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Le triomphe de la vérité

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Edito: L’agriculture des petits


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Entre la Côte d’Ivoire et le Bénin, il n’y a vraiment pas photo. La comparaison entre nos deux économies relève simplement de la gageure. On ne compare pas un  éléphant à un écureuil. Risquons quand même la comparaison.
Le Bénin vient de rendre publiques les grandes lignes de son projet de loi des finances 2015. Au total, le projet de budget 2015 est évalué à 1 506, 638 milliards de FCFA.  Celui de la Côte d’Ivoire fait environ 5014,3 milliards F CFA, c’est-à-dire près de quatre fois plus. Pour un pays qui vient de sortir d’une décennie de guerre civile meurtrière, il y a   comme un défi à nos démocraties apaisées.
Mieux, le taux de croissance prévisionnel de la Côte d’Ivoire pour 2015  est de 10 %   (contre 9% en 2014).  Le Bénin quant à lui projette   6% l’année prochaine  contre 5,7% attendu à fin 2014.
Aujourd’hui encore, et malgré la guerre civile, le pays des éléphants continue de représenter 40% des économies de l’UEMOA. Autrement dit, si la Côte d’Ivoire sort de ce regroupement, l’UEMOA n’aurait plus aucune sorte d’importance. Elle  sera sabordée.
Si j’ai tenu à rappeler ces chiffres, c’est pour attirer l’attention de tous sur ce qui a fait la relance de la Côte d’Ivoire : c’est la production, c’est sa capacité productive.
De par ma profession, j’ai parcouru les 77 communes de notre pays. Et partout, le même constat s’impose : le Bénin produit très peu. Habitué à me nourrir des fruits dans mes déplacements, je suis toujours surpris par leur rareté même dans nos villages les plus reculés. Il y a quelques jours, j’ai pu remarquer que les bananes vendues sur les étalages à Kpabégou, un arrondissement de la commune de Copargo, département de la Donga, coûtent aussi cher que celles vendues au marché des fruits de Cadjèhoun à Cotonou. C’est le signe qu’on ne produit pas grand-chose pour l’alimentation dans nos zones rurales.
Bien sûr, 54 ans après l’indépendance, l’agriculture béninoise continue d’être une agriculture de subsistance. Elle ne sert qu’à la survie des paysans qui ne pensent pas à acheter des voitures, construire des maisons à étage, envoyer leurs enfants à l’université uniquement avec les bénéfices tirés de leurs champs. A contrario, le paysan ivoirien est millionnaire voire milliardaire. Il recherche les meilleures spéculations et les meilleurs prix et s’acharne à tirer  de la terre ce dont il a besoin pour vivre heureux à l’abri du besoin. Il ne vivote pas : il vit.
Le signe de cette conception radicalement opposée à ce qui se passe chez nous, c’est qu’il suffit, par exemple, de poser pied sur le territoire ivoirien pour être frappé par les palmeraies qui s’étendent à perte de vue, les bananeraies aussi, sans compter les orangeraies ou autres ananeraies. Les vastes plantations de cacao, de café ou d’hévéa qui ont toujours fait la marque déposée du pays restent également un élément saisissant du paysage.
Il en est de la Côte d’Ivoire comme de la France ou des Etats-Unis. Lorsque vous aurez côtoyé de   près les immenses plantations de vigne en France ou les vastes plantations de maïs aux Etats-Unis, vous verrez qu’il n’y a de développement qu’à partir de l’agriculture. Et vous aurez envie de devenir agriculteur pour circuler dans ces vastes propriétés entretenues grâce aux technologies les plus récentes. Vous aurez envie d’être millionnaire ou milliardaires comme ces agriculteurs ivoiriens, français ou américains.
Que nous donne à voir le paysage béninois ? Pour la plupart, ce sont de petites exploitations familiales (un hectare ou deux)  mises en valeur grâce  à des techniques culturales qui datent de Mathusalem.  C’est une production de petite échelle faite par des gens qui ne rêvent pas grand. De par nos traditions, il est interdit de rêver.  Mais cette conception de la production nous mène à la pauvreté. Et c’est ce qui fait que la grande majorité de nos villages croupissent dans la misère.  Nos villages ne sont pas mis en valeur, ni nos fleuves, ni nos lacs ni nos lagunes.  Et il faut que nous apprenions à le découvrir : l’agriculture doit redonner espoir au Bénin.

Par Olivier OLLOCHEME

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