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Le triomphe de la vérité

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Edito: Les OGM en question


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logo journalLe Bénin a eu raison dès le départ. En mettant un moratoire sur l’utilisation des organismes génétiquement modifiés (OGM), notre pays a montré qu’il pouvait avoir de l’avance sur bon nombre d’Etats  de la région. Et pour cause, depuis avril 2016, le Burkina Faso a officiellement renoncé à l’utilisation des OGM après une série de déconvenues qui ont impacté négativement la production cotonnière. Quatre des 19 millions de Burkinabè   vivent directement ou indirectement de l’ « or blanc. »

Le pays avait adopté les OGM et y  avait principalement ouvert son agriculture, dès 2011. Aujourd’hui, le bilan est plus que mitigé. Autrefois très apprécié sur le marché mondial pour sa pureté et la longueur de sa fibre, le coton burkinabè a décliné. Le label a été perdu, occasionnant des pertes évaluées à 48,3 milliards de FCFA pour la période 2011-2016. En l’espace de trois ans, le taux de champs emblavés en coton Bt devrait passer de 73 % (lors de la campagne 2014-2015) à 0 (lors de la campagne 2016-2017 qui doit débuter dans les semaines à venir. Dans un an, plus aucun gramme de coton génétiquement modifié ne devrait être produit dans le pays.

Et pourtant, la plupart des Etats avaient énormément compté sur le Burkina Faso.  On cherchait à analyser ses succès et ses échecs. L’objectif technique majeur  était de contrôler les ravageurs. Il n’a pas été atteint. Et les pertes ont été énormes. Le record en la matière, selon les données de l’AICB, date de l’année dernière : les producteurs ont obtenu en moyenne 1,1 tonne de coton Bt par hectare, à peine plus qu’avec le conventionnel. On attendait 4 à 5 tonnes à l’hectare. Avant l’introduction du transgénique, les soies longues représentaient 93 % de la production, et les soies courtes, 0,44 % – les longueurs intermédiaires représentant le reste. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée : les soies courtes représentent 56 % de la production, et les soies longues, 21 %.

A la barre, il y a la firme américaine Monsanto, qui contrôle le marché de fourniture des semences transgéniques. Leader mondial des intrants agricoles, elle avait enregistré un fiasco analogue en Inde après y avoir commercialisé à partir de 2002 une autre génération de coton Bt, avant de reconnaître, huit ans plus tard, qu’elle n’était plus efficace contre les ravageurs. Entre-temps, des dizaines de paysans endettés s’étaient donné la mort… en ingurgitant des pesticides. Mais cette expérience n’avait pas servi à quelque chose dans la décision burkinabè. C’est Monsanto qui a livré les semences coton transgénique aux paysans et provoqué leur ruine.

Au Bénin, la situation est toute autre. La société civile a mené une véritable guérilla pour empêcher l’Etat d’adopter les semences transgéniques. Aujourd’hui, les faits lui donnent raison.  Le Bénin fait partie des premiers pays à avoir  ratifié le Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques. Ce protocole a été assorti en 2010 d’un protocole additionnel, en cours de ratification : le protocole de Nagoya Kuala Lumpur sur la responsabilité et la réparation.

Mais si les semences sont plus ou moins contrôlées au Bénin, il n’en est pas vraiment de même pour les aliments importés. Les frontières béninoises étant réputées poreuses, personne ne peut dire avec certitude que nous n’importons pas des Etats-Unis du maïs ou des sardines transgéniques.

Mais là où le problème se corse, c’est que le Bénin lui-même produit ses propres semences  transgéniques. Sans aucune protestation de la société civile. Des laboratoires sophistiqués existent et qui sont capables de produire des centaines de milliers de plantules issues de manipulations génétiques. Dans le cadre de la promotion de l’ananas par exemple, les plantules sont devenues un recours pour les producteurs…

Seulement ici, à la différence du Burkina-Faso qui s’est mis sous la coupe réglée de Monsanto, les producteurs n’ont pas été contraints de traiter avec une multinationale qui pourrait les rendre dépendants d’un seul fournisseur d’intrants, avec les risques énormes que cela implique.

Par Olivier ALLOCHEME

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