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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec Maxime Francis Okoundé, 1er Porte-parole du Front: « Les mesures des 25% et 80.000 fcfa avaient été programmées pour janvier 2016….»


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Maxime Francis OkoundéLe numéro 2 de votre rubrique, ‘’Invité du Lundi’’ reçoit le secrétaire général du Syndicat national des enseignants du secondaire, bureau de liaison (Snes-bl) et 1er Porte-parole du Front  d’action des syndicats de l’éducation, Maxime Francis Okoundé. Dans une interview, le syndicaliste donne les raisons justifiant  la dernière déclaration de moratoire adressée au gouvernement. Par la même occasion, il a apprécié la gestion faite de l’école béninoise par le régime finissant.

L’Evénement Précis : Le front a rendu publique une déclaration la semaine dernière. De quoi retourne cette nouvelle mesure de moratoire au gouvernement ?

Porte-parole/Maxime Francis Okoundé : Le mécontentement qui  nous a amené à une déclaration le jeudi 21 janvier 2016, est celui des enseignants qui, sur le terrain depuis le 19 janvier 2016, constatent que la mesure des 25% n’a pas été appliquée à tous les enseignants de la Maternelle et du  Secondaire. Certains en ont eu, mais d’autres non. Dans la balance, ceux qui l’ont eu sont une minorité. La grande  majorité ne l’a pas eu et nous avons dénoncé cela puisque dans le relevé de conclusion du 19 novembre 2015, il est dit clairement que les 25% seront appliqués  dès le mois de janvier 2016 à tous les enseignants. Pour nous, c’est une mesure contenue dans les décrets mis en œuvre. Donc les enseignants ont constaté cette disparité dans les paiements de janvier. Pour nous, c’est une stratégie de diviser pour régner. C’est extrêmement difficile de gérer cette affaire parce que nous constatons que les enseignants qui attendaient de pieds fermes cette allocation ne l’ont pas eue. Or, le mois de janvier est un mois difficile pour tous les citoyens puisque nous sortons des fêtes et les gens s’attendaient à recevoir ces allocations afin de souffler un tout petit peu. Alors que c’était un engagement ferme du gouvernement, il joue avec les enseignants. Donc pour nous, le gouvernement ne nous a pas surpris parce que c’est de son habitude de ne pas souvent respecter ses engagements. Parlant des 80.000 fcfa,  là aussi le payement n’a pas démarré parce que nous avons constaté  que jusqu’au moment où nous prenons la décision le jeudi dernier, aucun enseignant n’avait été pris en compte. On nous a dit qu’une dame aurait eu les 80.000 Fcfa, mais n’a pas eu les 25%. Là, nous avons demandé en vain la fiche de paie que nous n’avons pas eue. Ce qui est intéressant, une personne sur les milliers d’enseignants en a eu. Pour les mesures de 80.000 fcfa, le relevé de 19 novembre 2015 qui a repris celui du 25 mars 2015, dit déjà que c’est à compter du 1er janvier 2016 que les 80.000 fcfa seront payés, en tenant compte de la trésorerie nationale. Là, on sait que c’est large. Mais si un enseignant prend les 80.000 fcfa quelque part dans le pays, c’est que la mesure a démarré et l’équité exige que ça soit appliqué à tout le monde. Alors, dans ces conditions, nous avons dit que c’est une mesure de diviser pour régner dans la mesure où on s’est moqué de nous. Les enseignants sont fâchés et cette colère se manifeste depuis quelques jours.  Certains ont même déjà déposé la craie disant qu’ils ne peuvent plus continuer. C’est un débrayage individuel. C’est vrai que la constitution autorise la grève mais, nous comptons suivre les formes. C’est pourquoi, nous avons demandé aux collègues de patienter afin que nous suivions les étapes. C’est ce qui explique la publication de la déclaration du 21 janvier 2016. En clair, les mesures des 25% et 80.000 fcfa avaient été programmées pour janvier 2016….

Quelle démarche avez-vous effectué à l’endroit des autorités ?
Oui, nous avons rencontré le ministre des finances, il y a quelques jours. Nous étions à la direction du budget, où nous avons été rassurés par le directeur, de ce que ce  qui est dit doit être fait. Nous ne pouvons pas mettre en doute ses propos puisqu’il est à un niveau technique très important dans la chaine. Nous savons aussi l’accompagnement qu’on a eu de sa part pour dénouer la crise.  Donc quand, il nous a confié cela, on s’est dit qu’il faut espérer. Je crois qu’on ne va pas dribler les enseignants à ce niveau. Si ça arrivait, on prendra les mesures idoines.

Quel est le contenu de votre déclaration ?
Nous avons mis dans notre déclaration que notre moratoire prend fin le 31 janvier 2016. A cet effet, il est important de rappeler qu’entre le 20 et le 31 janvier 2016, nous avons encore 10 jours.  En 10 jours, le ministère des finances peut faire les corrections nécessaires puisqu’on nous a dit que c’est un problème d’informatique. Mais nous avons fait comprendre qu’on n’est pas là pour cela, car c’est des raisons techniques et volontaires. Quelles que   soient les raisons, il faudrait que les 10 jours soient mis à profit pour que ceux qui ont été omis soient effectivement pris en compte.

