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Le triomphe de la vérité

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Sabi Biaou, aux présidentiables: « Arrêtez de penser que les artisans sont des indigents »


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Sabi Biaou okIl est le Secrétaire général du Syndicat des garagistes et automobilistes du Bénin (Syngap-Auto-Bénin). Sa raison d’être semble devenir le combat effréné pour un secteur de l’artisanat plus rayonnant. Dans cette interview, Sabi Biaou s’adresse aux présidentiables. Comme à son habitude, il a encore lancé des piques. Lisez.

L’Evénement Précis : Vous avez l’habitude, en tant que responsable syndical du secteur de l’artisanat, de beaucoup tempêter pour que les gouvernants  travaillent mieux au rayonnement du secteur de l’artisanat. Après 10 ans de gestion, Boni Yayi s’apprête à partir. Quels les acquis de vos luttes avec ce régime finissant ?

Sabi Biaou : Notre dernière réaction date de 2012. C’était à l’occasion d’une lettre ouverte que nous avons adressée au ministre de l’artisanat qui était pratiquement restée sans suite. Par la suite, nous avons été approchés, toujours est-il que nous sommes restés sur notre soif. En parlant d’acquis, je dirai que le président Boni Yayi a réussi à nous mettre en place les Chambres de métiers qui, au demeurant sont inutiles. En dehors de ça, je pense que le musèlement des artisans se poursuit à travers la Confédération nationale des artisans du Bénin qui  demeure une structure faitière pour un secteur qui compte aujourd’hui plus de 200 métiers selon la nomenclature des métiers. En gros, je dirai qu’il n’y a pas eu d’avancées. Pour preuve, vous verrez qu’aujourd’hui, n’importe qui peut s’improviser artisan et s’installer. Même les apprentis non libérés s’installent à leur compte, mais contre ça, vous ne pourrez y rien faire. Parce que justement, on a réussi à fragiliser les associations professionnelles qui entre temps, veillaient au grain. Et cette fragilisation passe par la confédération dont la politique a aggravé la situation dans le secteur.

N’est-ce pas pour vous un acquis le fait que les apprentis libérés reçoivent désormais un diplôme cosigné par l’Etat ?
Je reconnais que c’est un acquis, mais je peux vous garantir que le diplôme ne donne pas un sens à l’homme. C’est l’homme lui-même qui donne un sens à son diplôme. Quel le cadre qui est aujourd’hui créé pour chacun puisse s’affirmer ? Il n’y en a pas. Il ne sert donc à rien d’avoir un diplôme pour lequel vous n’avez pas toutes les compétences qu’il faut. Cela n’a pas de sens. Lorsque nous parlons de structuration de branches professionnelles par exemple, cela facilite la tâche en ce qui concerne les référentiels de formation. Pour ce qui est du secteur de l’automobile qui me concerne plus, le problème  s’observe au niveau de la  mécanique automobile et la maintenance. Ceux qui travaillent aujourd’hui dans la réparation des automobiles sont des maintenanciers. Mais cette branche n’existe pas en matière de formation. Ce ne sont  donc que ceux qui font l’apprentissage traditionnel de la mécanique qui sont beaucoup plus les maintenanciers. Mais à l’école même, c’est beaucoup plus la mécanique automobiliste qui est enseignée. Et ça par exemple, c’est un handicap pour le rayonnement du secteur de l’automobile.

Nous sommes à la veille de l’élection présidentielle, donc d’un changement de régime. Beaucoup de vos compères s’alignent déjà derrière des candidats. Vous,  en tant que responsable syndical, quelles sont les doléances que vous voulez soumettre aux présidentiables ?
Je voudrais d’abord faire une précision. Une association professionnelle n’est pas une association politique pour s’aligner derrière un candidat. Une association professionnelle travaille pour défendre les intérêts de sa corporation. A ce titre, une association professionnelle, c’est pratiquement une opposition à tous les régimes parce qu’en permanence, nous sommes là pour exiger des gouvernants, un peu plus d’attention afin que le  secteur puisse réellement participer au développement. A travers la satisfaction de nos priorités.

Quelles sont ces priorités que vous voudriez bien que le prochain président prenne en compte ?
Je me pose d’abord des questions de savoir si tous les candidats qui parlent du secteur de l’artisanat savent réellement de quoi ils parlent. Parce que j’en ai vu qui en parlent de façon superficielle. Pour eux, c’est un secteur qui regroupe des indigents pour qui il faut apporter des solutions. Pour nous donc, nos priorités, avant toute chose, c’est de demander aux gens d’arrêter de considérer les artisans comme des indigents. Lorsqu’ils vont cesser de nous considérer comme ça, ils nous associeront à leurs réflexions et nous leur dirons ce qu’il nous faut réellement. Ensuite, et c’est le plus important, c’est de valoriser le secteur en permettant tout au moins qu’une réglementation soit appliquée pour que la pagaille observée jusque-là cesse. Parce que cela est source de démotivation pour les jeunes envers les métiers de l’artisanat. La structuration du secteur pourra nous créer beaucoup plus de filières, et donc beaucoup plus d’emplois pour les jeunes. Je pense que c’est de cette dynamique qu’on a besoin pour construire notre secteur.

En guise de conclusion, comment se porte aujourd’hui le Syngap-Auto-Bénin ?
Le Syngap-Auto-Bénin se porte bien grâce à ses dirigeants qui sont toujours dans la dynamique de l’unité d’action. Seulement que nous avons fait l’option de ne plus faire des déclarations publiques. Et ce n’est pas  par peur de représailles, car quel que soit le président qui sera élu, il ne pourra pas dissoudre un syndicat ou une association tant que ses membres restent collés aux textes de la République en ne se mêlant pas à la politique. Cette option que nous avons choisie au niveau du Syngap-Auto-Bénin est donc une stratégie d’action bien huilée.

Propos recueillis par Donatien GBAGUIDI

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