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Le triomphe de la vérité

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Limogeage des conseillers du chef de l’Etat: Une vraie fausse manœuvre politique


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Jeudi 21 mai 2015. Le conseil des ministres fait un grand ménage au Palais de la République. Presque quatre ans jour pour jour après le dernier acte du genre, Boni Yayi a décidé de frapper un grand coup en limogeant  une bonne partie de ses conseillers techniques. La même attitude avait été observée le 23 mai 2011, lorsqu’au sortir de la présidentielle, Boni Yayi avait renvoyé la pléthore de ses conseillers techniques à travers juste une bande défilante sur l’ORTB, qui disait : «   Dans le cadre de la nouvelle gouvernance, le président de la République, chef de l’Etat, chef de gouvernement, le président Boni Yayi a décidé de mettre fin aux fonctions de tous les conseillers techniques, conseillers spéciaux et chargés de mission  à compter de ce jour lundi 23 mai et ce jusqu’à nouvel ordre. De nouvelles nominations se feront au fur et à mesure que le besoin se fera sentir. »

Cette fois-ci, c’est le communiqué du conseil des ministres qui a rendu publique la décision, en indiquant : « (…) Enfin, à la Présidence de la République, il est mis fin, à partir de ce jour, aux fonctions des conseillers spéciaux, des chargés de mission et autres conseillers techniques du président de la République à l’exception des conseillers techniques du Conseil présidentiel de l’investissement, des conseillers techniques juridiques du président de la République près le secrétariat général du gouvernement, des Conseillers techniques de l’Agence béninoise des grands travaux et des conseillers à la sécurité du président de la République ».

A quoi servent les conseillers

Depuis son avènement au pouvoir en 2006, le chef de l’Etat a nommé un nombre impressionnant de conseillers techniques, conseillers spéciaux et chargés de mission. Ce sont bien souvent des personnalités à qui il n’a pu trouver de position au sein du gouvernement ni dans les institutions de la République. Il s’agit de les récompenser pour leur utilité électorale et leur activisme politique, en termes de mobilisation des masses autour de son nom. Le constat le plus frappant avant 2011, c’est qu’une bonne partie des anciens ministres recevaient ce lot de consolation pour continuer à agir en sa faveur dans leurs communes respectives. Après 2011, Sabaï Katè et Soumanou Toléba, tous d’anciens ministres ont été nommés comme conseillers, maintenant ainsi une tradition bien ancrée dans la gouvernance Yayi. Malgré cette tradition, les cas  de Théophile Soussia, ancien directeur général de la douane béninoise nommé conseiller technique aux affaires douanières et de Isidore Tossou, conseiller technique à l’économie, sont pour le moins singuliers. Ils ont été nommés en 2014 pour contrebalancer le poids de  Mathurin Nago, alors président de l’Assemblée nationale, dans le département du Mono.  Ils organisent diverses manifestations de soutien à Boni Yayi, notamment, dans ce département où se situe le fief de l’ancien président de l’Assemblée nationale. On peut rappeler également le cas Auguste René Ali Yérima, ancien directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale, qui a été limogé  le 02 janvier 2014 de son poste à la tête de la CNSS, tout en conservant son fauteuil de conseiller technique juridique du président de la République. Il dirige alors un pool de trois conseillers techniques juridiques   du président de la République auprès du secrétariat général du Gouvernement. Il s’agit de – Noutaïs Enagnon Jacques Marie-Emmanuel,  Assouma Allassane Djibrila et  Atchikpa Raoul Kolawolé Akambi Wilfried, tous nommés le 25 septembre 2013. On n’oubliera pas non plus la nomination en septembre 2013, de l’avocat Enagnon Jacques Noutaïs comme conseiller technique juridique du président de la République près du secrétariat général du Gouvernement. Celui-ci  est le beau-frère du président de la Cour constitutionnelle et ne semble avoir été promu à cette position que pour agir sur la conscience de Théodore Holo, au cas où surviendrait la possibilité d’une révision constitutionnelle en vue du troisième mandat. Mais à côté de ce rôle éminemment politique, il y a des conseillers techniques qui ont une mission purement technique. Le cas le plus patent est celui de Aurèle Houngbédji qui a d’ailleurs été maintenu à son poste de conseiller technique à la Promotion du Conseil présidentiel de l’investissement.

