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Le triomphe de la vérité

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Réactions des acteurs de la sociétécivilesur l’audit participatif: Les grandesinquiétudes de Gustave Assah, Orden Alladatin et Martin Assogba


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Gustave Assah, Coordonnateur du Réseau Social Watch-Bénin: «La correction de la Lépi n’est pas la propriété privée des politiciens »

Gustave Assah, Coordonnateur du Réseau Social Watch-Bénin et vice-président du Projet Particip regrette que les institutions de la société civile n’aient pas été impliquées par la loi dans l’opération de correction de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) actuellement en cours. Il souligne également que cet outil n’est pas une « propriété privée » des politiciens et appelle tous les Béninois à y prendre part.

L’Evènement Précis : Depuis quelques jours, se déroule l’audit participatif sur le fichier national de la Lépi, en tant qu’institution de la société civile, quelle appréciation faites-vous du déroulement de cette opération ?

 

Gustave Assah : En ce qui concerne le déroulement de la phase dite audit participatif de la Liste électorale permanente informatisée, je crois que c’est une très bonne opération qui a un rôle très important dans le processus de développement en ce sens qu’au-delà de ce que cet audit participatif permet de relever le fichier électoral national comme cela se dit, ça participe également d’un apport à la mise en place des instruments de développement que nous avons sur plusieurs années. La présente phase fait suite aux propositions et aux recommandations pour corriger la Lépi, qui permettrait cette fois –ci d’avoir une vue large de tous ceux qui n’avaient pas été enrôlés et de tous ceux qui ne se sont pas faits enregistrer et qui n’ont pas pu se reconnaître dans l’espace ou dans le fichier existant. Mais ce que nous observons depuis quelques jours sur le terrain n’est pas aussi reluisant qu’on le pense. Il y a d’abord les affichages, et si ici il y a eu beaucoup d’efforts réalisés pour avoir les photos, les noms, les communes, les villages, les différentes fiches à remplir en fonction de la typologie des acteurs qui doivent avoir 12 ans et plus et 18 ans au plus, sont autant d’innovations que nous apprécions, ainsi que la répartition géographique des lieux et des zones choisis par chacun pour voter. Pour nous, toute la technicité qu’il faut pour mener à bien cette opération a été mise en place. Mais ce que nous observons est le caractère précaire de certains de ces outils, par exemple. Nous avons récemment parcouru des localités comme Dogbo, Klouékanmè, Comé et consorts avec le Projet Particip et nous avons observé que très tôt, le soleil a déjà défoncé ces fiches là, et donc, il n’y pas une certaine durabilité dans les affichages réalisés, ce qui pourrait décourager certains. Il y a aussi un problème de sensibilisation qui se pose, même s’il ne faut pas négliger le travail fait dans ce sens par les élus locaux.

 La deuxième chose que nous soulignons comme problème est le comportement des hommes politiques sur le terrain. Il y a ceux qui sortent pour sensibiliser, et il y a aussi ceux qui ne sortent pas du tout, et là cela constitue une menace grave à la perception qu’on aura encore de cet outil. Il ne faudrait pas qu’on le perçoive comme un outil des hommes politiques seulement. Le fichier électoral national ne doit pas être perçu seulement comme un instrument de politiciens. C’est un instrument de développement. Ce ne sont pas seulement les politiciens qui iront sur le terrain, mais prenons-le comme un mouvement citoyen national. Un mouvement d’éveil national.

Le gouvernement ne reste pas, de son côté inactif. Plusieurs ministres ont récemment parcouru le territoire national pour sensibiliser les populations. Qu’en dites-vous ?

Effectivement, nous observons la sortie des ministres, des directeurs et autres cadres de l’administration publique sur cette opération. Mais, cela pose deux problèmes. Le premier est qu’il y a un risque à croire que cette Lépi soit vue comme celle de Yayi. Elle risque d’être perçue comme une Lépi du gouvernement et de ceux qui sont en train de gérer le pays. Il y a donc un risque de méfiance qui s’observe déjà parce que certains pourraient penser que cet instrument est ainsi réalisé pour ne faire du bien qu’à ceux qui sont au pouvoir. Et cela explique, peut-être, la raison pour laquelle, les gens ne sortent pas. Autre situation grave, c’est qu’ils utilisent les médias d’Etat pour couvrir ces évènements.

