au Burkina. Vous aurez l’occasion de le constater, si vous êtes venus par avion et que vous deviez repartir par la route.

Et cela marche avec les différents corps des services de sécurité ? Il y a eu souvent des rivalités entre eux …

Nous avons fait en sorte qu’il y ait, au niveau des forces de défense et de sécurité, des contacts réguliers pour mettre de côté des guéguerres de police. C’est une façon de ne pas  permettre l’aboutissement des actions qui sont prises dans un pays.  Les guéguerres regroupent la guerre des polices, c’est-à-dire les gendarmes qui sont jaloux de leurs informations, de même que les policiers alors que nous vivons dans un contexte où il faut partager, agir pour avoir raison sur les forces terroristes.

 

Vous vous êtes donc mieux renseignés sur eux ?

Je dois dire que la raison l’a emporté sur tout le reste. Il y a même des citoyens qui nous appellent pour nous donner des informations quelques fois intéressantes. La police et la gendarmerie travaillent ensemble et je peux dire que c’est un nouveau tournant. Qui dit collaboration dit aussi victoire parce que la collaboration et l’information permettent, in fine, de savoir où aller, de connaitre les cibles sur lesquelles il faut agir et c’est bon pour le moral.

 

Avez-vous déjà enregistré des dérapages dans la sécurisation des populations ?

On peut parler des CONOHO, qui sont des initiatives locales de sécurité. Il y a trois jours j’étais dans l’est du pays, précisément à Fada N’Grouma, où j’ai eu à aborder cette question avec les forces vives.

 

Pouvez-vous nous dire quisont réellement les CONOHO ?

Ce sont des initiatives locales de sécurité qui traquent les grands bandits, les voleurs qui viennent nuitamment et même le jour qui endeuillent les familles, enlèvent les biens. Elles luttent contre le grand banditisme avec leurs fusils de chasse et même fabriqués localement, pour faire reculer ceux-là qui endeuillent les familles des paysans qui vivent dans les communes rurales. On ne peut pas condamner toutes ces initiatives parce qu’elles sortent du tréfonds des populations qui ont soif de sécurité. Malheureusement, on fait ce qu’on peut au niveau de l’Etat.

Ce n’est pas légal…Cela peut conduire à des problèmes de sécurité à long terme.

Le Burkina compte plus de 9.000 villages et je crois qu’il est difficile d’avoir dans chacun de ces villages un policier ou un gendarme. Il faut néanmoins faire très attention parce que certains pays ont commencé de cette façon et ont fini par des milices qui sont devenus des éléments incontournables.

 

Vous êtes dans une co-production de la sécurité collective.  Vous avez été maire de la commune de Ouagadougou et l’incivisme et le non-respect de l’autorité de l’Etat constituent pour vous des priorités. Quels sont les résultats concrets que vous avez déjà obtenus sur ces chantiers ?

La situation ambiante de l’incivisme et de défi à l’autorité communale et centrale tire son origine de notre récente histoire. Il y a deux ans, notre pays a connu des événements qu’on ne peut pas occulter si on veut faire une analyse fine de la situation qui prévaut. Nous avons connu une insurrection et une transition qui a débouché sur ce que nous vivons aujourd’hui, le retour de l’Etat de droits. Un président qui a été démocratiquement élu, un gouvernement avec à sa tête un premier ministre, une assemblée nationale composée de députés élus au suffrage universel direct. Ces institutions travaillent et font tourner la roue actuellement. Cela n’a pas été sans douleurs. On a brulé l’assemblée nationale au cours de l’insurrection. Il y en a qui ont vu leurs biens détruits, des gens qui ont trouvé la mort. Tout cela a pu donner à certaines personnes que cette situation peut perdurer. On pense malheureusement qu’à cause de l’insurrection, on peut invectiver un policier ou un gendarme qui vous rappelle à l’ordre. Voilà aussi d’où vient la situation que nous vivons.

Que faites-vous pour éviter ces déraillements ?