Michel Dognon, un cas à part

 En février 2014, a été nommé  conseiller spécial à la présidence de la République, chargé de la Gouvernance des entreprises publiques et du contrôle interne. Auditeur sénior auprès du Bureau du contrôleur général de l’Etat de New York, membre de l’équipe de contrôle du budget de New York, il était sollicité par le gouvernement béninois pour «  instaurer une nouvelle gouvernance dans nos sociétés d’Etat afin qu’elles deviennent des centres de profit, dégageant des ressources destinées à construire des écoles, des centres de santé, des routes, à assurer l’accès à l’eau, à l’électricité, bref permettant de réaliser la sécurité humaine dans les soixante-dix-sept communes de notre pays avec pour vision l’aménagement du territoire, n’excluant aucune localité, dans une politique harmonieuse de solidarité et d’appartenance de tous à la République. »  Le conseil des ministres du 15 février 2014 qui le nomme, précise qu’il devra « renforcer dans un système de guichet unique les capacités des sociétés d’Etat au plan comptable et financier, d’audit interne, de contrôles interne et externe, de mise en place de méthodes et organisation appropriées pour prévenir la mauvaise gouvernance ».    Malgré le coup de balai du 21 mai 2015, il était encore aux audiences du chef de l’Etat la semaine écoulée pour expliquer les mesures prises pour renforcer le contrôle interne des entreprises et administrations de l’Etat, suite au scandale du PPEA-II.  Il en est d’ailleurs de même pour Mariam Alhadji Boni Diallo, conseillère spéciale aux affaires  diplomatiques qui était encore ce vendredi 29 mai 2015 dans la délégation présidentielle lors de la visite du chef de l’Etat au Nigeria ; une visite destinée à participer à la prestation de serment du président Muhammadu Buhari. On peut donc conclure que le coup de balai n’a été qu’un effet d’annonce créé pour renvoyer quelques conseillers indélicats.

Les vraies raisons d’un coup de colère présidentiel

Qu’est-ce qui a pu motiver le limogeage  collectif des conseillers techniques du chef de l’Etat ?  En dehors des supputations qui sont allées dans tous les sens juste après la décision du chef de l’Etat, on peut retenir deux raisons principales. La première raison est d’abord les critiques crues publiquement exprimées par Alexandre Hountondji au sortir des législatives. Après être resté muet au plan politique depuis quelques années, le conseiller spécial chargé du secteur de la Santé a rué dans les brancards lors d’une rencontre avec les hommes de médias. C’était le 08 mai 2015. Ce jour-là, devant les journalistes,  il a d’abord expliqué la débâcle électorale des FCBE comme étant les résultats des mauvais positionnements. C’est  « une tentative de dépassement par la droite, une escroquerie politique, un faux usage de faux… », a-t-il fulminé. Il cite alors le ministre Barthélémy Kassa qui aurait osé traiter les caciques du régime, de « ménopausés politiques ».   « Je ne peux pas laisser un député en exercice et mettre un buvetier en tête de liste », a-t-il indiqué, ajoutant que le dernier congrès FCBE  avait décidé de confier l’élaboration de la liste aux chefs de parti en complicité avec le chef de l’Etat. Ce qui n’a pas été fait, cette tâche ayant été confiée, selon lui, à des « arrivistes ». « Ce sont les FCBE qui ont sanctionné la liste FCBE et si ce n’est pas le vote des femmes bénéficiaires des microcrédits, on n’aurait rien eu », a-t-il affirmé. Il est même allé plus loin en critiquant vertement la tentative d’enlèvement dont a été victime l’honorable Candide Azannaï ce 04 mai 2015.   « Je n’ai pas compris l’activisme de mon patron et le peuple n’a pas compris non plus », a dit le conseiller technique, parlant du chef de l’Etat. Cette  sortie médiatique est le dernier d’une série d’actes posés par ce conseiller technique, actes qui l’ont éloigné carrément de son « patron » comme il l’appelle. La deuxième raison, c’est que certains conseillers techniques ont tout simplement défié le chef de l’Etat en s’inscrivant sur des listes concurrentes lors des législatives dernières. Il en est ainsi de Emile Tossou, Théophile Soussia, Fred Houénou et  Bio Sourokou qui se sont alignés sur des listes concurrentes des FCBE. Ils ont largement contribué à l’échec de la mouvance lors de ces législatives. Ceci a réellement ulcéré le chef de l’Etat qui a profité des déclarations tapageuses d’Alexandre Hountondji pour faire le ménage.

