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Le triomphe de la vérité

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edito: L’archevêque et la collusion


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logo journalCe n’était donc pas faux !   L’archevêque de Cotonou, président de la conférence épiscopale du Bénin, a fini par admettre qu’il a écrit à Sébastien Ajavon et Patrice Talon pour leur demander de renoncer à leur candidature éventuelle à la présidentielle de 2016. Ce vendredi, le prélat est revenu sur sa missive à travers une interview où il explique qu’en réalité son « unique souci, c’est la sauvegarde de la paix et de notre devise : «Fraternité – Justice – Travail ». Et donc qu’en réalité, pour sauvegarder la paix et la devise du Bénin, il faut empêcher certains citoyens d’être candidats.

Dans la lettre envoyée le 15 août 2015, l’archevêque avait indiqué que « cela demeure vraiment regrettable de voir de grands opérateurs économiques de notre pays laisser leur domaine d’intervention vital pour le développement du Bénin et vouloir se consacrer à la politique ». Que donc des militaires habitués au maniement des armes, se portent candidats, voilà qui n’émeut pas du tout l’homme de Dieu. Et pourtant, ils sont au moins quatre hauts gradés de l’armée, à postuler actuellement. En principe, si Monseigneur Antoine Ganyé cherchait réellement la préservation de la paix, comme il le dit si bien, il devrait se préoccuper de dissuader Robert Gbian, Fernand Amoussou et les autres galonnés de prétendre au fauteuil présidentiel pour ne pas semer des troubles dans le pays.
Ce qui intrigue le plus dans l’interview de l’archevêque, ce n’est même pas la justification loufoque qu’il apporte à son initiative peu catholique. C’est l’impression très claire d’une escroquerie intellectuelle (excusez du peu). Dans sa lettre, il utilisait bien le pronom « nous » au sens collectif qui indique bien qu’il parlait au nom de ses pairs de la conférence épiscopale. Et il disait clairement ceci, par exemple: «Nous vous exhortons à continuer à jouer vos rôles d’acteurs majeurs et incontournables de la vie économique de notre pays … ». Ce « nous » parle bien au nom des autres évêques. Comme si cela ne suffisait pas, le prélat a bien signé sa correspondance de son  titre  de « Président de la Conférence épiscopale du Bénin ». Ici, on voit bien que l’homme de Dieu parlait comme au nom de ses pairs.  Mais le tollé suscité par sa correspondance l’a visiblement décontenancé, au point où il a fini par lâcher, dans l’hebdomadaire La Croix : « C’est par mon motu proprio, par mon mouvement propre, que cette lettre a été écrite. »
Voilà qui a le don d’être clair. Combien de fois l’archevêque de Cotonou écrit-il des lettres privées en utilisant son titre de président de la conférence épiscopale et surtout en usant du pronom « nous » ?
Après le spectacle ubuesque de Dassa où des décorations ont pu être épinglées sur des soutanes, on ne peut s’empêcher de se demander si le haut clergé béninois n’est pas en train de jouer le jeu du grand dispensateur des distinctions soporifiques, Boni Yayi. Ce que l’on voit et qui sent mauvais, c’est la curieuse coïncidence entre ces maladresses de Monseigneur Ganyé et les actions récentes du chef de l’Etat. On sait bien que l’une des deux candidatures au moins, ne saurait plaire au chef de l’Etat. Et que surtout il se bat pour qu’elle n’advienne jamais. L’acte de l’archevêque, dans ces circonstances, apparait comme un appui sans ambages à Boni Yayi.
Il ne saurait être interprété autrement, lorsque l’on sait que jamais l’Eglise catholique en tant qu’Eglise catholique,  n’a apporté son soutien ni son opposition à la candidature de qui que ce soit depuis la conférence nationale, du moins jamais de façon aussi ouverte.
Et c’est là où les conséquences de l’inconduite du prélat paraissent désastreuses pour l’image de l’Eglise. On a pu saluer la neutralité du clergé resté dignement au-dessus de la mêlée depuis neuf ans. Par contre, on a vu certaines églises évangéliques laisser de côté toute pudeur et se transformer tranquillement en chapelles FCBE. On a vu les déchirures internes au sein des confessions religieuses du fait des millions octroyés par l’Etat pour les soutenir.  Jusqu’ici, l’Eglise catholique est restée en marge de ces manipulations. Du moins, jusqu’à ce qu’Antoine Ganyé n’en décide autrement.

Par Olivier ALLOCHEME

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