 Je regrette, par ailleurs, le taux d’absentéisme des opposants à sortir et à sensibiliser, et de ce pas, ils donnent la main libre à des gens qui seraient sortis et qui seraient d’un bord politique. Et là, je crois qu’ils auraient fait l’option, de se mettre à l’écart non pas pour trois ou cinq ans, mais peut-être pour une bonne dizaine d’années et plus. Puisque lorsque ce deuxième principe de la Lépi sera validé, tous ceux qui ne sont pas dedans, n’y seront pas pour au moins 10 ans, tels que les textes le disposent. On doit faire de la Lépi, une vision mobilisatrice de l’avenir.

 

Avez-vous également relevé d’autres insuffisances sur le terrain ?

J’en ai relevé aussi. Et au-delà des outils de travail, il y a les compétences de ceux qui ont la charge d’intégrer les informations dans les bases de données existantes. A mon avis, stratégiquement, cela pose problème. C’est un suivi rigoureux qui devrait être fait en réalité. On doit faire attention à tout ce qui donne un caractère précaire à cette opération et qui peut porter préjudice à sa bonne organisation. Pour la plupart des opérateurs, sur le terrain, on a comme l’impression qu’il y a assez d’amateurs. Et quand nous nous sommes rapprochés du président du Cos-Lépi, lui-même a relevé qu’il y a eu des laisser-aller avec certains hommes politiques dans le recrutement et la formation de certains des agents qui sont sur le terrain. Beaucoup d’entre eux auraient été choisis par envie de faire plaisir à un parent, un ami, un militant ou encore à un camarade. Et de telles choses en matière de démocratie doivent disparaitre. Nous luttons contre cela et nous le dénonçons tous les jours.

 

On ne sent pas aussi l’implication des organisations de la société civile dans cette opération. Quelles en sont les raisons ?

Beaucoup d’organisations de la société civile n’ont pas été associées à cette correction. La loi qui a été votée nous a exclues d’office, ni pour être partie prenante au plan institutionnel ni au plan opérationnel. On en a fait une affaire politique. Or, nous sommes bien répartis sur le terrain. Avec le programme Particip, Social Watch-Bénin et Alcrer ont, par exemple, au moins 15 associations à la base qui peuvent contribuer à la réussite de cette opération. Pourquoi donc ne pas utiliser les forces existantes et les accompagner ?

 

D’aucuns s’interrogent également sur la crédibilité des listes actuellement affichées ?

 Je pense que pour confectionner quelque chose de cette façon, il faut courir un grand risque que la majorité ne soit pas reconnue. Si ce n’est que des noms, on peut croire à ce que vous dites. Mais il y a aussi des dates et lieux de naissance, des quartiers de villes ou villages où des gens sont nés, des circonscriptions électorales, des départements. Il y a quatre niveaux de vérification où des gens qui viennent peuvent authentifier ou rejeter ce qui est affiché sur eux. Il faudra donc qu’on fasse attention à ce qui se dit. C’est de bonne guerre, c’est la guerre de l’information aussi. Ceux qui veulent de la Lépi sont là et ceux qui ne la veulent pas aussi sont là. Ce qui me gêne est qu’on ne communique pas assez sur cette opération. Les Béninois ont besoin de comprendre. Nous leur avons fait assez de suggestions dans ce sens. S’ils veulent que nous les accompagnions, nous sommes prêts. Je demande enfin aux Béninois de sortir massivement et de prendre cette situation comme notre base d’actualisation d’un véritable instrument de développement et de démocratisation de la vie politique de notre pays. Chacun doit se sentir concerné par cette affaire. Les gens doivent prendre la part de leur responsabilité. Je demande surtout aux opposants de prendre cette affaire au sérieux. Le combat pour les élections, c’est maintenant. Je voudrais aussi dire aux politiciens de ne pas croire que la correction de la Lépi est leur propriété privée. C’est un outil collectif et de développement.

