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Le triomphe de la vérité

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Edito: Le cas Orou Sé Guéné


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A l’heure où je vous écris ces mots, une immense incompréhension m’habite : comment un député, élu du peuple, peut-il pousser l’indignité jusqu’à chercher à échapper à une décision de justice ? Tous les Béninois responsables trouveront indigne la manœuvre du député Orou Sé Guéné, député de la huitième circonscription électorale, qui cherche à échapper à la décision du tribunal de Parakou  le condamnant à six mois fermes et 500. 000 FCFA d’amende pour pression sur magistrat. Ce lundi encore, l’on a appris le refus du PRD dont les députés ne voudraient visiblement pas apposer leur signature au bas de la proposition de résolution qui circule actuellement au parlement, résolution qui active au profit du député les dispositions de l’article   90 de la Constitution du 11 décembre 1990. Cet article prévoit  en son alinéa 4 que « la détention ou la poursuite d’un député est suspendue si l’Assemblée nationale le requiert par un vote à la majorité des deux tiers ». C’est cette disposition qui est ici mise en branle par Orou Sé Guéné qui travaille à faire suspendre la procédure l’envoyant en prison en recueillant les deux tiers des voix de ses collègues.
Devenu prisonnier ambulant par la force du jugement rendu par les juges de Parakou, il a réussi depuis plus d’une semaine à échapper à toute arrestation. Et c’est ce qui me traumatise dans ce Bénin où les lois ne s’appliquent qu’aux plus faibles. Alors qu’un mandat d’arrêt a été décerné contre lui en bonne et due forme depuis le 02 décembre dernier, il jouit   de sa liberté la plus ample, alors même que gendarmerie et police nationales ont été mises à ses trousses par les juges. Pensez donc, ni la gendarmerie nationale ni la police n’ont été capables jusqu’ici d’appréhender un député condamné en bonne et due forme par la justice, un député qui  vote les lois qui jettent les autres citoyens en prison !
C’est là précisément où le comportement des forces de sécurité comme du député, lui-même, paraît inexcusable. Que dire aux Béninois maintenant ? Qu’on n’a pas pu retrouver le député qui circule pourtant au vu et au su de tous ? Que c’est le chef de l’Etat qui a refusé qu’on lui applique la rigueur de la loi ? Le plus terrifiant, c’est que ceci se passe devant les partis politiques, les organisations de la société civile ainsi que les syndicats qui regardent  faire sans dire mot. Oui, le silence qui recouvre cette pratique indigne est aussi criminel que le geste du député qui se soustrait à la loi. Il indique que les Béninois acceptent que s’applique dans ce pays la loi du plus fort, alors même que notre constitution fête demain vingt-quatre ans  de vie.
En réalité, ce sont vingt-quatre ans de justice bancale qui sont ainsi mises en exergue de façon théâtrale par le fait d’un élu du peuple. Il joue sur les sentiments de ses collègues pour montrer à tous que le Bénin est un pays à la dérive.
Oui, ce pays est bien à la dérive si ceux qui votent nos lois, lois qui s’appliquent à nous tous, sont les premiers à se battre pour y échapper. Ils le font et cela ne choque personne. Ils le font et un ouragan populaire ne se lève pas du fond du peuple indigné pour mettre fin à l’inqualifiable imposture. Ils le font et les forces de sécurité les protègent de leurs armes, c’est-à-dire, des armes que nos sueurs ont servi à acheter pour nous protéger.
S’il restait encore à Orou Sé Guéné un brin de dignité et même de bon sens, il devrait se rendre à la justice de son pays. Se rendre d’abord. Aller, ne serait-ce que de façon symbolique derrière les barreaux, pour montrer qu’il respecte nos valeurs morales les plus élémentaires. S’il lui restait encore un brin de morale, il devrait s’excuser.
Ici, en effet, il a commis un triple crime pour lequel la prison est même obligatoire pour un élu : pour avoir tenté de faire pression sur un juge, pour  ne s’être jamais présenté devant les juges durant le procès, et, troisièmement, pour s’être soustrait   de façon ostentatoire à la justice en dépit de toute condamnation.
Au-delà de tout ceci, il me semble que nos élus ont un devoir fondamental vis-à-vis des jeunes : être les modèles sur lesquels se construisent leur avenir et l’avenir de notre nation.

Olivier ALLOCHEME

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