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Le triomphe de la vérité

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Norbert Fanou-Ako, directeur de l’ONG ‘’Enfants Solidaires d’Afrique et du Monde’’ (ESAM): « Au Bénin, les enfants des migrants ne parviennent pas à avoir la nationalité béninoise »


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Le premier numéro de votre rubrique, ‘’Invité du Lundi’’ s’intéresse à la question des migrations. Profitant de la ‘’Journée internationale du migrant et du réfugié’’ qui a été célébrée le 17 janvier 2016, cette rubrique reçoit un acteur de la société civile qui traite de la problématique. Il s’agit du  Directeur de l’ONG ‘’Enfants Solidaires d’Afrique et du Monde’’ (ESAM), Norbert Fanou-Ako. Responsable de cette ONG qui intervient au Bénin depuis 1987 pour la protection des enfants migrants non accompagnés, la vulnérabilité transnationale, de façon globale dans les questions de droits de l’homme et surtout ceux des enfants, il fait l’état des lieux de la problématique de la migration et de ses effets sur le développement. 

L’EVENEMENT PRECIS : Quel état des lieux faites-vous de la situation des migrants en général ?

Norbert FANOU-AKO : L’Ong ESAM travaille sur la thématique de la migration, car c’est là qu’on peut retrouver les victimes de traite, les enfants violentés parce que  sans boussole, sans orientation et sans sécurité. Donc depuis plusieurs années, nous intervenons sur les droits des enfants en prenant  en compte les diverses dimensions. Pour mieux comprendre la question, nous avons eu l’opportunité d’organiser ici au Bénin, le 11 novembre  2014, le premier forum des Organisations de la société civile (OSC) sur migration et développement parce que, pour nous, la notion n’était pas trop claire au niveau des acteurs. Du coup, sachant que le Bénin n’a pas ratifié la Convention internationale qui assure la protection des migrants, que la migration est aussi une chose aussi vieille que le monde et que dans l’espace CEDEAO nous circulons parfois au mépris des règles qui sont connues pour que les politiques frontalières  ne facilitent  pas l’application, on se retrouve dans un  système aussi flou et on s’est dit qu’il y a quelque chose à faire. C’est de là qu’on a décidé de travailler sur les OSC. Car, ce sont elles qui sont porteuses d’espoir si elles comprennent mieux.

Quelles sont les retombées de ces assises ?
Ce premier  forum a débouché sur 11 recommandations essentielles. Lorsque nous avons fondamentalement relu ces recommandations, on s’est dit qu’il faut prévoir un axe d’intervention. Et tout cela a été rangé dans ce que nous appelons Programme migration et développement en appui aux OSC au Bénin (PROMID-BENIN) financé par la direction de la coopération suisse  qui, elle-même, a un programme régional au niveau de l’espace CEDEAO sur ces questions de migration et développement. Oui, on a longuement parlé de migration sans forcement faire un lien avec le développement.  On s’est dit qu’il faut ouvrir le débat au niveau des OSC. Lorsque nous aurions fini de former les organisations et lorsqu’elles auraient une meilleure connaissance  sur cette thématique « migration et développement », et bien, ça va faciliter le dialogue local qui se fait entre les acteurs de plusieurs niveaux. Il s’agit d’abord de ceux qui ont la responsabilité de la gestion de nos territoires, les élus communaux, les maires et autres. Ils doivent savoir si réellement la migration peut entrainer au développement. Si oui, dans quels cas ? Et quelles sont les dispositions à prendre au niveau local  pour que si la migration a un lien positif avec le développement, cela puisse profiter aux populations de nos communes. Donc, il était question pour nous dans un premier temps d’agir sur la connaissance que les OSC  béninoises doivent avoir sur cette thématique. Dans un deuxième temps, cette initiative va permettre de nourrir le dialogue local et ceci se traduira par l’intégration de la  thématique « migration et développement » dans les plans communaux de développement 3ème génération puisque, vous le savez, on vient de renouveler l’ensemble des maires et il était important qu’il se dote d’un instrument boussole qui va les aider.