 Orden Alladatin, secrétaire général de « Alternative Citoyenne »: « Cette correction-là ne pourra jamais servir pour la présidentielle »

« Je voudrais d’abord parler des résultats à attendre de ce processus, parce que quand nous avons fini la Lépi en 2011, on était convaincu que le processus n’était pas bien mené et que la liste qu’on avait était fortement perfectible. C’est pour ne pas dire des mots qui fâchent. Mais le processus a été mal fait et tout le monde le sait. Alors, la loi qui a été votée au parlement et qui permet d’entamer le processus en cours actuellement a des limites, et ceux qui pensent qu’avec ce processus on va tout corriger se trompent. Déjà, un, ce qui est en cours là ne permet pas de donner du crédit aux 2 millions 200 mille personnes qui se sont faites enregistrer par simple témoignage. Et que l’on devrait présenter par la suite au tribunal pour avoir des jugements supplétifs et tout le reste. Je précise que cela est lié à la loi et non au processus. D’où la première insatisfaction que j’ai personnellement et je savais déjà que cela ne permettra pas aux Béninois de faire des radiations. Parce qu’en réalité, ce qui est en train d’être fait là, doit permettre à tout citoyen d’aller voir la liste et de pouvoir dire qu’on peut enlever tel ou tel de la liste. Mais, vous convenez tous avec moi que ce qui se fait ne nous permet pas de tout vérifier. Donc, de ce point de vue, à tous les endroits où il a pu avoir fraude et que des gens ont pu doper des listes, on n’a aucun moyen de contrôler et de toiletter les listes par rapport à cela. Même les morts ne peuvent pas être identifiés face à l’état actuel des affichages qui partent à tout moment au moindre souffle. Mais, il faut avouer que l’opération en cours permettra une chose au moins. C’est que ceux qui sont en rade, s’ils sont vigilants, et qu’ils y veillent, ils pourront intégrer enfin la base de données. Il y a aussi des questions matérielles qui se posent en ce moment. Les agents déployés sur le terrain ne sont pas formés pour informer. Deuxièmement, les dispositions ne sont pas suffisamment prises pour les informations à fournir aux citoyens, parce que nous nous sommes également un parti politique, et nos militants, qui entre temps, étaient étudiants à Parakou, ou ailleurs et qui sont maintenant à Cotonou, veulent bien faire leur transfert, par rapport à leur nouveau centre de vote, mais vous savez que sur le terrain, on dit qu’il faut aller là où les gens se sont inscrits par le passé. Qui va payer tous ces sous-là pour qu’ils aillent là-bas. Alors que le processus tel qu’il est défini, si je suis à Parakou, et que je veux désormais voter à Cotonou, je devais pouvoir me présenter à Cotonou et faire ce transfert-là. Ces dispositions n’étant pas prises, c’est dès maintenant que nous devons être vigilants pour qu’il n’y ait pas d’amalgame. C’est une grosse faillite par rapport au processus. La sensibilisation n’a pas été non plus à la hauteur des attentes. Un processus ne signifie pas seulement qu’on vienne mettre des gens sous les arbres. J’ai même appris à travers des radios que des gens sont en train de partager de l’argent aux grogneurs. Mais pour qu’ils aillent dire quoi ? Soyons en tout cas très prudents et très vigilants par rapport à ce qui se passe autour de cette opération en ce moment.

Je dois dire, par ailleurs, que ce qu’on est en train de corriger en ce moment peut, à la limite, pour moi servir pour les communales et les législatives, mais jamais pour la présidentielle. On doit d’abord faire l’audit du fichier pour qu’on voie clair, puisque le processus actuel ne permet pas d’aborder les problèmes majeurs. Et je sais que cela ne crée pas beaucoup d’incidences sur les élections communales, mais prend toute sa valeur dans une élection présidentielle. Quelqu’un qui a dopé les électeurs dans son fief, par exemple, va en profiter à la présidentielle.

