.
.

Le triomphe de la vérité

.

Discrimination envers les enfants handicapés: Les parents, les premiers coupables


Vues : 3

Une personne handicapée à CotonouPrésents dans les coins de rues, aux carrefours, dans les centres de protection sociale, les personnes handicapées, par centaines, délaissées pour certains et prises en charge pour d’autres, y trouvent leur sens de vie ainsi que leur gagne-pain. Plongé dans l’univers de ces êtres vulnérables, plusieurs facteurs liés à la discrimination dont ils sont victimes remontent à leurs parents.

Carrefour Marina, sur le tronçon Saint Michel-place de l’Etoile rouge. Il est 12h15. Des personnes handicapées, les unes assises sur sol et les autres dans leur trottinette font des signes aux passants. Elles demandent quelques pièces de monnaies qui leur sont jetées par des « bonnes volontés ». Tel est le lot quotidien des personnes handicapées abandonnées à elles-mêmes et obligées de survivre. Et pour cause, certains parents, honteux d’avoir un enfant handicapé, refusent de le supporter. D’autres le renient et du coup, l’enfant qui n’a jamais demandé à être ainsi, se retrouve privé d’amour et d’affection parentale. Face à ce manque d’assistance, certains trépassent. La présidente de l’Association pour l’épanouissement des enfants handicapés (Asepha), Mme Souliath raconte l’histoire d’une mère qui a perdu son enfant handicapé moteur parce que son mari, n’appréciant pas la situation a refusé la paternité. «Si le père avait au moins accepté le handicap et accompagnait sa femme, l’enfant ne trépasserait pas de sitôt », a conclu Mme Souliath. Cette honte n’a pas été favorable à Mariette qui, de son côté, a fait les frais d’une injustice de ses parents. Handicapée visuelle depuis l’âge de quinze ans, faute d’une infection dont elle ignore l’origine, Mariette raconte avoir vécu l’enfer auprès de ses parents. « J’étais chaque fois cachée dans l’arrière-cour de la maison par mes parents, surtout quand ils voulaient recevoir des invités. Ça me faisait pleurer. Je me demandais s’il ne fallait pas mourir que de subir une telle atrocité», a-t-elle déclaré. «Régulièrement enfermée, j’étais victime d’injures même de mes petits frères, et n’avait pas droit de sortir de « mon trou », poursuit-elle avant d’ajouter : «J’ai dû fuir de la maison avec la complicité d’un voisin qui m’a aidé à trouver un peu d’argent ». Aujourd’hui titulaire du baccalauréat et à son propre compte, Mariette peut remercier ce voisin et surtout son directeur d’école qu’elle considère comme son père. « C’est quelques mois après que j’ai informé mes parents de ma présence à Porto Novo. Ils ont voulu que je revienne à la maison mais je m’y suis opposée », a-t-elle dit. Armand Goudjo, quant à lui, a presque vécu une situation similaire. Amblyope depuis l’âge de quinze ans, il explique que les dépenses effectuées pour le soigner ressemblaient à un gaspillage aux yeux de la famille. Ce qui a occasionné un délaissement qui a empiré sa situation. « Du plus aimé de tous, je suis devenu du jour au lendemain, la risée du quartier. Il fallait affronter l’égoïsme des parents et même me rapprocher de mon pire ennemi pour me déplacer», a-t-il développé. Ce qui le contraignait à supporter des atrocités de ses frères qui le prenaient, selon ses explications, pour un mendiant. Ces réactions ajoutées à l’indifférence de la famille l’ont conduit à quitter la maison.

La discrimination continue
Il n’est pas rare aujourd’hui de retrouver dans nos maisons, dans nos familles et partout ailleurs, des personnes handicapées. Ces dernières cachées au regard du premier venant, abandonnées dans des conditions inhumaines, victimes d’injures et de moqueries de toutes sortes sont même rangées aux oubliettes une fois placées dans les centres de protection voire de scolarisation. Malgré l’adoption par le Bénin de la Convention relative aux droits des personnes handicapées votée par les Nations Unies en août 2012 et qui a pour objectif de promouvoir, protéger et assurer la pleine et égale jouissance de tous les droits de l’homme et les libertés fondamentales par les personnes handicapées et de promouvoir le respect de leur dignité intrinsèque, ces derniers sont constamment marginalisées. Et ce, premièrement par leurs parents qui refusent par ignorance de les aimer, de les protéger, de les soigner. Cette pratique est contraire aux prescriptions des articles 15 et 16 de la convention relative aux droits des personnes handicapées qui interdit la torture et les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants sur la personne handicapée. Par ce document, ces personnes handicapées ont le droit de ne pas être soumises à l’exploitation, de ne pas être violentées ni maltraitées. L’article 17 de ce même document exige le droit à la Protection de l’intégrité de la personne handicapée. Une notion qui est prise en compte par certains parents conscients de leur rôle, et qui ne ménagent aucun effort pour subvenir aux besoins de leurs enfants, quel que soit leur handicap.

Les parents premiers appuis des personnes handicapées
C’est le cas de Mme Adidjath, mère de Charles Hèdokingbé, qui est un handicapé moteur depuis son enfance. Malgré des débuts difficiles sur le plan financier, elle a affirmé avoir donné plus d’amour à son fils depuis que son handicap s’est révélé. Une déclaration qu’a validée Charles, fier d’avoir bénéficié du soutien de ses parents. « Je n’ai jamais vu mes parents se disputer à cause de mon handicap. Au contraire, ils ont toujours été à mes côtés », a confié Charles qui soutient l’importance de l’apparence physique en toute chose mais fustige le choc psychologique qu’infligent certains parents aux enfants handicapés. « Les personnes handicapées ne doivent pas se laisser abattre et les parents doivent prendre de la hauteur et considérer leurs enfants tels qu’ils sont », a-t-il suggéré. Sa mère, dame Adidjath invite plutôt les parents à faire preuve d’amour envers leurs enfants quel que soit leur état physique ou psychologique. «Il faut que les parents arrivent à s’occuper de leurs enfants qui ont un handicap car, ils n’ont pas demandé à naitre ainsi ». Il est clair que la condition physique ou mentale d’un enfant ne fait pas de lui un raté social.

Rastel DAN (Coll.)

Reviews

  • Total Score 0%


Plus sur ce sujet

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You cannot copy content of this page