Quelle relation de cette thématique avec les OMD ?
Cette idée est renforcée par le fait qu’au niveau des OMD, les Etats se sont retrouvés  pour dire les OMD d’accord, si bien que certains pays ont donné des statistiques tronquées pour montrer qu’ils sont dans la marche alors que les populations souffrent toujours d’un certain nombre de chose. Là, les Etats se sont donnés la main avec beaucoup d’engagements pour penser aux Objectifs du Développement Durable’’ (ODD). Alors ODD et ‘’migration-développement’’, c’est sûr que comme le slogan le dit, personne ne sera laissé derrière. Et pour y arriver, il faut également que les OSC puissent établir le lien qui existe entre les ODD et la thématique ‘’Migration et développement’’. Ceci a amené les OSC avec lesquelles nous travaillons  à prendre position et demander à nos Etats, notamment, à l’Etat béninois de pouvoir s’engager dans la résolution des ODD pas comme  nous l’avons commencé au niveau des OMD, mais  d’aller réellement au charbon afin que personne ne soit véritablement laissé, surtout les plus fragiles tels que les enfants.

La conséquence
La suite logique de ce programme est que lorsque nous nourrissons le dialogue local, ça  nous permet d’influencer le dialogue au niveau national, régional et international. Autrement dit, nous  passerons dans les départements où nous parlerons avec les préfets qui  comprendrons le bien fondé de ce qu’on fait  et que  tout ceci vise le bien-être des populations béninoises. Il s’agit d’aider à ne plus avoir un regard négatif comme celui qui est installé au Bénin et qu’on est souvent tenté d’appeler étranger lorsque si chacun replonge dans son histoire, nous sommes tous des migrants et par conséquence, cela va certainement stabiliser les relations entre les hommes, les femmes qui se retrouvent sur un territoire.

Dans l’une de vos récentes activités à Cotonou, vous avez évoqué la question de convention ? Qu’en est-il ?
Vous avez bien fait de dire que vous m’avez retrouvé ces derniers temps  dans plusieurs activités sur migration et développement. La dernière activité en date est que le 18 décembre 2015, nous avons  célébré la journée internationale des migrants parce que les migrants ne jouissent pas de la Convention qui régit leurs droits. Nous avons, à cet effet, cherché à savoir le regard porté sur les migrants, notamment, le président des ressortissants de la communauté de la CEDEAO qui a fait un exposé parce que nous lui  avons dit de nous parler de la contribution des migrants au développement du Bénin. Je crois que sa réponse a mis en exergue tout ce que les gens font de positif, la position stratégique du Bénin à côté du Nigéria.  Il faut dire que même si ces ressortissants font des activités ici, ils paient des taxes. Quand vous circulez, vous verrez des gens qui font de la pneumatique, et biens d’autres activités. Ce ne sont pas forcément des Béninois. Mais vous verrez les ‘’Ibo’’ et autres. Ce sont des migrants. Au regard de cela, lorsqu’ils sont dans une localité, s’ils font des activités,  ils payent des taxes qui viennent accompagner le budget local.  Je crois donc qu’il faut un dialogue global. Et c’est à cela qu’on appelle. Il faut que toutes les OSC se sentent à l’aise dans cette thématique. Ceci passera sûrement par l’influence que cela aura  sur l’Etat central pour que nous puissions travailler à tirer un meilleur profit de la thématique en regardant la diaspora  béninoise qui a sûrement des apports, et tous ceux  qui sont ici. Je vous rappelle que lorsque nous avons organisé la journée des migrants, nous avons vu pas  mal d’Africains présents. C’est vrai que ce sont des migrants de tous les pays mais on  a constaté un engouement de ces pays. Cela nous a permis de savoir que le Bénin a toutes les communautés possibles. Il ne reste qu’à les organiser pour en faire des acteurs de développement. Je crois que c’est de cela qu’il est question.

