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Le triomphe de la vérité

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Edito: Ubuland


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Nous avons transformé notre pays en un Ubuland politique. A  mesure que  la démocratie béninoise évolue, elle semble secréter non pas le bon nectar que l’on aime, mais un violent venin qui menace de nous emporter un jour.
Le délitement du jeu politique donne lieu, en effet, à la multiplication des contraires, la succession des âneries et à la mise en place d’une gouvernance sans boussole.
Me revient la récente analyse de l’ancien ministre, Victor Topanou  qui pointe la responsabilité des élites qui, selon lui, ont réussi à « pervertir notre démocratie par l’argent et la fraude massive ». A l’entendre, ce sont les élites qui, non contentes de ne pas contribuer au développement du pays, travestissent la culture politique des masses populaires même  dans les hameaux les plus reculés de notre pays.
Son analyse ne rejoint pas vraiment celle d’Achille Mbembé, l’essayiste camerounais qui avance l’idée d’une complicité du mal existant entre les dirigés  et les dirigeants. « En postcolonie, dit-il, une intime tyrannie lie, de fait, ceux qui commandent et leurs sujets, de la même manière que l’obscénité est l’autre face de la munificence et la vulgarité la condition même du pouvoir d’Etat. » (De la postcolonie, Karthala 2000). Faut-il le croire lorsqu’il avance aussi que l’univers postcolonial est marqué par une abondante production de bouffonnerie  et de grotesque qui s’incruste au tréfonds des mentalités ? La question reste posée.
Y répondre, c’est trouver aussi une réponse aux multiples questions qui se bousculent dans ma tête lorsque j’écoute les responsables de cet obscur mouvement politique ayant fait ce week-end une sortie politique à Djanglanmè, arrondissement de Grand-Popo. L’un d’eux a cru bon de dire que l’arrondissement va désormais enclencher la voie du développement en sortant de l’opposition. Dans la tête de ces gens, l’opposition, c’est le sous-développement. Il en est de ceux-ci comme de la plupart des acteurs politiques : l’opposition, c’est la pire option qu’un acteur public puisse faire. Et la maxime est loin d’être en terre béninoise une vue de l’esprit…
C’est qu’en réalité nous sommes entrés dans une  « démocratie CFA » pour parler comme Florent Couao-Zotti, démocratie  où l’idéal a laissé place à l’argent. Partout chez nous, les idéaux  se meurent. Ils sont remplacés par le jeu des intérêts et le régionalisme le plus primaire qui seuls guident aujourd’hui l’action politique. Les foules hilares qui accourent sur les meetings sont avant tout alléchées par les billets de banque  promis. J’en connais, des plus illustres aux plus fripons, qui ne se déplacent pas tant qu’ils n’ont pas touché l’intégralité des montants négociés. Au plus profond du Bénin dit profond, l’argent a déjà pollué les mœurs. Ne parlons donc plus de Cotonou. Tout ceci souligne une honteuse perdition morale et surtout l’absence de repère dans un pays où est mort et enterré le sens de l’honneur.
L’un des moments les plus emblématiques de cette période que nous traversons, c’est lorsque les opposants d’hier deviennent les chantres actuels du régime. Souvent, ils s’inscrivent dans un zèle si ardent qu’ils occupent très vite les premières places. Passe encore que l’on démissionne de son camp originel. Cela peut se comprendre.   Mais  devenir  aussitôt le chantre du régime que l’on a combattu durant des années relève de l’imposture. On ne saurait appeler ce comportement une simple transhumance, c’est un dévoiement de soi, un renoncement intellectuel qui devrait même interroger les sociologues. L’individu béninois, l’être béninois est-il un être si fruste que ce que nous voyons ?
En balisant  le chemin pour   une démocratie pluraliste, la conférence nationale des forces vives de février 1990 a échoué à construire un nouveau système politique basé sur des valeurs. Elle a échoué sur ce point et les conséquences enregistrées depuis lors, s’aggravent au fil du temps. Nous en sommes à construire un système  politique anomique transformant le pays en ce que Vincent Hugeux appelle  Ubuland, un Etat où personne n’a honte de rien, où le  ridicule abonde et où le prince lui-même se fait maître en bouffonnerie.
Je pourrais l’interpréter comme le signe d’une transition. La période que nous vivons serait ainsi un passage obligé de l’état archaïque où nous étions à une autre modernité que nous attendons encore.   Dans cet élan, l’angoisse du temps qui passe et qui semble indifférente à nos questions, me semble la plus cruelle des tortures : à quand la fin de tant d’impostures ?

Par Olivier ALLOCHEME

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