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Le triomphe de la vérité

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Edito: 25 ans après, l’économie


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La conférence des forces vives de la nation n’a pas vraiment pensé l’économie béninoise. C’est le moins qu’on puisse dire au regard des errements enregistrés depuis 25 ans.
Les délégués à la conférence n’avaient pas vraiment des préoccupations économiques. A peine avaient-ils pu relever dans le rapport général que le Bénin choisit l’option d’une économie libérale. Et c’est tout. Le reste sera géré par les soins d’une conférence économique nationale tenue en 1996. Conférence dont la plupart des politiques d’aujourd’hui ignorent jusqu’à l’existence.
Et c’est ainsi que furent adoptées les options fondamentales de la conférence, sans que personne ne se doutât d’une omission monumentale. La plupart des délégués étaient des salariés. Très peu avaient pu penser à comment faire enrichir un pays pour en faire un Etat prospère et autonome des puissances étrangères. L’idéologie dominante, même aujourd’hui au sein de cadres, c’est que le véritable développement du Bénin ne pourrait provenir que d’une entente cordiale avec ses partenaires au développement, ceux qu’on appelle encore les bailleurs de fonds. On se rappelle encore les hauts cris des ministres des finances dans les années 90 qui venaient débiter à la télévision les conditionnalités des bailleurs de fonds, conditionnalités pour des aides budgétaires censées relever notre pays de la nuit révolutionnaire, et surtout de l’impasse économique dans laquelle l’avaient plongé 18 années de marxisme. Les politiques économiques d’aujourd’hui restent encore largement redevables à cette période d’urgence, au cours de laquelle l’Etat se trouvait en transition entre deux systèmes. Le Bénin venait à peine d’en finir avec l’idéologie marxiste et entrait de plain-pied dans l’économie de marché, dans un pays gangréné par la pauvreté et la misère. Il fallait parer au plus pressé.
L’absence d’une vision économique claire des délégués à la conférence aura ouvert la voie à toute une série de bricolages idéologiques. Aujourd’hui, le modèle productif est très faible et ne semble guère préoccuper les élites politiques. Que produisons-nous donc aujourd’hui ? Quel produit exportons-nous aujourd’hui en dehors du coton ?
En dehors de la monoculture du coton, le Bénin est resté pauvre en produits d’exportation, c’est-à-dire, en ces produits qui, de tout temps, apportent de la devise à l’économie nationale.
Mieux, les Béninois ont de l’aversion pour l’entreprenariat et le risque. Notre culture est ainsi faite qu’elle décourage la curiosité, le progrès et même la richesse. Tous ceux qui ont réussi à créer et installer durablement leurs entreprises peuvent témoigner qu’ils ont fait face à des pesanteurs ridicules mais tenaces, liées à l’absence d’une culture d’entreprise effectivement promue par l’Etat et les collectivités locales. Tout le monde attend tout de l’Etat qui, à son tour, tend la main aux fameux bailleurs de fonds. Dans bien des cas, chacun vole à sa petite échelle, le même Etat, en espérant faire son bonheur sur le dos de « ces Blancs » qui sont censés financer l’Etat.
Ce modèle qui exalte l’assistanat permanent nous a caché l’essentiel : l’aide étrangère n’a jamais construit un pays. Au contraire, si elle n’est pas accompagnée d’un sérieux sursaut patriotique des citoyens et de leurs dirigeants, elle débouche sur une paupérisation à grande échelle des masses paysannes. Car l’aide endort les énergies et les intelligences, sclérose les mauvaises habitudes qui s’enracinent dès lors. L’Etat se lance dans la course effrénée aux biens extérieurs, et fait l’impasse sur la mise en place d’une industrie de qualité, d’un artisanat national performant. Il oublie même que ce qui développe un pays, c’est la production et la consommation intérieures. Pendant la crise économique mondiale de 2008, on sait que la Chine a démontré une grande lucidité en s’appuyant sur une politique de satisfaction du « Besoin local » (pour les industries). Cette politique est dite «Consommer local» pour les consommateurs. Tout en aidant les pays occidentaux, la Chine a ainsi dopé ses consommations internes et accru ses exportations. En pleine crise économique…
Il faudra imiter ici ce modèle résolument tourné vers les efforts propres des citoyens, et non sur une quelconque assistance extérieure. Bien entendu, une telle politique économique, en pleine démocratie pluraliste ne pourrait engendrer dans un premier temps que des aigreurs des puissances possédantes. Celles-ci tirent aujourd’hui, leur subsistance de l’import-export.
Notre chance pour l’avenir, c’est que l’ouverture au monde grâce aux progrès technologiques, nous donne à voir que les autres n’attendent personne pour réaliser leurs progrès. 25 années après, il semble bien que la révolution économique que nous attendions doit partir de l’immense cristallisation de nos propres efforts.

Par Olivier ALLOCHEME

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