Quel rapprochement avec les réfugiés ?
Vous savez ce qui se passe en Syrie, en Turquie et ailleurs… les conséquences sur les enfants. Moi, j’ai eu  l’occasion d’être dans un débat international sur Migration et développement à Istanbul. Quand vous écoutez, ce sont des migrants qui n’ont pas  été acceptés, qui sont obligés de partir et qui frôlent la mort tous les jours pour avoir traversé des difficultés de parcours. Ils ont fait des témoignages parce qu’ils ne sont pas forcement bien acceptés dans leur propre pays. Je crois que c’est cela le danger pour l’Afrique aussi. Une Afrique des guerres où les gens sont obligés de fuir et malheureusement dans leur fuite, ils subissent. Il faut que nous humanisions le monde. Il faut redonner une leçon d’humanisation à ceux qui gèrent le monde. Sur la question, il est prévu une rencontre prochaine à Accra pour parler du plan d’actions en cinq points essentiels. Les refugiés sont des personnes contraintes de partir parce que les conditions de vie ne sont plus acceptables. Chacun veut sauver sa tête et  on prend sa direction. Tout le monde est concerné. On ne sait jamais quand on devient migrant. Cela arrive quand nous constatons que dans votre milieu, vous ne  vous réalisez pas. C’est donc à la recherche du bien-être social, économique et autre que cela intervient.

Les migrants  installés se portent-ils bien  ici au Bénin ?
D’après les réponses des communautés qui ont décidé de vivre ici, les migrants ne sont pas persécutés. De façon globale, tout semble aller. Toutefois, ils souhaitent que l’Etat revienne sur certaines questions. Ils estiment que depuis 5 ans voire 10 ans où ils sont installés au Bénin, leurs enfants ne parviennent pas à avoir la nationalité béninoise. Cette question est d’ordre politique. C’est pourquoi, je me demande la politique que nous avons aujourd’hui dans ce domaine. Je crois que le service migration et d’autres structures plus compétentes du pays devraient pouvoir y penser. Si les gens contribuent au développement avec leurs moyens et qu’il n’y pas une politique pour savoir leur origine, ce qu’ils font, où vivent-ils ? Combien sont-ils ? Que fait-on avec eux ? Est-ce qu’ils contribuent réellement au développement ? Je crois qu’il faut saisir les ODD qui nous permettent désormais d’intégrer les migrants dans  notre politique nationale. Est-ce qu’ils se portent bien ? Oui, globalement. Mais chacun d’eux gère ses soucis sur le territoire. S’il n’y pas une politique d’encadrement, de dialogue, on risque. Et c’est ce qu’on veut éviter en initiant les OSC, les médias qui seront formés pour nourrir ce dialogue au sein des élus locaux et nationaux. Je précise que lorsque nous avons fait le tour des départements, nous avons fait un constat  écœurant selon lequel les Béninois vivent au Bénin mais sont aussi considérés comme des étrangers. Vous êtes peut-être de l’Atacora et vous vivez dans le Borgou, au moment vous cherchez à vous manifester pour être le maire ou autre dans cette localité, on vous dit que vous n’êtes pas de là. Si chez nous-mêmes, on est considéré comme migrant, il y a problème. La question de migrant se vit bien au Bénin. Je pense qu’il faut créer un cercle de regard commun pour participer au développement. Il faut faciliter le dialogue, la gestion des hommes et travailler pour l’avenir des enfants. Il faudra donc tendre la main à la diaspora, car, nous avons des enfants à l’extérieur qui peuvent bien apporter à leur pays, le Bénin.

Un appel aux prochains dirigeants de ce pays
Je crois qu’on est à la veille d’une période sensible où des personnes courent pour aller à la Marina. Je les appelle à faire une lecture complète des choses. Ils doivent aider à trouver des solutions réelles. Ils doivent créer le monde qui accepte tout le monde. Finissons avec la balkanisation qui menace l’Afrique et ouvrons les frontières.

Propos recueillis par Emmanuel GBETO

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