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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec Sabi Biaou, membre du Comité de pilotage de la politique de lutte contre la pollution atmosphérique: « Ceux qui s’opposent à la lutte anti-pollution sont des dangers pour le secteur de l’automobile »


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Sabi Biaou netSabi Biaou est son nom. Il est le Secrétaire général des garagistes et automobilistes du Bénin (Syngap-Auto-Bénin). A ce titre, il est fortement impliqué dans la nouvelle politique du Ministère de l’environnement pour lutter contre la pollution atmosphérique au Bénin. Une politique qui semble susciter quelques polémiques. Dans cette interview, Sabi Biaou donne des explications sur le contenu réel de cette politique, insiste sur la nécessité de la formation des garagistes avant d’exprimer son indignation contre ceux qui s’opposent à la politique anti-pollution.

L’Evénement Précis : Vous êtes membre du Comité de pilotage d’agrément des garagistes dans le cadre de la lutte contre la pollution atmosphérique mis en place par le Ministère de l’environnement. Dites-nous concrètement de quoi cela retourne

Sabi Biaou : Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a plus d’une décennie, Cotonou était pratiquement invivable à cause de la pollution atmosphérique par les gaz d’échappements surtout avec les motos à deux temps qui étaient beaucoup plus nombreuses, des camions qui fument, des moteurs mal réglés. Le Ministère de l’environnement, conscient de son rôle de garantir un environnement sain à la population, s’est attaqué aux questions des moteurs. Il faut saluer les efforts du Ministère qui ont contribué largement à assainir la ville de Cotonou. Je le dis parce que depuis 2000, il y a eu la formation des garagistes dans le cadre de la lutte contre la pollution atmosphérique par les gaz d’échappement à travers la maîtrise des techniques de réglage et contrôle anti-pollution, surtout de la maîtrise des dispositions anti-pollution qui sont sur les voitures. Nous avons, par exemple, le processus d’agrément et de convention des garagistes. A ce niveau, il faut également saluer le Ministère qui a accédé à nos doléances, parce que c’était une des conditions qu’on avait posées avant qu’il ne passe à la coercition. Nous avons réussi à exiger du Ministère que les garages qui doivent bénéficier de l’appui doivent être conventionnés, c’est-à-dire, qu’ils soient des garages dont les promoteurs sont effectivement des mécaniciens de formation. Ça a été accepté et le Ministère avait invité les garagistes à ce sujet. Mais beaucoup étaient réticents. Ceux qui ont marqué leur intérêt à la chose et qui ont rempli les conditions ont aujourd’hui des analyseurs de gaz dans leurs garages, lesquels, loin de les interpréter comme un outil de répression, sont de véritables outils de diagnostic qui permettent déjà de savoir si la condition du moteur est bonne ou pas. Outre ceci, vous allez constater aussi qu’il y a aujourd’hui la promotion des motos à 4 temps qui polluent moins l’environnement et qui sont subventionnées par l’Etat. Et c’est au niveau du comité qu’on a pu mener tous ces travaux. Par rapport à ça, je pense qu’on peut se réjouir des efforts du Ministère.

Mais l’unanimité des garagistes n’est pas faite autour de cette politique consistant à lutter contre la pollution atmosphérique. Certains n’hésitent même pas à taxer vos actions d’inefficaces voire contre-productives. Qu’en dites-vous ?
Ce que je vais vous dire, c’est que la mécanique automobile est avant tout un métier utilitaire qui est basé sur les systèmes et les principes. Et lorsqu’on est mécanicien ou garagiste, le métier vous oblige à faire preuve de rigueur et de responsabilité. Tous les véhicules qui sont mis sur le marché le sont avec des normes environnementales constructrices. Les législateurs, en Europe, votent des réglementations anti-pollution qui ont conduit à l’utilisation de l’électronique, à l’avènement des pots catalytiques et consorts. C’est dire que c’est un problème de formation. C’est un problème de compétence et c’est aussi un problème de niveau. Et lorsque les gens n’ont pas reçu la formation et qu’ils n’ont pas le niveau qu’il faut, on doit pouvoir les excuser par rapport à ces genres d’appréciations. Sinon, je pense aujourd’hui que c’est une opportunité d’accompagner le Ministère de l’environnement dans le cadre de la lutte contre la pollution en jouant notre partition. Cela veut dire quoi ? Nous, nous sommes des garagistes. Notre rôle, c’est de réparer les véhicules conformément aux prescriptions du constructeur. Qu’est-ce que le constructeur dit par rapport au moteur que je répare ? Quelles sont les valeurs anti-pollutions préconisées par le constructeur ? Comment les contrôler ? Il faut bien sûr le faire avec un appareil. Et l’appareil approprié pour le faire, c’est bien les analyseurs de gaz. Le Ministère de l’environnement est disposé à accompagner les garagistes qui le souhaitent dans ce sens. Mais, il y en a qui sont réticents. Sont-ils conséquents envers eux-mêmes ? Je pense qu’ils sont devenus des dangers pour le métier. Je pense qu’en tant que responsable, aujourd’hui, c’est de formuler les doléances pour étendre le champ des exonérations qui vont nous aider à mieux faire notre travail parce que le contrôle anti-pollution est le dernier contrôle qui s’effectue sur un moteur lorsque tout va bien.