L’indifférence des populations face à la situation

Dejà plus de deux semaines que le chef de l’Etat Boni Yayi a mis fin aux fonctions de ses conseillers techniques. Cette situation survenue au lendemain de l’élection d’un nouveau bureau à l’Assemblée nationale, n’inquiète guerre les populations qui estiment que cette décision n’apportera aucun changement  à la situation qu’elles vivent.

Yorou Adam:« Un chef d’Etat doit être patient »

« Un chef d’Etat doit être patient quels que soient les problèmes. Il n’a pas la culture de la patience. Je suis un ressortissant de Tchaourou mais je parle en tant que Béninois. Il ne devrait pas agir de la sorte, mais chercher à arranger la situation. C’est grâce à ses conseillers et surtout au peuple béninois qu’il occupe cette place. Ce sont des gens qui ont voté pour lui. Donc, ce n’est pas grâce à sa propre force qu’il est là ».

Echou Simplice, entrepreneur:« Les conseillers ont gâché l’image de Boni Yayi »

 « Ça ne résout pas le problème du Bénin. On en a marre de Boni Yayi et il, partira dans six mois. On est fatigué de ses manœuvres. La gestion du pays n’est pas saine. Elle est marquée par des détournements à n’en point finir. C’est maintenant que Yayi Boni a reconnu que c’était une erreur d’avoir ces genres de conseillers, mais c’est trop tard puisqu’ils ont  gâché son image. C’est dommage !».

Hermine Ichola, commerçante:« Cette décision n’apportera aucun changement à ce que vivent les populations  »

« Je pense que c’est une très mauvaise décision qui a été prise par le chef de l’Etat Boni Yayi. Quelles que soient les circonstances, il ne peut, en aucun cas, mettre fin aux fonctions de ses conseillers. Je crois que nous revivons la même situation qu’en 2011 où il en a fait de même mais en réalité, rien n’a changé. Il est à quelques mois de la fin de son mandat et il aurait dû le finir avec cette équipe. Cette décision n’apportera aucun changement à ce que vivent les populations ».

Quand un conseiller démissionne avec fracas

C’était le 31 août 2009. Un conseiller technique de Boni Yayi avait osé démissionner pour protester contre les méthodes du Chef de l’Etat. Aboudou Aboubakari, Conseiller Technique, chargé de la Cellule de Contrôle de I’ Exécution Projets de Développement,   disait  déjà tout de la gouvernance Yayi. Lisez plutôt sa lettre de démission.

Cotonou, le 31 Août 2010

Le Conseiller Technique, chargé de la Cellule de Contrôle de I’ Exécution Projets de Développement

A Monsieur Ie Président de la République, Chef de I’Etat, Chef du Gouvernement.

OBJET :Ma démission du poste de Conseiller Technique, chargé de Cellule de Contrôle de l’Exécution des Projets de Développement.

Monsieur le Président de la République,

Je viens par la présente vous faire part de ma démission du poste de Conseiller Technique chargé de Cellule de Contrôle de l’Exécution des Projets de Développement à compter de ce jour Mardi 31 août 2010.

Cette décision est motivée par les raisons suivantes :

Un déficit d’accompagnement de votre part qui a entrainé non seulement la banalisation de la CCEPD à travers la création de commissions parallèles exerçant les mêmes attributions mais aussi et surtout la non implication de la CCEPD lors de vos visites de chantiers et des nombreuses tournées gouvernementales de suivi des projets ;

Le manque total de contact entre votre Haute Autorité et son Conseiller Technique que nous sommes depuis notre prise de fonction il y a quinze mois et ce malgré nos innombrables tentatives. Et c’est avec grand regret que nous retrouvons les fiches que nous vous adressons dans les mains de certains de nos collègues;

Le blocage des propositions que nous avons faites pour l’amélioration de la conduite des projets de développement. En effet, deux (02) communications initiées dans ce sens depuis août 2009 sont restées sans suite. Cependant certaine des recommandations qui y sont contenues sont mises en œuvre sans notre implication. Nous pouvons citer comme exemple, la nouvelle orientation qui consiste à impliquer les mairies dans la mise en œuvre et le suivi des projets.

