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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec Gaston Eguédji, le promoteur du FITMHAND:« Les futurs ambassadeurs de notre musique sont les artistes handicapés »


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gastonGaston Eguédji est l’initiateur du Festival international de théâtre et de musique pour personnes handicapées (FITMHAND). C’est le seul événement culturel initié depuis 2010 au Bénin au profit des personnes handicapées. Cinq ans après ce festival, il présente à travers cette interview son bilan et projette un avenir radieux pour les artistes handicapés. Sans langue de bois, Gaston Eguédji revient sur la philosophie de ce festival qui suscite aujourd’hui l’enthousiasme des artistes handicapés.

L’Evénement Précis : Depuis 2010, vous avez initié le FITMHAND, un festival qui est exclusivement consacré aux personnes handicapées. Pourquoi cette cible ?

Gaston Eguédji : J’ai ciblé les personnes handicapées parce que j’ai constaté qu’elles ont vraiment du talent. Mais à cause de leur handicap, elles ne parviennent pas à s’extérioriser. Il faut donc quelqu’un pour les sortir de leur isolement. C’est ce que j’ai compris en initiant ce festival étant donné qu’après les sondages que j’ai personnellement faits dans les écoles et dans certains centres, j’ai pu me rendre compte que les personnes handicapées sont très douées en matière d’art. Le FITMHAND est donc initié pour les encourager afin qu’ils puissent exprimer leurs talents et se faire valoir sur le plan artistique. Le but aussi est de montrer aux autres que nous sommes tous des handicapés ambulants et que porter un handicap n’est pas une fin en soi.

La dernière édition du FITMHAND a été organisée en 2014 à Lokossa. En termes de bilan, qu’avez-vous pu réellement apporter aux artistes handicapés et qui fait aujourd’hui votre fierté ?
Avant d’en arriver là, vous me permettrez de remercier le gouvernement, en l’occurrence le président Yayi Boni et le directeur général du budget qui m’ont soutenu. Leur appui m’a beaucoup aidé. Pour en venir à votre question, je dirai que je suis vraiment satisfait du bilan que nous avons réalisé avec ce festival. Je le dis parce que déjà, chaque année, les personnes handicapées m’appellent et me bousculent pour participer à l’événement. Je constate donc par-là qu’ils se préparent à cela parce que ça leur permet inévitablement de s’épanouir. L’autre chose aussi, c’est que j’ai remarqué qu’ils créent, chaque année, pour prendre part à ce festival. Il y a aussi bien les artistes chanteurs-compositeurs que les acteurs du théâtre qui sont handicapés. Parfois, ils m’invitent même à voir leurs nouvelles créations qu’ils envisagent présenter à l’événement. On sent donc qu’ils sont très enthousiastes par rapport à ce festival, le seul qui, jusqu’à ce jour, leur est consacré. Le festival étant itinérant, comme j’étais absent du territoire national, je l’ai ramené l’année dernière à Lokossa. En gros, je dirai donc qu’il y a une sorte d’engouement qui anime les personnes handicapées autour de ce festival. Et ça, pour moi, c’est une grande source de satisfaction. Et c’est surtout ça qui m’a donné le courage de continuer. J’ai constaté aussi que, parmi ces talents qui étaient cachés, il en a qui ont commencé par aller au studio pour sortir leur album. Je peux citer Roger Tchaou, Miss Espoir. Il est vrai que ce sont des artistes que les gens connaissent déjà, mais ils ont aussi bénéficié des avantages de ce festival. Je n’oublie surtout pas feue Zouley Sangaré qui avait soutenu la chose avec moi. Il faut dire que quand nous partons dans chaque département et que les jeunes artistes handicapés voient ceux-là, ils sont déterminés à se battre pour se donner aussi un nom et à se rendre utiles dans la société. Autrement dit, il n’y a plus ce complexe qu’on sent au niveau des personnes handicapées qui ont aussi de talents artistiques à exprimer. J’ai observé la fois dernière, le chef de l’Etat recevoir les personnes handicapées. Il a fait quelque chose que je souhaitais qu’on leur fasse. Il a nommé un de mes festivaliers. Il a pour nom, RAS AIBARE. Il est un handicapé et pourtant, le chef de l’Etat, grâce à ce que nous faisons pour les sortir de l’ombre, a pu le remarquer et l’a nommé en Conseil des ministres dans une instance de régulation. Et c’est ce que je veux. Je veux que l’on prenne les personnes handicapées au même titre que les personnes dites normales parce qu’en définitive, elles ont fait les mêmes études. C’est donc injuste d’exclure la personne handicapée au moment du recrutement. Et c’est aussi le but de ce festival. Je veux donc qu’on donne aussi la chance aux handicapés de s’essayer. Et c’est après cet essai qu’on peut les juger.

