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Le triomphe de la vérité

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Polémique autour de la Présidentielle de 2016: Les preuves d’un impossible K.O.


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Page 7 okAu lendemain de l’officialisation à la CENA, le 12 janvier 2016 de l’alliance « Fcbe-Prd-Rb » en faveur de Lionel Zinsou-Derlin candidat à la présidentielle de février 2016, il se développe une stratégie de communication tendant à faire incruster dans la conscience populaire l’irréversible K.O., dès le 1er tour, au profit de ce dernier. Un rêve ou une option possible.
Les arguments avancés se limitent à la sommation des scores des Fcbe, du PRD et de laRB. Dans les tournées politiques du candidat ou de ses soutiens, l’hymne du K.O est entonnée à l’entame de toutes les activités. L’ancien ministre de l’Intérieur, de la Sécurité publique et des Cultes, Honorable Bénoît Dégla, est formel : « Le K.O est assuré. Ils seront surpris. On a la plus grande coalition possible », confie-t-il en justifiant que la victoire de l’alliance FCBE à l’élection présidentielle du 28 février prochain, et ce dès, le premier tour, est plus que certaine car Lionel Zinsou-Derlin n’aura pas besoin d’aller au second tour avant de gagner l’élection présidentielle comme l’avait fait, cinq ans auparavant, le chef de l’Etat, Boni Yayi, alors candidat à sa propre succession. Ce leader politique de la mouvance pense qu’avec la Renaissance du Bénin (RB) qui a 7 députés, le Parti du Renouveau démocratique (PRD) avec ses 10 députés aux côtés des 33 députés des Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE), soit un total de 50 parlementaires sur les 83 que compte le Bénin, ils ont déjà gagné les élections.
Comme ce leader de la mouvance, ils sont d’ailleurs nombreux, les supporters de la majorité présidentielle, y compris des leaders du Prd comme le maire Michel Bahou à penser qu’« avec la présence du Prd, le K.O est acquis » et à emboucher la trompette en scandant devant les foules, les écrans de télévision qu’il n’y aura pas un deuxième tour. Une stratégie de campagne, un mythe ou une réalité ?

Addition numérique et réalité du terrain

Cette seule argumentation suffirait-elle à en faire une machine à broyer au point de faire passer Lionel Zinsou-Derlin dès1er tour ? La constitution béninoise prévoit les conditions d’un K.O : 50% des suffrages exprimés dès le 1er tour pour une élection à deux tours. En réalité, c’est l’expérience réussie du K.O. de 2011 qui conduit le régime à espérer un nouveau succès. C’est ce qui justifie le choix politique de Boni Yayi à contracter un mariage forcé et circonstanciel avec ses opposants en s’imposant un candidat venu de l’extérieur. L’officialisation de l’alliance Fcbe-Prd-Rb qui porte ce candidat a surpris, non seulement l’opinion publique, mais surtout les adversaires du dauphin du président sortant. En l’absence du nom du président sortant, Boni Yayi sur le bulletin de vote, un nouveau K.O est-il possible 5 ans après mars 2011 malgré la participation des FCBE à cette alliance ? Les choses ne sont pas si simples avec une équation à géométrie variable.A y voir de près, l’alliance Fcbe-Prd-Rb crédite d’emblée Lionel Zinsou-Derlin d’une large opinion favorable et laisse présager que la coalition engagée pour la continuité n’a plus besoin de se gêner outre mesure pour conquérir le palais de la Marina. A tort ou à raison, il est donc considéré comme le grand favori de la prochaine présidentielle. La machine électorale composée des Fcbe, première force politique, le Prd, 2ème force politique et la Rb, force politique non négligeable dans le Zou et le Littoral, peut laisser croire à une écrasante victoire. Mais rien n’est sûr. En face de certains facteurs déterminants qu’énoncent certaines personnalités très proches du régime sortant, on mise moins sur une victoire dès le 1er tour. Le premier handicap au K.O. est le nombre pléthorique de candidats à la présidentielle du 28 février. Le deuxième obstacle se résume aux multiplesfissures dans l’ancien bloc de la majorité présidentielle de Boni Yayi. La dernière barricade est la real politik.

