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Le triomphe de la vérité

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Edito: Surfacturation et pillage


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Pourquoi un stylo qui coûte tout au plus 150 F sur le marché, va-t-il coûter 1000 F à l’Etat ? Pourquoi facture-t-on des motos à 1 million et demi alors qu’elles coûtent à peine 400.000 Fcfa dans la vie réelle ? Pourquoi la bretelle de Bopa évoquée par Mathurin Nago ce week-end a-t-elle coûté 4,5 milliards, selon lui et pas 1,5 milliard dans la réalité ?
Toutes ces questions renvoient à celle de la qualité de la dépense publique dans un environnement fortement marqué par la corruption dans tous les rouages de l’Etat. On ne saurait se taire, en effet, lorsque l’on entend le président de l’Assemblée nationale révéler des cas de surfacturations massives sur lesquels il s’est tu en son temps. Ce dimanche, devant les populations de son village natal, Mathurin Nago a révélé un pan de ce que tous les patriotes n’ont cessé de dénoncer depuis des lustres : les surfacturations folles opérées par les services de l’Etat pour détrousser l’Etat. Lorsque la semaine dernière, le ministre des Finances nouvellement installé évoquait la qualité de la dépense publique, il y faisait indirectement allusion. Car Komi Koutché connait les mécanismes de ce phénomène qui a pris des proportions ahurissantes depuis 2006.
Il est vrai qu’il y a des cas qui ont abondamment défrayé la chronique. En 2008, lors du fameux scandale de la CEN-SAD, des gants ont été achetés à 90.000 F et des imperméables 400.000 F l’unité. J’attends toujours de voir qui a été sanctionné dans cette affaire. Au contraire, ceux qui se sont engraissés au crochet de l’Etat pavoisent dans le pays. Il y en a  parmi les civils et même dans l’armée qui ont gagné en grade. Ils utilisent les fruits de leurs larcins pour conquérir les urnes. En 2011 comme en 2016, ils comptent sur l’oubli et l’indulgence légendaire du peuple béninois.
Parlons aussi des surfacturations au niveau des infrastructures routières. Le syndicat du Ministère des transports continue de dénoncer les surfacturations massives utilisées dans le cadre du réaménagement de la route Akassato-Bohicon. Dans une lettre ouverte envoyée au président de l’Assemblée nationale en octobre 2013, le Syntra-TTP avait pratiquement supplié les députés de ne pas autoriser en l’état la ratification de l’accord de prêt entre notre pays et EXIM BANK de Chine dans le cadre du financement du lot 3 du projet (du PK 45+760 à Allada au PK 117+865 à Bohicon).  Les études techniques réalisées par un cabinet béninois pour ce tronçon ont coûté moins de 300 millions de FCFA. Mais l’actualisation de ces études par un bureau d’étude chinois a coûté six milliards quatre-vingt-dix millions (6.090.000.000) de francs CFA. Mathurin Nago et les députés de la mouvance n’avaient malheureusement pas trouvé utile de dénoncer cette pratique. Mieux les travaux de cette route initialement évalués à cinquante-deux milliards (52.000.0000.000) de francs CFA par le bureau ETRICO sont réévalués à environ cent sept milliards (107.000.000.000) de francs CFA par le bureau chinois. On passe donc de 52 milliards à 107 milliards, c’est-à-dire du simple au double. Ni Nago ni aucun autre député de la mouvance n’avait pipé mot.
Alors de qui se moque-t-on lorsqu’il s’agit de Bopa ? C’est une pratique que la représentation nationale connait. Il ne suffit pas de la dénoncer aujourd’hui.
Le cas de Bopa laisse voir, en effet, une pratique largement répandue. Il a amené le Ministère des Finances à éditer un répertoire des prix  qui est mal appliqué. Car, dans la réalité, lorsque les opérateurs économiques doivent payer les fameux 10% ou les 20% de bureau en bureau, de Ministère en Ministère, ils n’ont d’autre choix que d’y mettre leurs propres marges en gonflant les prix. Aucun ministre honnête, ancien comme nouveau, ne peut dire qu’il ne bénéficie pas de ces commissions occultes et profondément ancrées dans les mœurs.
Une anecdote, pour l’illustrer. J’ai personnellement vécu un cas d’un Ministère dont certains responsables exigeaient de leurs prestataires non pas 10%, mais bien 25%. Tenez-vous tranquille, ceci se passe en plein mois de service public, mois officiellement dédié à la lutte contre ce genre de fléau dans un Ministère qui est officiellement chargé de cette lutte.
Alors, je n’oserai pas dire que Mathurin Nago est resté passif face au phénomène qu’il dénonce aujourd’hui. Je dirais simplement qu’un Etat comme le Bénin n’a aucun intérêt à fermer les yeux sur les auteurs de ces prédations silencieuses qui constituent des pillages en règle de notre pays.

Par Olivier ALLOCHEME

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