Nous avons entrepris d’arrêter cette tendance parce que c’est mortel et on sera dans l’incapacité d’exercer l’autorité de l’Etat. Nous avons pris des mesures contre l’incivisme sur nos routes, et si vous sortez, vous verrez que ce que je dis n’est pas de vains mots.  Le respect des feux tricolores, du sens interdit, du code de la route sur les grands axes à propos de ceux-là qui transportent les personnes d’une ville à une autre ; nous avons vu des accidents qui ont causé plusieurs pertes en vies humaines et on a dit qu’il faut que ça cesse. Nous avons instruit des services qui travaillent sur le terrain à prendre des mesures pour les véhicules qui sont surchargés, qui font du voyage mixte et de la vitesse alors qu’ils transportent des personnes. Vous pouvez faire l’expérience et vous verrez. Vous allez être fouillé et ramené à l’ordre si vous faites de la vitesse. Dans cette ambiance d’incivisme et de défi de l’autorité centrale, nous avons pris des mesures fortes qui vont se poursuivre. C’est une ligne de conduite qui va être désormais menée.

Il y a quelques jours, les boulangers ont manifesté avec quelques dégâts. On dirait que la mayonnaise ne prend pas encore…

Oui, avec cette grève des boulangers, il y a trois jours, on a vu des actions pour lesquelles j’ai attiré l’attention des policiers. Il faut que les citoyens soient informés de leur droit de grève et de ses limites. Ils n’ont pas le droit de brûler ou de casser des boulangeries. Ils vont reprendre la grève [cette grève a été reprise le 19 juin 2016 : Ndlr], mais ce sera une grève polie, normale qui rentre dans le circuit de ce qu’on peut tolérer dans un Etat de droit.

 

De la dernière élection présidentielle, on peut dire que le Burkina Faso a renoué avec l’Etat de droit. Quels sont les chantiers prioritaires et les niveaux d’énergie que le gouvernement a mobilisés pour en arriver là ?

Notre président a dit des paroles fortes le jour de son installation. Il a parlé de l’Etat de droit et de la démocratie qui ne peuvent se faire dans un contexte sécurisé où il y a la liberté, la sécurité et le respect de l’autorité de l’Etat. C’est un vaste chantier qui fait partie de son programme. C’est un élément de ce programme qu’il ne cesse de rappeler. On travaille dessus et faisons en sorte à avoir des éléments à implémenter et traduire dans la réalité pour sa mise en œuvre. Il a aussi dit ce qu’il faut éviter. C’est de revenir à la case départ. C’est pourquoi il a dit, dans son programme, qu’il faut qu’on passe à la cinquième République c’est-à-dire des programmes d’une nouvelle constitution pour faire en sorte que tous les avantages et difficultés que nous avons connus, tous les dangers qui ont émaillés notre parcours lors de la quatrième République, n’apparaissent plus comme si on désapprend ou on n’en tire pas des leçons.

Où en est ce projet ?

Une commission constitutionnelle a été mise en place, avec à sa tête le président, qui a deux mois pour élaborer la nouvelle constitution qui sera soumise en référendum. C’est toujours dans l’axe que tous les dirigeants puissent s’amarrer à un référentiel solide qui puisse leur permettre de ne pas aller dans le décor. C’est aussi une priorité.

Le quotidien des Burkinabè. Les besoins primaires font défaut ?

