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Le triomphe de la vérité

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Edito: Et si Yayi s’arrêtait un peu


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Le quotidien de Boni Yayi se partage désormais entre meetings, randonnées aériennes et de rares audiences. Le président de la République est en campagne et ne se donne aucun répit face aux enjeux qui se dressent devant lui. Pas même le temps d’écouter ses opposants qui l’ont compris. Ils sont tous sur le terrain et ne l’écoutent, eux aussi,  que d’une oreille distraite. A peine le temps d’entendre ses dernières objurgations anti-Talon, ou ses dernières promesses d’homme politique avisé. Il sait que les Béninois ont faim et veulent vivre d’espoir. Même faux.
L’hyperprésidentialisme à la béninoise   se nourrit donc d’une bonne dose de promesses et d’une féroce volonté d’enrayer toutes les forces anti-FCBE. C’est ce qui fait tourner sur nos têtes les aéronefs présidentiels si prompts à s’élever dans les airs à la conquête du énième village. Et Boni Yayi continue de promettre monts et merveilles dans le Bénin profond, sans égard pour tous ceux qui crient à la démagogie. Transformer Comè en Paris, reconstruire Djakotomey, faire une nouvelle autoroute sur l’axe  Porto-Novo-Sèmè, etc. Les promesses ne semblent plus tenir compte de la crédibilité de la fonction présidentielle. Elles supposent une grosse bêtise chez les populations qui l’écoutent et applaudissent comme des niais.  C’est qu’en réalité,  à ces meetings, beaucoup se précipitent autant pour admirer l’hélicoptère présidentiel que pour prendre leur part du gâteau national. Alors quand le chef se met en spectacle dans des promesses invraisemblables, la foule réagit sous l’emprise de la surprise. Elle applaudit comme on applaudit dans nos séminaires : sans vraiment comprendre pourquoi. Sauf qu’ici, il s’agit du président de la République dont les propos devraient toujours être mille fois soupesés avant de tomber dans l’arène publique.
Boni Yayi n’a pas peur ni honte de banaliser sa fonction ni sa parole. L’hyperprésidentialisme  ici et là-bas tous les jours, lui fait un profond plaisir. Il s’admire devant sa chaîne de télévision préférée, l’ORTB. Celle-ci a fini par ne plus se soucier de sa propre image. Les préposés aux reportages kilométriques, encore moins. Ils donnent tous le sentiment d’avoir réinventé le journalisme, dans les quatre murs de leur office, en se foutant royalement de ce que le grand public pense de ce qu’ils font. Cette insouciance épaisse qui voit des pères de famille, devenir insensibles à la honte, me semble être l’une des plus grandes curiosités de notre temps. La poursuite acharnée d’une ignominie. Le désir sans retour d’humilier sa descendance et toute sa corporation pour s’attirer les faveurs factices d’un homme. Une telle insensibilité en pleine démocratie et en plein vingt-et-unième siècle nous montre que les pires démons restent toujours à portée de main. Ils sont dans l’exploitation subtile et volontairement outrancière des failles de nos lois afin d’atteindre des objectifs somme toute improbables. Ils sont dans ces ambitions délibérément saugrenues qui s’étalent au mépris du bon sens. Ils sont dans cette arrogance des gens qui se moquent de la décence. Et nous les côtoyons plus que jamais dans l’impertinence des élites qui vendent leurs âmes pour un plat de lentilles. Lorsque l’âme du pays est dévoyée, sacrifiée en menues monnaies, la dignité n’a plus de nom. Elle perd pied.
De savoir qu’il y a encore dans ce pays des hommes et des femmes prêts à se mettre au service de l’imposture, n’augmente que davantage la détermination     du chef de l’Etat. Il pourra faire ce qu’il voudra, en simulant la bonne foi, en protestant au besoin de sa volonté, tout en sachant pertinemment qu’il use sans mesure des failles du système béninois.
Rien ne pourra donc arrêter ce Yayi-là. Il continuera de promettre et de promettre encore. D’inaugurer quelques poteaux électriques, de lancer deux ou trois fois les chemins de fer à Cotonou ou de se donner en spectacle dans les rues de Parakou. Qu’est-ce qui peut l’empêcher de tenir les propos invraisemblables que rapportent nos confrères du Matinal : « Ce sont des traitres vendus aux Fon, aux gens du Sud. Ceux qui ont tenté de m’empoisonner et de me faire un coup d’Etat. Voter pour ceux-là, c’est voter pour ceux qui veulent de ma mort et m’arracher le pouvoir » ?

Par Olivier ALLOCHEME

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