Le manque criard de moyens de travail: pas matériels roulants, pas de ressources humaines, pas de dotations subséquentes de ressources budgétaires, insuffisance de ressources humaines … Cette situation perdure malgré nos nombreux plaidoyers ct propositions de solution pendant que des structures nouvellement créées sont pourvues par les services de l’intendance. Face à tout ce qui précède, nous avons fini par nous rendre compte, que c’est notre personne qui pose fondamentalement problème.

Cependant depuis mai 2009, avec la nouvelle orientation que nous avons donné à cette structure, beaucoup de résultats ont été obtenus dont entre autres :

• la redynamisation de la CCEPD /PR ;

• l’organisation effective des tournées ordinaires sur toute l’étendue du territoire;

• l’identification des chantiers en difficulté et la recherche permanente des mesures correctives;

• l’alerte des autorités à divers niveau sur la nécessité d’achever les nombreuses réalisations en cours en 2010 au lieu de lancer de nouveaux projets (et cela depuis Août 2009) ce qui a abouti à la création d’une commission sur le PIP dans laquelle la CCEPD /PR n’est pas représentée;

• l’élaboration d’un plan stratégique de renforcement des capacités de la CCEPD /PR et d’un plan de communication, Nous espérons vivement que notre successeur qui aura certainement de meilleures conditions de travail pourra continuer les nombreuses initiatives que nous avons ébauchées.

Recevez, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

LISTE DES CONSEILLERS TECHNIQUES 

Conseillers spéciaux

Conseiller spécial, chargé des Affaires diplomatiques :  Mariam Aladji Boni Diallo

Conseiller spécial chargé des Affaires politiques :  Amos Elègbè

Conseiller spécial chargé du secteur de la Santé : Jean Alexandre Hountondji

Conseiller spécial chargé des Affaires de réformes administratives et institutionnelles :  Joseph Ahanhanzo

Conseiller spécial à la sécurité : Benoît Assouan Dègla

Conseiller spécial à la Présidence de la République chargé de la Gouvernance des entreprises publiques et du contrôle interne : Michel Dognon

Conseiller spécial à l’Agriculture, à l’Environnement et aux ressources naturelles : Sabaï Katè

Conseiller spécial chargé des télécommunications et des technologies de l’information et des communications :   Goundé Désiré Adadja

Conseiller spécial à la Culture, l’Artisanat et le Tourisme : Monsieur Soumanou TOLEBA ;

 

Les conseillers techniques

Conseillers techniques à l’Agriculture: Jean Cokou Tossa et Bio Sourokou

Conseiller technique juridique :   Auguste René Ali Yérima

Conseillers techniques juridiques du président de la République auprès du secrétariat général du Gouvernement: Noutaïs Enagnon Jacques Marie-Emmanuel ;

Assouma Allassane Djibrila ;  Atchikpa Raoul Kolawolé Akambi Wilfried.

Conseiller technique à l’Economie : Joseph Tamègnon

Conseiller technique à l’économie : Isidore Tossou

Conseiller technique aux affaires douanières : Théophile Soussia,

Conseiller technique à l’énergie et aux affaires minières : Aurélien Houessou

Conseiller technique à la communication : Vincent Dassi

Conseiller technique aux affaires sociales : Issiaka Félix Adégnika

Conseiller technique à la Promotion du Conseil présidentiel de l’investissement: Aurèle Houngbédji

Conseiller technique aux Relations internationales :  Mouhaman Dahirou DAMBABA

Conseiller technique à la jeunesse : Fred Houénou

Conseiller technique chargé de la Promotion de l’Emploi des Jeunes : Apollinaire Houénou.

Réalisation Olivier ALLOCHEME

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