C’est vrai et la priorité des priorités est d’aller vite à la rencontre de la satisfaction des besoins basiques des populations qui se traduisent en termes de santé, d’éducation, d’eau potable, de production de la richesse. Ce sont des préoccupations pour lesquelles l’Etat est en train de mobiliser les ressources nécessaires parce que l’une de nos difficultés a été la chute de notre économie. Il nous faut revenir à la surface, faire en sorte que l’économie et la production reprennent, et que la production des richesses puisse être au rendez-vous pour qu’on puisse faire une juste répartition des fruits de ces richesses. C’est autant de chantiers qui font qu’aujourd’hui, au niveau de la santé, des projets ont commencé par voir le jour. Il s’agit de la prise en charge gratuite des enfants de zéro à cinq ans, la prise en charge des femmes en ce qui concerne le cancer de l’utérus. Au jour d’aujourd’hui, les examens sont gratuits pour cette catégorie de population qu’est la gente féminine. Au niveau de l’éducation, il y a aussi des projets tels que la construction des écoles pour qu’à la fin du quinquennat du président, on ne puisse plus voir des enfants en train de prendre des cours sous des paillottes. Comme partout ailleurs en Afrique, les universités sont malades, moribondes. Le président a des stratégies pour répondre au problème des universités. On veut faire en sorte que notre système éducatif ne soit plus un système qui ne produit que des chômeurs, mais des centres qui produisent des ressources humaines prêtes à booster l’administration et la croissance

 

Qu’est ce qui pourrait montrer que la mauvaise gouvernance est inversée dans le pays des hommes intègres ?

Je suis très à l’aise pour vous dire que le président ne blâme pas sur cette question. Au premier conseil des ministres, il a clairement dit que nous, ses collaborateurs, devions faire beaucoup attention. Contrairement à ce qui est dans l’imaginaire des populations, « les ministres peuvent être débarqués en plein midi » c’est-à-dire que même si vous faites partie du pouvoir, le président ne va pas se demander si vous êtes son compagnon ou non avant de vous infliger une sanction. Il l’a dit et c’est public. C’est pour dire qu’il y a vraiment une volonté de couper le cordon par rapport à la mal gouvernance et à la corruption. Celui qui se fait prendre ou qu’on prendra la main dans le sac est cuit. Les ministres sont au bureau très tôt. Moi, je suis venu ici à sept heures et quart, et je vous dis, selon la bonne gouvernance et le respect du bien public, que nous sommes plusieurs ministres à rouler avec nos propres véhicules pour venir au boulot.

 

Pourquoi ?

C’est une convenance personnelle pour montrer que quand on est nommé ministre, on ne vient pas profiter des véhicules de l’Etat ou des biens de l’Etat.

 

N’êtes-vous pas dans une exagération d’utiliser votre propre véhicule monsieur le ministre, puisque vous avez quand même droit à des moyens pour travailler en tant que ministre d’Etat ?

C’est moi qui ai pris la décision. On ne me force pas. J’estime que j’ai un véhicule et que je peux l’utiliser soit pour venir travailler ou pour aller en mission. C’est une convenance personnelle.

 

Et que feriez-vous quand le véhicule sera abimé ?

Je ne suis pas ministre ad vitam aeternam. C’est un passage. Moi, j’ai une autre conception de ce service. Au moment donné, on vous dira de faire le bilan de votre travail. C’est un passage. Ce n’est pas la maison paternelle.

 

Avez-vous fait une déclaration de vos biens après votre nomination ?

Tous les ministres de la République ont le devoir de le faire et ils l’ont fait. C’est clair et c’est net

 

C’est rendu public ?

Absolument

 

Les acteurs des médias attendent que la lumière soit définitivement faite sur l’affaire Zongo. La première référence à laquelle on fait allusion au Burkina Faso en matière de journalisme est Norbert Zongo. Que fait le gouvernement burkinabé pour satisfaire cette attente ?

Même si vous faites en sorte qu’il y ait un brouillage dans une décision de justice, dans un Etat de droit, il y a le gouvernement qui initie les actions, l’Assemblée qui vote les lois et la justice qui rend justice. C’est les trois principales entités dans un Etat de droit. Ce qu’on demande à l’Etat, c’est de permettre à la justice de faire son travail. Je crois qu’au jour d’aujourd’hui, toutes ces questions sensibles, pas seulement celle de Norbert Zongo, mais aussi de Thomas Sankara et autres, on ne peut pas reprocher à l’Etat de n’avoir pas mis tout ce qu’il faut pour que justice soit rendue. Ce n’est pas à l’Etat de rendre la justice.

 

Seriez-vous en train d’accuser la justice ?