Le président de l’OngAlcrer, MartinAssogba sur l’audit participatif de la Lépi

« LeCos-Lépine nous a pas invité officiellement,maisnous nous impliquons »

Bien que la Société civile n’ait pas été officiellement associée au processus de correction et d’actualisation de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi), certaines ONG, à l’instar d’Alcrer, ont pris sur elles de s’impliquer dans cette « activité patriotique». C’est ce qu’explique ici Martin Assogba, le président de l’ONG Alcrer, mobilisée sur le terrain pour une « Lépi propre ».

 

L’Evénement précis : Le Gouvernement a lancé l’audit participatif dans le cadre de l’actualisation de la Lépi. Quel rôle jouez-vous en tant que Société civile, dans ce processus ? 

 

Martin Assogba : Depuis que le gouvernement a lancé véritablement l’audit sur la Lépi, pour que nous puissions en avoir une,propre, accessible et qui soit un outil de développement, nous avons donné la consigne à toutes nos cellules de base, c’est-à-dire, à nos CPC (cellules de participation citoyenne). Et nous avons donné la consigne à toutes ces ONG de base qui constituent les CPC, d’aider ceux qui sont chargés d’enregistrer les citoyens pour l’audit participatif, et de prendre même des crieurs publics, puisque nous leur avons donné un budget pour ça afin qu’elles puissent mobiliser les populations et parler avec elles pour qu’elles aillent s’inscrire. Nous avons mis aussi à contribution les radios de proximité puisque nous avons des contrats avec elles. Nous avons demandé aux nôtres d’aller sur ces radios-là et de demander aux populations de sortir s’inscrire sur la liste parce qu’en ne s’inscrivant pas, les gens ne pourront pas avoir leurs cartes d’électeurs.

 

Mais les ministres sont aussi sur le terrain

Nous, c’est notre travail. Les ministres, il vaut mieux pour eux de rester dans leurs ministères et s’occuper des affaires du pays que de s’occuper à ça. Et que le Cos-Lépine nous ait pas invitéofficiellement, nous, nous nous impliquonsdéjà dans cette affaire-là parce que c’est une activité nationale, patriotique. Nous devons, en tant que citoyen, apporter notre contribution. Que nous soyons payés ou non, nous devons le faire pour aider notre pays et c’est ce que nous sommes en train de faire. C’est très important. C’est notre travail et nous avons du plaisir à le faire. On n’attend pas tout du gouvernement. Nous nous donnons à notre pays.

 

Quel constat avez-vous pu faire sur le terrain ?

J’ai posé la question aux enregistreurs de savoir si les outils sont mis à leur disposition pour faire le travail. Le premier jour, quand je suis passé dans certains bureaux, on n’avait pas laissé d’encreur pour ceux qui, ne sachant pas signer, doivent laisser leurs empreintes digitales. C’est chose faite maintenant dans les zones où je suis passé. J’ai demandé aux citoyens quelles sont leurs plaintes et ils ont parlé de la lenteur que prend l’enregistrement. Les gens sont pressésde se faire enregistrerpour pouvoir vaquer à d’autres occupations.

 

Peut-on être sûr d’avoir une Lépi incontestable ?

Je ne pourrais pas donner cette assurancetout de suite, parce qu’après, il y a d’autres étapes. Aujourd’hui, nous sommes à cellede l’inscription sur la liste et sur le choix de son bureau de vote. Par rapport à cette première étape, je ne peux pas répondre. Ce n’est qu’au finish que nous pourrons opinersur la qualité de la Lépi que nous allons avoir parce que l’important, c’est qu’il faudrait que tout le monde s’inscrive, que tous ceux qui ont le droit de vote s’inscrivent, selon ce que la loi a dit. Et, aujourd’hui, les gensont pris conscience de ce qu’ils doivent, eux-mêmes, aller opérerleurs choix en tant que citoyen, et voterpour le candidat de leur choix. Ils savent que sans être inscrits, ils ne pourront pas avoir la carte d’électeur. Les gens sortent et la sensibilisationva bon train, pour ce que je sache.

Propos recueillis par Christian TCHANOU et Flore S. NOBIME

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