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Le triomphe de la vérité

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Edito: Un mondial pharaonique


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A l’heure où le mondial 2014 bat son plein, l’on peut voir la débauche financière qui encadre le plus grand événement médiatique du monde. Le foot est bien fou, encore plus fou lorsque l’on regarde de plus près les chiffres de la coupe du monde en cours depuis deux semaines.
Premier chiffre : celui du nombre d’étrangers que le pays organisateur doit recevoir. Ce sont environ trois millions de personnes qui vont se déplacer pour aller au Brésil durant la période du 12 juin au 13 juillet 2014 Quelque 600.000 touristes étrangers sont attendus. Tout ce monde devrait dépenser environ 11,4 milliards de dollars, selon une étude de l’institut brésilien du tourisme Embratur. Les dépenses des touristes brésiliens représenteront 72% du total (8,3 milliards de dollars), les étrangers dépensant 3,1 milliards. Cela fera du bien à la croissance ralentie de l’économie brésilienne, de 0,9% en 2012, 2,3% en 2013 et 2% au début de 2014; encore que la préparation et l’accueil du Mondial n’apportent que 0,3% de point de croissance supplémentaire cette année. Entre 330.000 et 600.000 emplois ont été créés, la plupart étant temporaires, liés à la construction, à la rénovation des stades et à l’aménagement de nouvelles infrastructures non sportives (routes, métro, aéroports).
Pour organiser ce show mondial, 16 milliards de dollars (11 milliards d’euros) ont été dépensés. Les montants initiaux ont été multipliés par deux, passant de 8 milliards de dollars en 2010 à 16 milliards fin 2013. L’ancien footballeur brésilien Romario, ancien de la Seleçao, a révélé qu’avec les frais supplémentaires dépensés, le Brésil aurait pu construire 500 écoles techniques dont le pays manque cruellement. Comme ses prédécesseurs dans l’organisation de méga-évènements sportifs (Mondial de football, Jeux Olympiques), le pays a été confronté à des dépassements des coûts initialement prévus: coût multiplié par 17 pour le Mondial 2010 en Afrique du Sud, par plus de deux en Allemagne 2006 et en Corée du Sud 2002, par quatre aux J.O. de Londres 2012, par quinze à ceux de Pékin 2008, par deux à Athènes 2004, par cinq aux J.O. d’hiver de Sotchi 2014, par trois à ceux de Turin 2006.
Ce phénomène de dépassement des coûts est lié à la théorie dite de la malédiction du gagnant des enchères. Avec le mode actuel d’attribution du Mondial par la FIFA et des J. O. par le CIO, il n’est pas prêt de s’estomper. Tous les quatre ans, des appels à candidature sont lancés. Ils s’apparentent à un processus d’enchères mettant des pays/villes candidats en concurrence. La FIFA et le CIO  choisissent forcément le projet le plus mirobolant tout en se déchargeant des coûts sur le pays/ville à qui ils attribuent l’accueil de l’évènement. L’objectif de chaque pays/ville candidat étant d’obtenir cet évènement, il surenchérit sur les projets des autres candidats par des cérémonies et des infrastructures sportives et non sportives les plus attractives possibles, qui alourdissent le coût.
En entendant ces chiffres, certains Brésiliens, notamment ceux des classes populaires, n’ont pas manqué d’en avoir du dégoût. Des mouvements de contestation ont multiplié événements et manifestations contre le mondial. Divers mouvements de mal-logés (comme le Movimento Popular por Moradia [Mouvement populaire pour un logement] ou le Movimento dos trabalhadores sem teto [Mouvement des travailleurs sans abri]) manifestent dans le pays. Leurs revendications tournent autour de la baisse des loyers et du coût des transports, la création de vrais services publics de la Santé et de l’Education. Le mondial a également réveillé les travailleurs des secteurs vitaux comme le transport qui ont profité de l’événement pour se faire entendre et obtenir des avantages.
Le mondial est malgré tout une source exceptionnelle de recettes pour la FIFA. Elle a perçu 3,5 milliards de dollars en droits de commercialisation du Mondial 2014. Si l’on y ajoute les montants récoltés chez les spectateurs, l’on peut imaginer ce que gagne cette institution. Dans le même temps, les places se vendent cher au stade. Leurs prix ont été multipliés par cinq par endroits.
Les spectateurs qui s’agglutinent aux stades comme ceux qui s’émoustillent devant leurs écrans télé procurent du bien aux acteurs principaux que sont les joueurs. La question est de savoir ce que toute cette agitation pourrait générer à l’économie brésilienne. En 2004, les J.O d’Athènes furent un événement énorme. Le gigantisme de l’organisation est cité parmi les causes possibles de la grave crise économique que vit la Grèce depuis deux ans. Quel sort alors pour le Brésil après 2014 ?  Seul l’avenir nous le dira.

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