Non. Je veux dire qu’il est temps que chacun joue son rôle. C’est notre système qui veut que ça soit ainsi. Quand certains viennent poser des manœuvres dilatoires, ça me choque. Dans l’armature judiciaire, il y a des règles, mais le commun des mortels ne comprend pas cela. C’est comme si on protégeait des voleurs. Or la procédure veut qu’on pose certains actes. C’est ce qui est difficile avec le type de justice que nous suivons. Il faut suivre les procédures qui, parfois, durent jusqu’à quinze ans. Je n’accuse pas les juges qui sont aussi obligés de suivre la procédure.

 

Vous espérez alors que les affaires Zongo et Sankara aboutissent un jour ?

Non, pas un jour. On pense pouvoir évoluer très rapidement.

 

Dans le même temps, on peut faire des projections sur l’avenir et prévoir le temps qu’il faut pour solder ces affaires ?

Comment voulez-vous que moi, Simon Compaoré, puisse donner une date ? Je ne suis pas le juge et je n’ai pas non plus la charge du dossier. Je veux que cela soit réglé le plus vite possible parce qu’il faut vider le délibéré. C’est mon point de vue, mais ce n’est pas moi qui juge. Ce n’est pas moi qui suis à la main d’œuvre. Voilà les difficultés que nous avons. Je suis aussi du côté de ceux qui pensent que les responsables du coup d’état soient jugés très rapidement. C’est mon vœu, mais la réalité est tout autre

 

Il y a les procédures

Etes-vous d’accord avec ces procédures ? Allez-vous accuser le président de n’avoir pas fait sortir les dossiers Thomas Sankara, Norbert Zongo ou celui des putschistes ? Nous avons besoin que toutes ces questions soient résolues pour envisager  l’avenir avec beaucoup de précautions, mais malheureusement, nous n’avons pas les clés de ces portes. Si on les avait, elles seraient ouvertes depuis longtemps.

 

Le dossier qui manque est celui de Guillaume Soro qui semble être dans le collimateur de la justice burkinabé. Où en est le dossier et que lui reprochez-vous ?

Sur cette question, je veux rester responsable. Ce n’est pas Simon Compaoré en tant qu’individu qui parle. Je suis membre d’un gouvernement et ainsi il faut savoir quoi dire, quand le dire et avec qui le dire. Je ne veux pas me laisser aller à des légèretés. Vous savez déjà tout ce qu’il faut savoir. On sait pourquoi il y a eu un mandat d’arrêt, même si vous n’êtes pas burkinabé.

 

Vous prenez beaucoup de précautions et ça donne l’impression que le dossier est brûlant

La personne dont vous parlez n’est pas un simple citoyen, mais une autorité d’un autre pays et quand on est responsable, on contrôle sa bouche et sa langue. Je ne connais pas la peur mais ne pas avoir peur et être responsable c’est différent. Je n’ai plus rien à dire. Il y a eu mandat d’arrêt et point barre. Peu importe que je sois content ou pas. Je suis ministre en charge de la sécurité intérieure et chaque jour j’ai des informations sur ce qui se prépare. Sur cette question, je m’en tiens à la situation actuelle et comme vous, j’ai appris, entendu et lu. Nous sommes au même niveau d’information

 

Le sujet sur lequel vous avez des informations à nous donner est celui relatif au colonel Zida dont des accusations de mauvaise gouvernance ont été portées contre sa personne. Qu’est-ce qu’il en est réellement avec cette question ?

Je crois que là aussi vous vous trompez de personne. Je ne suis pas le ministre de la justice. C’est dans les journaux que je m’informe

 

Mais vous êtes mieux informé que les journaux

Vous êtes très dangereux, vous les journalistes parce que vous avez des informations que même les présidents n’ont pas. C’est dans la verve de votre métier. Je viendrai à votre école.