Le nombre de candidats, facteur déterminant d’émiettement

Ils sont 36 à être autorisés par la Cour constitutionnelle comme candidats. . Un nombre pléthorique. Jamais le pouvoir n’a suscité autant d’envie. Cette situation obscurcit le paysage politique béninois au point de bousculer les données. Il apparait très difficile pour un candidat ou une alliance d’envisager qu’un ratissage large sur toute l’étendue du territoire national pour s’adjuger le fauteuil présidentiel dès le 1er tour. En 2011, il y avait très peu de candidats la présidentielle. Parmi eux, il n’y avait que quelques-uns qui avaient une réelle aura avec une assise politique. C’est dans ces conditions peu favorable à l’émiettement des voix que Boni Yayi avait réussi à rassembler, au 1er tour, 1.579.550 voix, soit 53,14% contre 1.059.396 voix, soit 35,64%, pour le candidat Adrien Houngbedji. Pour la présidentielle de 2016, le positionnement géographique des candidats sur le territoire national change carrément la configuration politique. Une victoire par K.O. n’est pas évidente. En l’absence de Boni Yayi, le vote ethnique, une réalité socio-culturelle et politique va rythmer la présidentielle. Dans l’aire Dendi au niveau de l’Alibori, il est difficile de faire plier facilement Bako Arifari et Salifoi Issa. Dans le reste de l’Alibori et surtout dans le Borgou, un Baatonou comme Robert Gbian va être au contrôle puisque le groupe socio-culturel Bariba est majoritaire dans les 14 communes.Il sera difficile pour Bio Tchané, plus enraciné que jamais, de se laisser distraire dans la Donga. A côté de ces fils du terroir dans le septentrion, il y a aussi Patrice Talon qui dispose d’un réseau fait de leaders locaux, grands producteurs de coton et donc mobilisateurs de foule. La présence de Rachidi Gbadamassi aux côtés de Sébastien Ajavon, va faire rogner à ce dernier quelques voix dans les communes de Parakou, N’Dali, Pèrèrè et Tchaourou. C’est dire que les voix, dans le septentrion, seront réparties entre plusieurs candidats dont Lionel Zinsou-Derlin qui ne bénéficie pas de la même faveur que Boni Yayi qui avait imposé sa suprématie dans le septentrion en 2011. C’était une véritable razzia. Dans le centre, les Collines sont acquises à la cause de Lionel Zinsou-Derlin. Il n’a pas de souci à se faire. Il prendra une nette avance sur ses challengers. Car avec la présence des personnalités comme Komi Koutché, Benoît Dègla, Oba Chabi Dénis, André Okounlola, Edmond Agoua, Lionel Zinsou battra par K.O tous les autres présidentiables. Cette région étant un électorat acquis à la faveur du premier ministre candidat. Par contre, le Zou est saucissonné. La zone Agonlin est occupée par NatondéAké, candidat, et Yahouédéou et Koty, respectivement pour le compte des candidats Ajavon et Koupaki. Dans les communes comme Agbangnizoun, Abomey et autres, les candidats Ajavon – soutenu par Zéphirin Kindjanhoundé, Malèhossou, Parfait Houangni, Nazaire Sado, etc – et Talon prendront se partageront les voix avec la RB et les FCBE piliers de Lionel Zinsou-Derlin. Ici aussi, les voix seront donc émiettées alors qu’elles avaient été facilement réparties en 2011 entre Boni Yayi et Houngbédji, alors soutenu par l’Union fait la Nation. Rien à dire dans le Plateau et l’Ouémé ou Zinsou fera certainement le plein pour boucher l’énorme manque à gagner qu’il va réaliser dans le Littoral et le Mono-Couffo où Talon, Ajavon, Koupaki, Amoussou et, dans une moindre mesure, Bio Tchané vont s’arroger la part du lion. En récapitulatif, en dehors des Collines et de l’Ouémé-Plateau, où Lionel Zinsou-Derlin peut être maître du jeu, il sera en difficulté un peu partout.