Il y a en qui proposent, par exemple, entre autres, la lutte contre les véhicules d’occasion qui sont déversés sur le marché et qui polluent sérieusement l’environnement vu leurs âges très avancés.
Je voudrais revenir à la question de la formation et de niveau dont j’ai parlé tantôt. Quand on n’a pas la formation et le niveau qu’il faut. On peut se complaire dans des appréciations erronées. C’est de ça qu’il s’agit. De toute façon, ce que moi je sais, c’est que nous évoluons dans la complémentarité. Il y a toujours quelqu’un qui a quelque chose de plus ou de moins que toi qu’il faut aller chercher pour renforcer ses connaissances. Ne pas le faire, je pense que c’est grave. Ceux qui font ces appréciations veulent donc nous faire croire que tous les experts qui se sont réunis pour élaborer cette politique ne connaissent rien et c’est donc seulement eux qui connaissent tout. Je pense que lorsqu’on prend les choses de cette façon, on n’est pas conséquent envers soi-même. Aujourd’hui, en ma qualité de Secrétaire général du Syndicat des garagistes et automobilistes du Bénin (Syngap-Auto-Bénin), nous sommes à court d’argument pour pouvoir empêcher le Ministère de l’environnement de continuer la lutte. Dans la mesure où, à plusieurs reprises, il nous a accompagnés. Il nous appartient aujourd’hui de lui exprimer d’autres doléances, si nous avons, par exemple, des problèmes de formation et autres. Et lorsqu’on est une association professionnelle, je pense que le premier souci doit être de se mettre à jour vis-à-vis de son métier si on ne veut pas être un danger pour la corporation. Et cela passe par la formation, sa capacité à s’adapter aux situations et à se remettre en cause pour que les choses évoluent. Maintenant, pour revenir à votre question, je dirai que c’est tout à fait normal que les gens pensent ça. Mais, je parie que tous les véhicules qui quittent l’Europe et qui arrivent au Port autonome de Cotonou, quel que soit leur âge, respectent les normes anti-pollution. Je le dis parce qu’en Europe, tu ne peux pas avoir un garage sans avoir un analyseur de gaz et aucun véhicule ne peut sortir d’un garage après une mise au point sans un certificat anti-pollution qui prouve qu’il a subi un contrôle anti-pollution. Cela veut dire que les garages que nous avons aujourd’hui sont en retrait par rapport aux exigences pour pouvoir satisfaire nos clients parce que, lorsque vous n’avez pas un analyseur et que des calages sont mal faits, cela émet des polluants. Il en est de même lorsque des bougies sont mal faites ou quand il y a trop d’essence. Je dirai donc que la mécanique, ce sont des valeurs de contrôle et des valeurs de réglage. Cela veut dire que limiter l’âge des véhicules règle un problème, mais en pose un autre. Prenez une voiture frappée par exemple par la norme Euro5 et qui descend à Cotonou. Combien de mécaniciens sont en mesure de faire face efficacement à ses problèmes ? Parce que beaucoup de citoyens ont des voitures pour lesquelles ils ont des difficultés et ne trouvent même pas ceux qui vont les réparer. En tant qu’association professionnelle, nous devrons lutter beaucoup plus pour avoir des collègues compétents et sérieux plutôt que de s’opposer à quelque chose qui doit participer à soigner notre image parce que, quand je lutte contre la pollution et qu’on arrête le véhicule de mon client et qu’après on se rend compte que ce véhicule ne pollue pas, cela doit être une source de fierté pour moi qui suis son mécanicien. C’est de cela qu’il s’agit.

Un message à lancer à vos pairs ?
Je dirai que lorsqu’on est responsable d’une association professionnelle, le premier objectif devra être d’unir les gens pour la défense des intérêts de la corporation. Maintenant, il faut savoir où se situent lesdits intérêts. A partir de là, il faut que les collègues commencent par se remettre en cause et se poser des questions. Quand est-ce que j’ai appris mon métier ? Qu’est-ce que je connais de ce métier ? Quelle maîtrise j’ai de ce métier ? Quelle satisfaction j’arrive à donner à mes clients ? Qu’est-ce qui me manque et que faire pour l’obtenir ? Voilà autant de questions qui devront nous faire réfléchir. Et à partir de là, le minimum, c’est de se rapprocher des autres pour voir les opportunités de formation qui sont offertes. Car, la formation, c’est la réponse à un besoin. Maintenant, il faut pouvoir exprimer ce besoin-là. Car, la réalité, c’est que les garages qui sont conventionnés aujourd’hui ont vraiment de la clientèle. Et je veux que les gens sachent que ce que nous faisons, ce n’est que du sacerdoce pour accompagner le Ministère dans la lutte contre la pollution. Ce n’est donc pas une affaire d’argent.

Propos recueillis par Donatien GBAGUIDI

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