Quels sont les critères de participation au FITMHAND et qu’en tirent réellement comme avantages les festivaliers ?
Je pense qu’il revient aux personnes handicapées qui participent au festival de mieux vous dire ce qu’elles tirent comme avantages. Mais ce qui est sûr, ce sont des enfants gâtés du festival. Nous essayons d’abord de faire en sorte qu’elles soient reçues et mises dans de bonnes conditions. Etant donné que nous n’avons pas encore des infrastructures adaptées pour qu’elles puissent monter paisiblement sur le podium lorsqu’elles doivent prester, nous essayons de les y aider afin que cela ne leur pose pas d’ennuis. Je voudrais donc profiter de cette occasion pour inviter nos gouvernants à commencer par prévoir dans nos salles de spectacles, des passages pour personnes handicapées. C’est ce message que nous essaierons de passer aux Ministères de la jeunesse, des sports, de la famille et de la culture. Revenons à ce qu’ils gagnent dans le festival. Pour moi, ils doivent avoir un cachet. Un cachet consistant de toutes les façons. Je ne veux pas vous dévoiler le contenu de ce cachet. Mais ce que je puis vous dire, c’est qu’ils ne sont jamais mécontents de ce que je leur donne. L’autre chose, c’est qu’ils sont complètement pris en charge pendant le festival. Je veux parler de la restauration, de l’hébergement, du déplacement. Je les loge d’ailleurs dans des hôtels. Je le fais ainsi parce que vu les talents que j’ai découverts en eux, je me dis qu’ils sont les futurs ambassadeurs de la musique béninoise. Ils en ont les potentialités. Le cas du couple malien, Amadou et Myriam est bien édifiant d’ailleurs. Les deux sont handicapés et pourtant, ils font la fierté de leur pays à travers le monde entier. C’est ce que je veux pour nos artistes handicapés. Je dois avouer que je ne suis pas encore totalement satisfait de ce que je leur donne comme cachet, mais je puis vous dire aussi que même à l’international, les gens ne paient pas encore ça aux artistes.

Est-ce qu’il y en a parmi eux qui ont déjà produit leur propre album grâce à ce festival ?
Bien sûr. Je crois qu’il y en a quatre qui ont déjà sorti leur album. Je peux citer Ottis Newton, Roger Tchaou, Ras IBARE qui se bat pour aller en studio. Je pense d’ailleurs tout faire grâce à ma position actuelle au Fonds d’aide à la culture afin que les dossiers de ceux-là puissent être soutenus. Je ne peux pas citer de façon exhaustive tous ceux qui ont déjà pu sortir leur album grâce au FITMHAND. Mais une chose est sûre. C’est que les personnes handicapées n’hésitent plus à produire et à créer pour animer leur vie artistique. Et c’est compte tenu de ces résultats que je n’invite plus les gens à l’international depuis la 2ème édition. Parce que les festivaliers du Bénin occupent toute la place. Ils se bousculent même pour y participer. Et ça me rend fier de constater qu’il y a au moins un événement qui leur est entièrement consacré et qu’ils apprécient bien.

Avez-vous déjà une date pour FITMHAND 2015 ?
Tout à fait. On fixe toujours la date de la prochaine édition du festival à chaque édition. Parce que cela est aussi créé pour permettre aux nôtres de célébrer la journée internationale des personnes handicapées. FITMHAND 2015 aura donc lieu les 3, 4 et 5 décembre 2015 prochains. Mais le lieu, nous ne l’avons pas encore déterminé. Nous connaissons néanmoins la date pour pouvoir lancer les appels à candidature. Il faut reconnaître que cette année, même à l’international, les gens se bousculent déjà pour y participer. Mais moi je veux prioriser, avant tout, les nationaux parce que je veux que les miens profitent du peu d’argent que je trouve pour organiser le festival avant qu’on appelle les gens à l’international.

On en était au FITMHAND quand vous avez encore initié FESTOM. De quoi cela retourne concrètement ?
FESTOM, c’est le Festival Top Musique. Je l’ai initié parce que quand j’allume les chaînes de télévision nationales, je constate, tout en étant pas professionnel de la musique, que les gens chantent mal. J’ai réfléchi et l’idée m’est venue de créer ce festival afin que les gens puissent d’abord montrer au public leurs produits avant de les envoyer en studio. J’ai alors décidé de parcourir les départements pour y dénicher les top des top afin de les montrer en exemple. On a alors fait le premier essai à Lokossa en ne prenant rien que les musiciens du coin. FESTOM est aussi itinérant et passera dans chaque département. Ou bien, on fait des recrutements dans chaque département et ils viennent se produire à un lieu donné qu’on aura retenu. Et là, ils vont se produire et c’est le public qui va les juger. Pour le premier essai qu’on a fait à Lokossa, il y avait eu du grand monde. Les spectateurs ont apprécié l’idée. Ce qui m’a encouragé à continuer avec la 2ème édition qui se tiendra vers le mois de décembre. Je voulais ce festival aussi itinérant, mais avec le succès que la première édition a connu à Lokossa, j’ai voulu ériger son siège là-bas.

Pour conclure cet entretien, dites-nous ce que vous auriez souhaité pour cette année 2015 pour le secteur de la culture dont vous êtes un acteur
Je souhaiterais que l’on sente réellement les impacts des milliards que le chef de l’Etat nous a permis d’injecter dans le secteur de la culture dans notre pays. Que cela apporte aux artistes, la créativité et leur permette de réellement vivre de leur métier. Je voudrais enfin demander aux acteurs culturels de beaucoup prier pour que nous ne voyions plus jamais l’année noire que nous avons connue entre 2013 et 2014.

Propos recueillis par Donatien GBAGUIDI

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