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Le triomphe de la vérité

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Edito: Les vindictes du ras-le-bol


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logo journalLe samedi 18 juin 2016 restera gravé dans les annales de la commune de Klouékanmè. Ce jour-là, une foule en furie a envahi les locaux de la gendarmerie et porté en triomphe le Chef Brigade qui  venait de capturer trois présumé malfrats. Ici, si les populations pouvaient décorer le Chef Brigade immédiatement, ils l’auraient fait, mais il méritait bien  le triomphe qui lui avait  été réservé.  Il venait de mettre la main sur un gang qui s’était spécialisé dans des actes de braquage particulièrement odieux. Non content de déposséder les victimes de leurs biens, les gangsters semaient la terreur autour d’eux.  Avant leur arrestation, ils avaient réussi, en deux semaines,  à arracher  une dizaine de motos à leurs propriétaires avant de les charcuter sauvagement. « Armés de machettes, ils se déplacent à deux sur une moto, sillonnent les artères très fréquentées et pourchassent les conducteurs de motos neuves, souvent les marques les plus en vue (Haojue, Dream, Wave ou Sanya) », rapporte un reporter. Dans  la nuit du 5 juin dernier,  une nourrisse  et son bébé ont été passés au fil de la machette, soulevant l’émoi au sein de la population. A Klouékanmè, chacun s’était félicité de l’arrestation de la bande des criminels, d’où l’orgie de feu et de sang qui s’en est suivie.

A dire vrai, contrairement à une idée largement répandue, ceux qui se vengent par le supplice du collier, ne protestent pas contre les lenteurs de la justice ni contre l’impuissance des forces de sécurité. Le cas patent de Klouékanmè nous révèle que les populations ont, au contraire, salué la bravoure des forces de l’ordre, cependant qu’elles ont pris les malfrats de force et les ont brûlés vifs. Il en est malheureusement de Klouékanmè comme de Fidjrossè, de Vèdoko ou de Tankpè.   Une quinzaine de présumés malfrats ont été pris dans ces localités, torturés à mort par les méthodes les plus infâmes et finalement passés au feu, depuis environ un mois. Ce qui arrive, c’est que  tout le monde est abasourdi par l’indicible cruauté des gangsters.

Leur objectif ne semble plus être seulement d’arracher les biens de leurs victimes. Ils ont en tête de créer la terreur dans les localités, de semer une épouvante similaire à celle de Boko Haram au Nigeria. Les malfrats ne volent plus pour prendre le bien d’autrui, ils détruisent, volent et violent par plaisir. C’est un pur plaisir sadique qui anime ces âmes sombres et ténébreuses qui se promènent dans les rues la nuit, gorgées de sang et de drogue. Ils veulent voir couler le sang humain, voir s’arracher des bras. Ils ont soif de la douleur, affamés des cris stridents des femmes qu’ils violent et mutilent à souhait, au lieu de se contenter de prendre une moto, un poste téléviseur ou de voler quelques bijoux. Ce sont des âmes perdues, noircies au séjour du diable, qui n’en peuvent plus de voir leurs semblables vivre en paix. Ils ont un impérieux besoin de voir les gens agoniser dans leur sang.

Les braquages à l’arme blanche ne se font plus seulement pour arracher une moto ou quelques bijoux. Le nouveau mode opératoire consiste désormais à se délecter du sang  répandu. L’objectif est sadique, la méthode proprement inqualifiable. Avec Klouékanmè où ils sont allés jusqu’à abattre une femme et son bébé, la visée est simplement d’ordre terroriste.

La population a-t-elle donc raison de s’attaquer aux présumés malfrats avec autant de violence ?

Telle qu’elle est posée, la question de la légitimité de la vindicte populaire questionne l’humain en nous. La pratique est légalement inacceptable et humainement intolérable. Mais elle intervient dans un contexte où le sang des innocents est répandu sans pitié. La réaction légitime d’une partie de la population ne peut que s’inscrire dans la logique de l’équilibre de la terreur. Il s’agit de montrer aux malfrats coupeurs de bras, charcuteurs de bébés et de femmes, qu’ils ne sauraient se passer de la douleur et de la mort qu’ils répandent souvent impunément.  Ceux qui jugent les acteurs de la vindicte populaire doivent aussi comprendre que la foule qui hurle sur des malfrats n’est pas ivre de haine. Elle réagit simplement à la terreur insensée de ceux qui ne méritaient pas de vivre.

  Par Olivier ALLOCHEME

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