Dans le rang de ceux qui ont reçu les 25%, il se pose un problème de base de calcul. Le confirmez-vous ?
Merci. Déjà dans le rang de ceux qui l’ont eu, les fonds n’atteignent pas les 25%. Donc, nous ne savons pas la base du calcul. Si les gens ont moins de 25%, ça repose sur quoi ? Nous devons comprendre  le mode de calcul puisque c’est une indexation, et non une revalorisation du salaire brut. C’est le salaire indiciaire. Donc les indices seront affectés. Et cette mesure d’indice va impacter les enseignants. Donc si ce  n’est pas une indexation qui a été faite, qu’on nous explique. Nous devons comprendre cela. Nous avons donc dit qu’après le moratoire du 31 janvier, si le gouvernement ne fait rien, dès le 1er février, nous allons entamer les différentes actions.

Ne donnez-vous pas raison à ceux qui pensaient que les décrets en son temps étaient vides ?
Non. Ce n’est pas du tout vide. Les 25% sont contenus dans le décret. Ceux qui le disaient, parlaient français. Pourquoi ils attendent aussi à prendre les 25% à la fin de ce mois ? Donc ce qui est contenu dans ce qu’on a eu, c’est ça on veut appliquer. Une partie l’a déjà eu, c’est donc dire que l’accord est déjà mis en application. Maintenant, le problème reste de savoir pourquoi les autres ne l’ont pas eu.

Le 1er février est dans quelques jours. Comment pensez-vous impliquer votre base ?
Dans la déclaration, nous avons annoncé des assemblées générales qui devront démarrer dès ce jour. Nous avons même déjà recueilli les avis. Dans l’ensemble, les travailleurs sont fâchés, d’autres ont laissé la craie depuis lundi dernier. Mais, on fera une grève organisée.

Supposée manipulation du front selon l’opinion ?
Cela n’engage que ceux qui le disent. C’est vrai qu’on s’était dit qu’on n’irait pas en grève puisque le contexte ne s’y prête pas.  Mais, on s’est dit que ce n’est pas parce qu’il y a élection que le pays arrête de fonctionner. Non, ce n’est pas le cas. Le gouvernement a le devoir de gérer le pays jusqu’au soir du 05 avril 2016. Pour le moment, c’est un accord signé par le gouvernement et doit être respecté. Il a promis le janvier pour l’application du décret. Qui nous avaient manipulé quand on était allé en grève ? S’ils avaient respecté l’accord, est ce qu’on serait en train de vouloir manifester ? Qu’ils ne créent pas les situations pour crier par la suite que le front est manipulé.

Que fait le front dans la formation des enfants en cette période électorale où plusieurs enseignants laissent les classes pour les affaires politiques ?

D’abord, après la dernière grève, nous avons demandé le réaménagement du calendrier scolaire qu’on a reçu. Dans le même  temps, nous avons sacrifié une partie de nos congés de décembre 2015. Ça sera la même chose pour les congés de pâques 2016. Il y a déjà des sacrifices. Maintenant pour revenir à la période électorale, il faut comprendre que c’est un moment de perturbations pour toute l’administration. Que direz-vous des autres fonctionnaires en campagne tous les jours ? Il faut aussi en parler. Nous, pour ce qui concerne les enseignants qui sont aux côtés des structures d’organisation des élections, ou des candidats, je pense qu’ils ont ce droit puisqu’ils sont des citoyens comme tous. Si c’est le cas, il faut que le gouvernement sorte des textes pour dire que l’enseignant n’a plus le droit de militer, et on verra. Les élections sont pour un temps précis et les activités reprennent. Donc la campagne n’est pas pour toute l’année. Je crois que si un enseignant s’absente, il  doit pouvoir donner les raisons à ses responsables hiérarchiques. Ils doivent se couvrir pour ne pas avoir de problème demain. Ce qui est certain, la majorité des enseignants ne sera pas en campagne. Et que dites-vous des élèves qui sont en campagne ? Donc, comprenons que c’est la période qui l’exige.

Quel regard portez-vous sur la gestion faite du monde enseignant par le chef de l’Etat sortant, Boni Yayi en dix ans de gouvernance ?
Des choses ont été faites, et il y a beaucoup de promesses non concrétisées aussi. Ce que nous avons eu, nous l’avons eu après  de longues grèves. Donc ce  n’est pas honorable pour ce gouvernement de dire qu’il nous fait des choses que nous avons arraché par les grèves. Par exemple, le problème actuel que nous vivons, c’est qu’il  ne respecte pas  l’engagement que lui-même, il a pris. Je crois que c’est un problème de gouvernance. Il faut éviter de faire un pas en avant et deux pas en arrière. C’est une mauvaise politique. Nous, nous savons que cette manière de faire est une fabrique du pouvoir Yayi. Vous voyez le Chef de l’Etat avec toutes les couches, donner des milliards à des fins inutiles.  Au même moment, on nous dit qu’il n’y a pas de l’argent dans le pays. La question est de savoir d’où sortent les fonds distribués aux conducteurs de taxi moto, aux jeunes marcheurs, aux élus locaux et autres. Malheureusement, nous avons subi de mauvaise situations avec Yayi.

S’il fallait noter Yayi, quelle note lui donnerez-vous ?
Si c’est par rapport à l’éducation, Yayi n’aura pas la moyenne. Il n’aura pas la note 10. Regardez avec nous, depuis 08 ans, le problème des reversés n’est pas réglé. C’est le gouvernement même qui est allé dans un reversement politique sans  contrôle et préparation. Nous sommes là depuis ce moment et les enseignants n’ont pas encore eu leur reclassement.  Depuis 2012, il y a des cognottes qui n’ont pas encore suivi de formation. D’autres ne sont même pas encore été pris en compte dans les reversements.

Propos recueillis par Emmanuel GBETO

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