Les fissures au sein de la majorité présidentielle, un obstacle au plébiscite

Dans l’Atacora-Nord, la présence de Barthélémy Kassa, laisse présager que la bataille donne favori le premier ministre qui prendra une réelle avance sur ses adversaires. Mais les choses ne sont pas aussi aisées dans les autres communes de ce département, notamment dans les 2KP (Kouandé, Kérou, Péhunco) région où l’hostilité à sa candidature est féroce et où les électeurs et leurs leaders ne sont pas dans la même dynamique que le régime Yayi. Les dernières élections communales ont révélé des orientations diverses prises par d’anciens alliés soutenant autrefois ensemble Boni Yayi. La guéguerre entre l’ancienne maire de Kérou, aujourd’hui députée, et le douanier député Yempabou, est révélatrice de la situation. L’élection de l’ancien député Amouda à la tête de la Commune de Péhunco n’est pas favorable au dauphin de l’actuel chef de l’Etat. Dans les départements de l’Alibori et du Borgou, les fissures sont multiples avec les candidatures de certaines personnalités de l’ancienne mouvance présidentielle comme Nassirou Bako-Arifari, Issa Salifou, Azizou Issa, KarimouChabiSika. La forte implication de l’alliance Soleil de Sacca Lafia, également ancien ministre de Yayi, au profit de Talon ne sont pas bon signe pour le dauphin de Boni Yayi qui, même s’il pourrait engranger des suffrages, n’est pas sûr d’être un bon 2ème. La perte d’un bulldozer politique comme Rachidi Gbadamassi et même Youssao Saliou rend incertaine le K.O. en 2016. Les fissures au sein de la mouvance présidentielle se renforcent par celles constatées au niveau des nouveaux allliés des FCBE que sont le PRD et la RB. En tête de ces contestataires de la candidature de Lionel Zinsou-Derlin, il y a le gros morceau qu’est le couple Soglo dont le mot d’ordre contre le candidat dit de la Françafrique sera fortement suivi dans le Zou et le Littoral. Même chose au niveau des déçus du PRD dans l’Ouémé et le Littoral.

2011 et 2016, deux réalités différentes
Il est aisé de le constater. Les conditions qui ont favorisé la surprise de 2011 ne sont pas celles qui se présentent actuellement. Le dauphin de Boni Yayi ne quadrille pas une bonne partie des départements et n’a pas la carapace de la victoire au 1er tour. « Un autre K.O du camp présidentiel est impossible », a dit très récemment Rachidi Gbadamassi. Si le K.O de 2011 a été possible, c’est en effet l’assemblage d’un certain nombre de facteurs qui a permis à Boni Yayi de s’adjuger la majorité des suffrages. Le K.O n’avait pas été possible sans le poids politique et le travail de terrain des personnalités Chabi Sika, Nassirou Bako-Arifari, Mathurin Nago, Marcel de Souza, Hélène AholouKèkè, Candide Azannaï, Nicaise Fagnon, Grégoire Laourou, Cyriaque Domingo, Issifou Kogui N’douro et autres qui sont aujourd’hui dans le camp adverse. L’absence de toutes ces figures emblématiques de la victoire de 2011 dans les rangs de Lionel Zinsou rend quasi impossible l’éventualité d’un K.O. Les facteurs socio-culturelles et l’ambiance de fin de règne sur fond de dissidence au sein des partisans de Boni Yayi ajoutés aux contestations du choix des TchocoTchoco et des Houézèhouè sont des indicateurs déterminants en défaveur de la candidature portée par le régime sortant. Le K.O. paraît donc plombé.

Wandji A.

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