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Le triomphe de la vérité

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Festival de création et de formation en photographie d’art : « Nous allons sortir un instrument de développement »


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Photographe de profession, Esther Bigo à l’état civil est également un talent de la musique traditionnelle béninoise. Le commun des Béninois retient que Princesse Esther Tissoh est une artiste multidimensionnelle. Elle est promotrice d’un festival entièrement dédié à la femme et à la photographie qui a lieu tous les deux ans. L’édition 2015 est pour bientôt et elle appelle à la mobilisation des autorités en charge de la Culture.    

L’Evénement Précis : Esther Bigo est à cheval entre la musique et la photographie et il faut dire que c’est de la musique qu’elle est passée à la photographie, métier qu’elle a appris avant toute chose. Qu’est-ce qui explique ce chevauchement ? Est-ce parce qu’entre-temps, elle s’est cassée la dent quelque part ?

Esther Bigo alias Princesse Esther Tissoh : Pas du tout, je ne plaisante pas. Les deux métiers sont mes passions. Je devais faire la musique. Lorsqu’il y a année blanche, je voudrais faire coûte que coûte la musique, mais il n’y avait pas de centre ici. Je dois continuer cela en Côte d’Ivoire. Mes parents ont eu peur surtout à cause de mon titre princier. C’est alors qu’ils m’ont demandé ce que je voulais faire. Et là, j’ai dit soit l’audiovisuel ou la musique. Donc, il y avait un moyen, c’est d’apprendre sur le tard. Donc, j’ai commencé la photographie et j’ai obtenu mon diplôme en 1994 et j’ai fait la vidéo que les gens ne connaissent pas, je suis vidéaste également. J’ai quand même des documentaires. Donc, c’est la musique qui ne m’avait pas laissé exercer mon métier. Au moins la photographie je l’ai apprise sur le tard. La musique, je ne l’ai apprise nulle part. C’est dans le sang. Et lorsque je m’étais jetée à l’eau, c’est vrai qu’il y a des gens qui n’avaient pas confiance, mais les preuves sont là.

 Vous organisez dans votre ville natale, Abomey, un festival. De quoi il s’agit déjà ?   
En 2004, lorsque j’ai eu l’opportunité de ma première bourse et que j’ai participé au festival ‘’Alafia 2004’’,  j’ai touché du doigt comment nous étions encore à l’étape primitive de la photographie artisanale puisqu’il ne s’agissait même pas encore de la photographie d’art. Donc, du coup, j’ai commencé par coller mes idées une à une et en 2006, j’ai fini la conception de mon projet qui est aujourd’hui le festival résidence panafricaine de création et de formation en photographie d’art au féminin. Et pourquoi au féminin ? Parce que j’ai remarqué que même pas les 5% des femmes artistes ne sont représentées aux festivals. Voyez-vous, c’est criard. Alors, il faut faire quelque chose. J’ai quand même mes parents qui m’aident beaucoup dans ce sens. Donc, je me suis lancée dedans et tous les deux ans ça passe. Il y a un marché pour les femmes, il y a un appel à projet où elles postulent. Nous invitons également des expertes de l’Europe  qui viennent nous former. Et je rappelle que l’événement a trois volets résidence, formation et festival.

Donc la prochaine édition de ce grand festival dédié à la photographie, à la production artistique des  femmes aura lieu quand ?
Du 08 janvier au 08 février 2015. Et tenez-vous bien, il y a une innovation qui est le séminaire pour le décollage de la photographie d’art en Afrique subsaharienne. Et il y aura des espèces canons qui seront de la partie.

Quelques noms déjà, puisqu’il y aura quand même de grands noms de la photographie d’art?
Vous savez, nous sommes au Bénin et je fais des réserves. Mais ce qu’on peut retenir est qu’il y aura des experts de tout genre qui vont honorer de leur présence cet événement.  On va décortiquer des points d’ombre à la photographie d’art. Si un artiste béninois a des problèmes avec le Bureau béninois des droits d’auteur, le Bubedra par exemple, ce n’est pas avec la loi française que son problème sera réglé. Une partie pourra, certes,  être réglée.  Mais, il faudra qu’à l’africaine on arrive à décortiquer également  le problème. Donc, ces experts viendront non seulement mais ils vont également pour donner des solutions pour vraiment faire décoller la photographie d’art au Bénin.

Ça va donc être un gros rendez-vous qui mettra non seulement l’art en avant mais servira également de rencontre professionnelle qui vous permettra d’échanger pour bien asseoir la photographie d’art ?
Ce ne serait pas seulement pour discuter. Mais, nous allons sortir un instrument de développement pour la génération montante.

Mais comment vous aimeriez qu’on vous présente, si on doit vous  attribuer une casquette ?
Artiste multidimensionnelle.

En tant que photographe, si vous voulez qu’on aborde ce côté de votre carrière artistique, vous faites beaucoup de voyages et vous avez été plusieurs fois distinguée un peu partout dans le monde. Les Béninois ne vous connaissent pas assez ce côté. Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours et de ce que vous apportez de particulier?
D’abord, dans ce secteur, je me présente comme une fille gourmande parce que je ne me rassasie jamais. Donc du coup, par mon talent et tout, j’ai travaillé en tant que reporter free-lance avec beaucoup d’institutions internationales, les ambassades. Donc j’ai pu obtenir deux bourses en Belgique en 2004. Et c’est là où j’ai aiguisé vraiment mon regard dans l’art photographique. C’est vrai que les Béninois ne savaient pas que je gagnais ces distinctions et prix, parce que c’est du nouveau. La photographie d’art est du nouveau et si ce n’est pas la chanson, les autres arts sont méprisés. Donc sur ce plan, c’est vrai qu’on voit qu’Esther Bigo est l’unique femme qui excelle vraiment en photographie d’art, alors pour mieux vivre, il faut aussi se cacher de temps en temps, c’est pourquoi je ne fais pas de tapage pour ce qui concerne les distinctions que j’obtiens.

Parlez-nous justement de votre dernière distinction ?
J’ai gagné le prix du jury en Turquie  le 27 septembre dernier. Les Béninois ne le savent pas. Et c’est là où j’accuse, peut-être à tort ou à raison, les porteurs de la culture de chez nous, je veux parler des autorités en charge de la Culture. On voit quand même les tapages médiatiques que le Ministère des sports fait lorsqu’un sportif ou une équipe remporte quelque chose. Ce n’est pas uniquement dans le sport qu’il y a des écureuils. Moi en tant que Esther Bigo, Princesse Tissoh, j’en suis une mais je représente les 11 écureuils, pas seulement du côté artistique et culturel mais aussi au plan diplomatique et économique. Parce que tout ce que je gagne là-bas, quand je viens je dépense ça dans mon pays. Et sans cette ouverture je ne peux pas gagner, je ne peux pas vivre de mon art. Je ne vis pas encore de mon art au Bénin mais je remercie Dieu et les mânes des ancêtres d’avoir fait cette ouverture pour pouvoir quand même vivre de mon art. Et je milite maintenant pour que la génération montante aussi bien que celle à laquelle j’appartiens puissent bénéficier d’un quota de fonds afin de pouvoir vivre de leur art.
 
Entretien réalisé par Teddy GANDIGBE

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