 

Cela a été dit en conseil des ministres et vous êtes ministre d’Etat

C’est quoi un ministre d’Etat. Le ministre est un serviteur. Je suis venu et je partirai comme je suis venu. Pour ce dossier dans lequel on a accusé le colonel Zida, je dis qu’il y a la présomption d’innocence pourvu que les choses se mettent dans le boitier et que chacun se mette à s’expliquer. On a autre chose à faire que de passer le temps à commenter des choses sur des gens. Si vous faites comme ça, les gens vont passer leur temps à vous accuser pour des affaires dans lesquelles les populations ont une priorité dans des domaines fondamentaux.

 

Au Burkina Faso vous avez quand même un ancien ministre qui semble ne pas vouloir revenir du Canada, des rapports volumineux et accablants. Comment cet ensemble de choses sont gérées par le gouvernement auquel vous appartenez ?

Avec beaucoup de sérénité

 

C’est-à-dire ?

Dans la vie d’un homme comme le Chef de l’Etat, il faut savoir tracer son sillon. Nous avons tracé le nôtre à travers notre programme présidentiel et on nous attend autour de la piste. Nous avons le devoir de redevabilité et on se prépare activement. Nous ne sommes pas le seul pays qui a ce genre de préoccupation, mais la vie n’est pas faite que de cela. Il y a ces problèmes qui trouveront des solutions. Il n’y a pas à se mouvoir, à trembler. On dit chez nous, « la rivière a tellement bouffé de grosses choses que certains ne peuvent pas vous mettre en transe ». C’est pour ça je dis qu’il faut être serein car la sérénité a de l’importance sur tout. Quand vous n’êtes pas serein, vous commettez des erreurs. Dans la gestion de l’Etat, il faut savoir rester serein.

 

Voulez-vous dire que l’ombre de Blaise Compaoré plane toujours sur le Burkina ?

Non. Moi j’ai la conscience tranquille pour avoir travaillé avec lui pendant plusieurs années. Ce qui m’habite n’est pas ça. C’est la question de sécurité du pays pour que les gens puissent avoir en nous la sérénité, quand ils vont au champ, quand ils vont paître leurs troupeaux, quand ils vont au travail et qu’ils disent qu’ils travaillent pour eux, leur famille, leur nation. Le reste, c’est du domaine de l’histoire.

 

Pour vous qui avez été maire de la commune de Ouagadougou. Quel est votre regard sur les intercommunalités dans le domaine de la décentralisation ?

L’Etat a eu raison d’adopter la décentralisation comme étant le moyen le plus rapide pour aller vers le développement. Des expériences ont été initiées depuis les indépendances, mais, in fine, lorsqu’on fait le bilan, on se rend compte qu’il faut repenser notre stratégie d’attaque avec les questions de pauvreté et de développement. C’est pourquoi a adopté la décentralisation permettant d’amener les populations à aller à l’assaut de la Bastille. Nous avons 302 communes rurales, 49 communes urbaines. Il va falloir qu’il y ait de l’entraide, que celui qui excelle dans le domaine de la propreté, de l’assainissement puisse partager ses expériences avec la commune voisine qui sombre dans ce domaine. Voilà ce qui permet l’intercommunalité et la raison pour laquelle une seule commune ne peut pas résoudre la question des ordures. Il faut que les communes se mettent ensemble pour trouver une résolution pouvant marquer ce phénomène. L’intercommunalité permet aussi de globaliser les choses et d’avoir des solutions à une échelle plus importante qui permette à chaque commune d’avoir des retombées positives. Il faut mutualiser les moyens pour certaines préoccupations des communes. Voilà ce que l’intercommunalité permet et il faut mutualiser cela

 

Que diriez vous pour conclure ?

Je voudrais simplement dire à vous journalistes qui n’êtes pas souvent contents des dirigeants parce qu’il ne parle pas beaucoup. Je voulais simplement dire, c’est vrai qu’il faut parler, de temps en temps, mais je dirai comme l’autre en anglais, « let’s talk, more action march ». Ce qui veut dire moins de parole, beaucoup d’actions.

Entretien réalisé par Gérard AGOGNON

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