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Le triomphe de la vérité

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Edito: La dernière provocation


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Ce sera sans doute le baroud d’honneur du chef de l’Etat. Son projet de révision de la constitution est en examen ce jour à l’Assemblée nationale et personne ne semble assez fou dans la mouvance pour lui faire toucher du doigt les dangers d’un tel entêtement. Tenter de réviser une constitution aujourd’hui relève d’une pure provocation.
L’occasion s’y prête d’ailleurs très mal. Premièrement, il y a  à peine deux semaines que des troubles graves   ont précipité Blaise Compaoré hors du pouvoir et du pays. Les circonstances de ce coup d’Etat populaire, à défaut de montrer à l’hôte de la Marina la témérité de son geste, devraient tout au moins lui servir de leçon. En maintenant son projet dans ce timing, Boni Yayi n’a vraisemblablement rien tiré de la fuite de son collègue. Il l’a vécu comme un événement  ordinaire. C’est une erreur.
Deuxièmement, avec la composition bigarrée de la structure parlementaire aujourd’hui, c’est une gageure  d’y aller faire voter une révision. Toute l’opposition se ligue déjà contre le projet de même qu’une bonne partie de la mouvance. Le pouvoir ne disposera jamais des quatre cinquième nécessaires à cette révision. Tout le monde semble le savoir, sauf le chef de l’Etat et ses ministres. Les événements de Ouagadougou n’ont pas seulement montré les ravages de la désaffection d’un peuple. Ils ont clairement montré aux proches du pouvoir les dangers qui les guettent. Les pontes du yayisme ont bien vu comment ont été dévastés les biens des proches de Compaoré. Et ils savent que si jamais les choses tournaient au vinaigre,  ils seraient tous menacés, eux et leurs familles. C’est pour cela qu’il est difficile de comprendre l’entêtement du camp  présidentiel. Si l’on peut admettre que le président s’accroche à son projet pour ne pas   donner l’impression d’une  énième rebuffade, l’on peine à saisir les raisons pour lesquelles les autres composantes de la mouvance, ne daignent pas lui faire savoir que le Burkina Faso est trop frais dans les esprits et même trop proche de nous, pour que l’on s’amuse à créer un autre foyer de tension au Bénin.
Car déjà, les avertissements fusent. Hier, c’est le secrétaire général de la CSTB, Paul Essè Iko qui annonçait clairement qu’il y a lieu de renverser le régime Yayi. Comme si les coups de boutoir devraient provenir du camp présidentiel, le député de Ségbana, l’honorable Bani Samari, a admis ce week-end que « nous devons donc nous lever tous pour imposer à toutes les institutions de la République le respect scrupuleux de nos textes. Sinon, il ne faut pas hésiter à pousser jusqu’à un changement anticonstitutionnel du pouvoir ». Censé être du camp présidentiel, l’élu  de la deuxième circonscription électorale n’a vraiment pas porté de gang pour dénoncer « les mensonges grossiers »   distillés par le Gouvernement à propos  des résultats réels de la campagne cotonnière. On ne citera pas, bien entendu, les autres coups de semonce qui annoncent de belles perspectives pour le camp présidentiel en 2015…
Il se passe que le projet de révision offre une belle occasion à tous les députés qui attendaient dans l’ombre pour porter leur estocade. Ils n’hésiteront pas, depuis leur silence contrit, à faire échouer le projet, même s’il fallait montrer la minute d’après, le soutien verbal et éhonté qu’ils savent apporter au locataire de la Marina. Quant à la société civile et aux autres composantes de l’opposition, il ne serait pas surprenant qu’elles se mobilisent pour faire de cet échec un impératif de la démocratie aujourd’hui.
Face à ces périls qui menacent le texte et le pouvoir, le mensonge et la ruse ne suffisent plus. Les lancements de travaux fantoches, les projets bidons au profit des jeunes  non plus. Pas plus d’ailleurs que la ridicule confiscation des médias d’Etat. La révision ne passera pas. Tenter de la faire passer en usant des mêmes ruses qui ont fait voter naguère des âneries à nos élus, enflammera inutilement le pays. À coup sûr, il y aura une insurrection dès qu’il sera clair qu’une conspiration scélérate est en cours pour faire  voter le texte.
Il est clair donc que la seule chose pertinente à réaliser aujourd’hui, est de retirer ce projet de révision. Nous avons traversé l’implosion burkinabè qui fait rêver les insatisfaits. Ils attendent leur heure avec impatience, convaincus que le sacrifice de leur vie ne sera que le début de la fin.

Par Olivier ALLOCHEME

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