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Le triomphe de la vérité

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Edito : Un nouveau messie nommé Michel Dognon


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Le tout nouveau conseiller spécial du chef de l’Etat à la gouvernance des entreprises publiques est venu à point nommé. Tout droit descendu des Etats-Unis, il a certainement la recette magique pouvant redresser définitivement les entreprises et offices d’Etat. Il ne saurait en être autrement au regard de la cérémonie pompeuse organisée au palais de la République cette semaine pour sa présentation aux directeurs généraux dont il est venu sauver les entités. Bienvenu, monsieur Dognon !

                Son arrivée vient donc à point nommé. On se doit d’abord de reconnaître que quelques rares entreprises et offices publics sont particulièrement bien gérés. L’un des cas les plus exemplaires reste la Caisse Autonome d’Amortissement (CAA) dont le Directeur général, Adam DendéAffoest parvenu à faire la différence au point de totaliser bientôt huit années à la tête de la structure. Quelle recette a-t-il pu trouver pour s’en sortir dans un environnement général marqué par les limogeages massifs et fréquents ? Seul Dieu le sait.

                A l’autre bout de ce label de qualité et de stabilité, se trouve le Port autonome de Cotonou. L’instabilité managériale qui caractérise ce« poumon de l’économie béninoise » est si grave que huit années de régime Yayi ont vu se succéder pas moins de huit DG à la tête de la structure. Vache à lait des gouvernements successifs, le Port est aussi au centre de manœuvres politiques intenses. Ce ne sont plus les appétits voraces des différentes chapelles politiques désireuses d’y positionner l’un des leurs qui étonneraient quiconque. Ces derniers temps, le limogeage du DG intérimaire de son poste d’intérim (et non de son poste de DGA qu’il conserve toujours) a ravivé les flammes. Des fournées de rois et chefs traditionnels sont déjà convoyées vers le palais pour faire le lobbying nécessaire afin de positionner tel cadre de telle région à ce strapontin juteux. Et puisque tout se politise dans le pays, il ne faut pas être étonné que soit positionné bientôt un quidam aux compétences techniques douteuses mais dont le profil politique convient parfaitement à la volonté du prince de satisfaire telle région ou telle personnalité de son bloc politique.

                Comme on l’aura remarqué, depuis 2006, les nominations à ces postes ne relèvent jamais de l’efficacité managériale. Elles appartiennent au contraire à la sphère des calculs politiques. D’où les messes de remerciement, d’où les prières et le concert tonitruant des DG cherchant par tous les moyens à attirer l’attention sur leur gratitude. Un peu comme si leur compétence réelle se mesurait à l’aune de leur aplatissement devant la personne présidentielle.

                Il faut malgré tout souhaiter à Michel Dognon qu’il réussisse sa mission et que surtout il soit écouté par le Chef de l’Etat. Le contexte même de sa mission a ceci de singulier qu’elle intervient en une période où plus personne ne croit aux capacités des entreprises publiques à générer des bénéfices. Apparemment, les agents de ces structures en sont, eux aussi, convaincus, si convaincus qu’ils font tous les efforts requis pour repousser leurs clients. L’univers concurrentiel rend justice à l’usager dans certains cas. Libercom, par exemple, est aujourd’hui sinistré après avoir été le premier réseau GSM au Bénin et après avoir bénéficié de nombreuses facilités dès le départ. De son premier rang, il ne subsiste aujourd’hui que de vagues souvenirs. Malgré ces résultats médiocres, l’on peut se demander si les nominations à la tête de cette structure respectent la simple règle de la compétence.

                L’on aura aussi à se demander quels résultats le nouveau conseiller pourrait atteindre dans un contexte où la philosophie de l’autorité qui nomme et à qui appartient le pouvoir ultime de révoquer, se trouve à mille lieux des vertus de bonne gouvernance. L’arrivée de l’expert parviendra-t-elle à enrayer cette tendance ? Espérons-le.

                Dans tous les cas, pour entrer dans la sphère de la performance, les entreprises publiques doivent résolument échapper à l’empire du politique pour se mettre sous la seule autorité qui compte en matière de management : celle du client. Pour l’apprendre, on n’aura certainement pas besoin de faire débarquer des experts de New-York ou de Paris.

Par Olivier ALLOCHEME

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